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Moyen-orient

La répression de Damas pousse des milliers de Syriens à s'exiler au Liban

Texte par Sarah LEDUC

Dernière modification : 30/09/2011

La répression sanglante de Bachar al-Assad depuis le début de la révolte a poussé des milliers de Syriens à chercher refuge dans la région frontalière et montagneuse de Wadi Khaled, au nord du Liban.

Les deux écoles désaffectées de Tall Biri, dans la région de Wadi Khaled au nord du Liban, ont repris vie. Mais ce ne sont pas de jeunes écoliers avec leur cartable que l’on entend crier dans la cour. Au lieu des traditionnels petits bureaux de bois et chaises droites qui  tiennent d’habitude lieu de décor, il n’y a que des matelas posés à même le sol, quelques vêtements accrochés aux fenêtres et des casseroles empilées dans les coins. Les deux établissements scolaires ont été transformés en centre d’accueil pour l’hébergement de réfugiés syriens.

En proie à la répression sanglante du régime de Bachar al-Assad qui a fait  plus de 2600 morts depuis le début de la révolte selon l’ONU, des milliers de Syriens - pour la plupart originaires des environs de Homs et Tall Kalakh - ont franchi la frontière du nord-est du Liban pour trouver refuge dans les villages de la région pauvre et montagneuse de Wadi Khaled.

Si  une majorité d’entre eux a pu se réfugier chez des proches libanais, environ 200 familles ont élu domicile dans les hébergements précaires où le Haut Commissariat aux réfugiés des Nations Unies (HCR) subvient aux besoins de premières urgences. Matelas, couvertures et kits d’aides alimentaires sont distribués par milliers.
 
Près de 6000 Syriens exilés
 
A leur arrivée, ils ont trouvé abri derrière des murs de béton délabrés, dans ces écoles  sans eau courante ni électricité. Des travaux sont en cours, assure le HCR, mais le confort reste extrêmement rudimentaire pour ces refugiés venus pour la plupart sans effets personnels. "La plupart des réfugiés sont hébergés dans leur famille, une situation idéale car ils sont intégrés dans la société libanaise. Pour les autres, il faut encore améliorer les conditions d’hébergement même s’il y a déjà eu des efforts énormes pour optimiser les conditions d’hygiène et de santé", explique à FRANCE 24 Dana Sleiman, chargée de mission pour le HCR au Liban.
 
"Nous avons amélioré le système de référencement des hôpitaux du nord du Liban pour qu’ils puissent être soignés et obtenu l’autorisation du ministre de l’Éducation libanais pour faire scolariser les enfants syriens dans les écoles libanaises", assure également Dana Sleiman. Selon le HCR, près de 900 Syriens âgés de 4 à 17 ans doivent être inscrits dans les semaines à venir dans les écoles libanaises qui ont déjà fait leur rentrée.
 
Reportage à la frontière syro-libanaise, traversée par des centaines de Syriens
Depuis la mi-avril, les réfugiés ne cessent d’affluer  au point de passage non officiel d'Al-Boqayaa entre la Syrie et le Liban. Près de 3800 d’entre eux se sont enregistrés auprès des services du HCR. Mais c’est sans compter les réfugiés qui se sont dispensés de cette formalité pour rejoindre leur proches et familles dans l’ensemble du pays. D’après l’ONU, au total près de 6000 Syriens se seraient exilés au Liban.  
 
Les réfugiés ont fait la  route à pied, traversant à gué le fleuve Al-Kabir qui tient lieu de frontière et les terrains rocailleux des montagnes au risque de leur vie. La route n’était pourtant pas si redoutée avant la crise syrienne. Le passage clandestin d’Al-Bouqayaa était une route des plus fréquentées. Les contrebandiers transportaient au quotidien des caisses de savon et de shampoing du Liban pour les écouler en Syrie, et rapportaient sur le chemin inverse denrées agroalimentaires et cigarettes.
 
La peur de Damas et du Hezbollah
 
La contrebande était vitale pour cette région pauvre du nord du Liban et les policiers aux frontières fermaient les yeux. Les ouvriers syriens passaient aussi régulièrement côté libanais pour y trouver du travail. Mais le temps du "souk en or", comme on appelait le marché d’Al-Bouqayaa, n’est plus qu’un vieux souvenir.
 
Wadi Khaled est un fief du Courant du futur de Saad Hariri, Premier ministre sortant accusé par les autorités de Damas de financer et armer l’opposition syrienne. Les douaniers syriens ont donc renforcé la surveillance des passages frontaliers non officiels. Les forces libanaises ont fait de même de l’autre côté de la frontière.
 
Des craintes subsistent du côté des réfugiés. "Je suis terrifiée à chaque fois que mon mari sort se promener", confie à l’AFP Abir, réfugiée à Wadi Khaled avec ses deux fils. "J’ai tout le temps peur que le régime ou ses amis [au Liban] ne l’arrête", explique-t-elle en référence au Hezbollah chiite allié de Damas.
 
Il y aurait eu des tirs côté syrien au moment où les déplacés traversaient le point de passage d'Al-Boqayaa, selon des informations rapportées aux organisations humanitaires. Le HCR fait également état de personnes actuellement détenues pour entrée ou séjour illégal et d’autres qui sont expulsés vers la Syrie.
 
 

 

Première publication : 29/09/2011

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