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REPORTERS

REPORTERS

Dernière modification : 30/09/2011

Kenya, les paradoxes de la faim

Dadaab est le plus grand camp de réfugiés au monde, 450 000 Somaliens s’entassent dans cette cité de toile écrasée par le soleil et battue par le vent. Des ONG sont là pour les aider et malgré les difficultés, la plupart échappent à la famine. Pourtant à quelques centaines de kilomètres de là, les bergers Turkanas meurent de faim dans l’indifférence générale.

Le groupe se rapproche au loin, on distingue à peine leurs silhouettes décharnées dans la poussière. Ce sont des réfugiés somaliens, ils ont marché plus de vingt jours pour échapper à la sécheresse et à la famine qui s’abat sur leurs régions d’origine. Des zones contrôlées par les milices islamistes Shebab qui interdisent l’accès aux ONG internationales, quitte à laisser la population mourir de faim. Pour eux le camp de Dadaab, au Kenya, est la fin d’un long voyage, et le début d’une nouvelle vie.

À leur arrivée, on les inscrit dans la base de données du haut-commissariat aux réfugiés de l’ONU, on leur remet des ustensiles de cuisine, une bâche et 21 jours de nourriture. De quoi attendre de se voir remettre une carte de rationnement qui leur permettra de percevoir les rations du Programme Alimentaire Mondial. Ensuite, ils doivent se débrouiller pour installer leur famille où ils peuvent.

Ouvert en 1991, le camp était prévu pour accueillir 90 000 réfugiés, il compte aujourd’hui près d’un demi-million d’habitants. Toutes les structures sont totalement submergées. Avec la sécheresse qui s’abat sur la Corne de l’Afrique et la famine qui sévit en Somalie, 1500 personnes arrivent chaque jour à Dadaab. Comme il n’y a plus de place à l’intérieur des différents camps qui composent cette immense ville de chiffon, les nouveaux arrivants sont contraints de s’installer aux alentours. Ils bâtissent des petites huttes de branchages dans des zones non sécurisées où il n’y a ni eau, ni latrines. Ils doivent marcher, parfois des heures, pour pouvoir collecter leurs rations de nourriture.

Des bandits armés rôdent et les attaques sont fréquentes, pour les employés des ONG, il est impossible de circuler entre les camps de Dadaab sans escorte policière. Certains réfugiés se sont fait voler le peu d’affaires qui leur restaient, d’autres ont été battus et certaines femmes ont été violées.

Malgré ces conditions de vie chaotiques, les réfugiés Somaliens de Dadaab ont échappé à la faim. La situation à Dadaab est largement médiatisée et l’aide afflue…

Morts de faim dans l’indifférence

Pourtant, dans le même pays à quelques centaines de kilomètres de Dadaab, on meurt de faim dans l’indifférence quasi-générale. Les districts de Turkana se trouvent dans le nord-ouest du Kenya. Une zone abandonnée par les autorités où il n’y a ni route, ni eau, ni électricité. Il faut rouler des heures en 4x4 pour rallier des villages comme Kaïkor, où tous les indicateurs sont au rouge.

Le long des pistes défoncées, la terre est desséchée à perte de vue, il n’y a rien à manger. Dans les villages, les visages sont émaciés, les enfants ont le ventre gonflé, les signes de malnutrition sévère sont partout. Toute la région est peuplée de Turkanas, des Bergers nomades dont la subsistance dépend entièrement de leurs troupeaux. Comme le reste de la Corne de l’Afrique, la zone a été frappée par la pire sécheresse en 60 ans et les bêtes sont mortes de faim. La famine s’est abattue sur les Turkanas. Lorsque nous nous sommes rendus à Kaikor pour réaliser ce reportage, 12 personnes étaient mortes de faim en l’espace de 2 semaines. Il n’y a pas de chiffres plus récents, personne ne compte.

Une situation insupportable dans un pays comme le Kenya dont l’économie est l’une des plus dynamiques d’Afrique de l’est. D’autant qu’il n’y a pas de problème de nourriture dans le reste du pays.

Les autorités commencent tout juste à réagir, il y a des distributions de nourriture dans certains villages, mais elles sont insuffisantes. Certaines ONG comme Oxfam, l’UNICEF où la Croix Rouge interviennent dans la région mais personne ne peut atteindre les villages les plus reculés.

Les Turkanas sont victimes du manque de volonté politique d’un gouvernement très centralisé. D’autant que des solutions existent, il y a de l’eau en sous-sol, à 80 m de profondeur, et la terre est fertile. Mais pour que la région sorte durablement de la crise, il va falloir que la sécurité soit rétablie, que les Turkanas quittent le mode de vie pastoral pour l’agriculture, et surtout, que le gouvernement kenyan investisse des ressources dans cette région abandonnée depuis trop longtemps à son triste sort.

 

Un grand reportage de James André et Duncan Woodside

Par James ANDRE , Duncan Woodside

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