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Afrique

La délicate mission de la Commission de réconciliation ivoirienne

Vidéo par Mariam Pirzadeh

Texte par Priscille LAFITTE

Dernière modification : 29/09/2011

Le président ivoirien Alassane Ouattara installe officiellement, ce mercredi, la commission chargée de conduire à la réconciliation du pays après la crise post-électorale qui a secoué la Côte d'Ivoire en début d'année.

Initiée par le président ivoirien Alassane Ouattara, la Commission dialogue, vérité et réconciliation (CDVR) commence ses travaux ce mercredi. Elle aura pour mission de panser les plaies profondes de la Côte d’Ivoire creusées par des années de conflit politico-militaire et une crise post-électorale meurtrière née au lendemain du second tour de l'élection présidentielle du 28 novembre 2010. Installée en grande pompe lors d’une cérémonie à Yamoussoukro, la capitale politique, elle bénéficie de deux années pour "faire la typologie de tous les événements qui ont porté atteintes aux droits humains" dans le pays, a détaillé son président, l'ancien Premier ministre (2005-2007) Charles Konan Banny, dans une interview à RFI.

INV AFR 16/09/2011 long Charles Konan Banny
(05:16)

Composée de 11 membres, la CDVR réunit des religieux chrétiens et musulmans, cinq représentants des grandes régions de Côte d'Ivoire, ainsi que le célèbre footballeur Didier Drogba, délégué des Ivoiriens de l’étranger. "Ces représentants sont issus de la société civile. Ils ne font pas de politique. Ils ne suscitent donc pas de rejet et ne donnent pas le sentiment d’être partisans. Mais, à l'exception de Drogba, tous ont le défaut de n’être connus que de l’élite ivoirienne. Ici, seuls les politiciens sont connus", analyse Stanislas Ndayishimiye, correspondant de RFI à Abidjan.

L'Afrique du Sud pour modèle ?

Créée sur le modèle de la Commission vérité et réconciliation mise en place en Afrique du Sud en 1994, à la fin de l’apartheid, la CDVR s'en distingue cependant sur un point crucial. L'instance n’appliquera pas la politique de "vérité contre amnistie" qui avait permis aux anciens bourreaux sud-africains d'être blanchis de leurs crimes en échange de leur divulgation complète. En Côte d'Ivoire, tous ceux qui ont commis des exactions ne pourront donc pas espérer échapper à des poursuites en échange de leur collaboration au processus de réconciliation. Charles Konan Banny n'a pas manqué de le répéter lors de son intervention sur RFI : "Il n’y aura pas de politique ‘Amnistie contre aveu’. Il n’y a pas de magistrat dans la commission, et c’est un choix délibéré. Nous prônons la ligne ‘Ni impunité, ni vengeance’."

À l'heure où elle commence ses travaux, la CDVR a deux défis à relever. D'abord, montrer sa légitimité et son indépendance, comme le clame haut et fort Charles Konan Banny, "alors que c’est le gouvernement d’Alassane Ouattara qui en est à l’initiative et qui détermine son cahier des charges", fait remarquer Stanislas Ndayishimiye.

Dans les rangs de l'opposition en effet, les partisans de Laurent Gbagbo ne manquent pas de souligner combien la mission de la CDVR n'est pas exempte de contradictions. Ces derniers ne comprennent notamment pas comment elle peut prôner la réconciliation de tous les Ivoiriens alors que Laurent et Simone Gbagbo ainsi que nombre de caciques de l'ancien régime, détenus dans le nord du pays depuis leur arrestation le 11 avril dernier, font aujourd'hui l'objet de poursuites devant les tribunaux.

Le deuxième défi de l'instance réside dans la représentation de tous les Ivoiriens au sein de la commission. "Je ne comprends pas le système de délégués régionaux, basé sur un découpage territorial en points cardinaux [il y a cinq représentants, un pour le nord, le sud, l’est, l’ouest et le centre, NDLR]. Si telle personne est supposée représenter, par exemple, le centre du pays mais qu’elle n’y a pas d’attache, quel poids aura-t-elle auprès des populations ? Les gens ne se sentiront pas concernés", s'inquiète ainsi un dignitaire religieux qui souhaite garder l'anonymat.

"S’il n’y a pas de réconciliation, on continue la guerre"

Reste aussi à résoudre l'épineuse question de la date limite jusqu'à laquelle la CDVR pourra remonter dans la conduite de ses travaux... Jusqu’au 31 octobre 2010, date du premier tour de l’élection présidentielle ? Ou bien jusqu’en septembre 2002, date du coup d’État manqué contre Laurent Gbagbo par les rebelles du Nord ? Le 27 septembre, des proches de l’ancien président ont en effet sollicité la création d'une commission d’enquête internationale auprès de l’ONU chargée d'établir l'enchaînement des faits depuis le putsch manqué contre l'ancien chef de l'État, il y neuf ans. "C’est à la commission de déterminer les bornes, nous n’allons pas écrire l’histoire tous seuls", répond à cette question Charles Konan Banny.

En somme, la crainte est forte que cette commission ne fasse que succéder à d’autres tentatives infructueuses de réconciliation nationale, qui n’ont pas réussi à éteindre les tensions sociales, ethniques et foncières qui traversent le pays. Sur ce point cependant, le président de la CDVR se veut résolument optimiste. "La tâche est déjà compliquée, mais je n’ai pas le sentiment que les Ivoiriens refusent de jouer le jeu. S’il n’y a pas de réconciliation, alors on continue la guerre", résume-t-il.

En parallèle de la CDVR, une commission nationale d’enquête va également s’atteler à établir toutes les exactions commises durant la crise post-électorale, entre le 1er tour de l’élection présidentielle, le 31 octobre dernier, et le 11 avril 2011, date de la capture de l’ancien président Laurent Gbagbo à Abidjan. Celle-ci est composée d’avocats, de magistrats, de députés et de représentants du ministère de l’Intérieur qui ont une expertise en matière d’enquête et viennent d’horizons politiques différents, explique maître Fakhy Konaté, un avocat qui en est membre. Moins médiatisée que la CDVR, cette seconde commission travaillera dans l’ombre.

Première publication : 28/09/2011

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