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Afrique

Le plus gros scandale de corruption post-apartheid sur le devant de la scène ?

©

Texte par Steven JAMBOT

Dernière modification : 28/09/2011

Depuis une décennie, la politique sud-africaine est minée par une affaire de corruption liée au plus gros contrat d’armement signé depuis la fin de l’apartheid. Jacob Zuma (photo) et une filiale de Thales seraient concernés. Explications.

Le 15 septembre dernier, le président Jacob Zuma annonçait la création d’une commission d’enquête visant à étudier les conditions dans lesquelles le plus gros contrat d’armement signé depuis la fin de l’apartheid avait été conclu. Ce programme de 30 milliards de rands (5 milliards de dollars), finalisé en 1999, visait à rééquiper l’armée sud-africaine dont le matériel n’avait pas été renouvelé depuis longtemps - en raison des sanctions imposées par l’ONU au régime de l’apartheid. Plusieurs hommes d’affaires ainsi que des politiques sont soupçonnés d’avoir touché des pots-de-vin dans cette affaire, connue sous le nom de "Arms Deal".

Zuma a besoin de laver son nom en vue de la présidentielle

Plusieurs groupes européens soupçonnés d’être impliqués

Cinq groupes européens - dont le britannique BAE Systems et le français Thomson-CSF - ont participé au contrat qui incluait l’achat de plusieurs avions et de patrouilleurs navals.

En juin dernier, le groupe suédois Saab a reconnu que des pots-de-vin de 2,5 millions d’euros avaient été versés pour favoriser la vente d’appareils de combat. Mais il a rejeté la faute sur son partenaire de l’époque, le britannique BAE Systems.

Contacté par France 24, Thales, dont la filiale Thint serait impliquée dans ces actes frauduleux, n’a pas donné suite à nos demandes d’interview.

En annonçant la création d’une commission d’enquête, Jacob Zuma a devancé la Cour constitutionnelle, saisie du dossier et qui aurait pu le forcer à le faire. La décision de Zuma est une "manœuvre tactique", estime Anne Dissez, correspondante de RFI en Afrique du Sud de 1993 à 2005, interrogée par France 24. En outre, la pression s’accentue de la part de l’Alliance démocratique (DA), principal parti d’opposition, qui demande depuis dix ans la création de cette commission.

Le président Zuma - vice-président de 1997 à 2005 - était poursuivi pour fraude, blanchiment et racket en lien avec cet énorme contrat d’armement. Bien qu’ayant obtenu la levée in extremis de la procédure avant son élection au poste de président en 2009, il a "besoin de redorer son blason… d’autant que l’élection du président de l’ANC aura lieu dans un an", explique Anne Dissez. Dans un pays où la présidence de l’ANC, au pouvoir depuis 1994, fait office d’investiture - et de voie royale - pour l’élection présidentielle, l’enjeu est de taille.

Il est d’autant plus opportun pour Jacob Zuma de rouvrir le dossier qu’il n’est pas vraiment menacé personnellement. "En fait, ce sont plutôt les amis de Thabo Mbeki – [alors président] qui ont à craindre", estime Anne Dissez. Jacob Zuma n’a jamais été condamné, seul son ex-conseiller financier, Schabir Shaik, a écopé, en 2005, de quinze ans de prison pour trafic d’influence et pour avoir négocié un pot-de-vin avec le fabricant d’armes Thint - filiale sud-africaine de Thomson-CSF (devenu Thales).

Une commission qui a peu de chances de rendre ses conclusions

La mission exacte de la commission d’enquête, sa composition et son calendrier n’ont pas été révélés. Néanmoins, la relance de l’affaire fait beaucoup de bruit en Afrique du Sud. "Personne ne s’y attendait, car tout le monde s’en est mis dans les poches. (…) C’est de très loin la plus grosse affaire de corruption dans le pays", explique la journaliste.

L’indépendance de la commission est déjà mise en doute, avant même sa formation. Selon l’hebdomadaire sud-africain Sunday Times, Zuma souhaiterait voir son actuel ministre de la Justice, Jeff Radebe, prendre la tête de ladite commission. "Zuma ferait mieux de nommer des personnalités indépendantes, comme des juges à la retraite", confie à France 24 Hennie Van Vuuren, directeur de The Institute for Security Studies de Cape Town. "La question est de savoir si les preuves n’ont pas déjà toutes été détruites", ajoute-t-il, reprenant les craintes des partis d’opposition. Quant à voir la réouverture d’une enquête judiciaire, c’est "peu probable", selon Anne Dissez. Qui ajoute : "Le rapport de force est trop fragile."

Si elle voit le jour, la commission ne devrait pas rendre ses conclusions avant plusieurs mois. En outre, "il ne faut pas s’attendre à des révélations fracassantes, affirme Anne Dissez. Cette affaire a terni l'image du gouvernement sud-africain sur la scène internationale, mais la population n’en a pas mesuré l’importance et n’en attend pas grand-chose." La presse locale évoquait en juillet la possibilité que des unités d’élite de la police se rendent en Europe pour vérifier ces révélations, mais cette information n’a pas été confirmée.

"En raison des dégâts que cette affaire peut causer au niveau politique, tout va être fait pour reporter la remise du rapport ou pour ne pas le rendre public", pouvait-on lire récemment dans The Star, premier quotidien du pays.

 

Première publication : 28/09/2011

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