- Paris - Vin
Les vignes d'Ile de France
Il existe en France 10 bassins de production viticole, il y en aura peut-être un 11e, c'est en tout cas le souhait de l'Association des Vignerons Franciliens Réunis qui affirme que l'île de France possède un climat et des sols bien adaptés à la culture de la vigne.
Avec plus de 12% de sucre dans le raisin, l'oenologue des vignes de Montmartre espère bien redorer le blason d'un vin parisien qui a encore mauvaise réputation. Il existe plus de 40 vignobles à Paris et environ 150 en Ile de France. Un patrimoine encore largement méconnu. A 2 pas du Sacré Coeur, 2000 pieds ont été plantés sur le versant nord de la butte Montmartre.
"La vigne a été créée au milieu des années 30 par des artistes un peu nostalgiques parce qu'il y avait des vignes antérieurement et traditionnellement sur toutes les collines qui bordent la Seine."Explique Francis Bourdin, l'oenologue des vignes de Paris.
Désormais, ce sont les jardiniers des espaces verts de la Mairie de Paris qui font chaque année les vendanges. A Montmartre, on produit entre 1000 et 2000 bouteilles d'un vin rouge plutôt corsé.
"Moi ce que je me suis attaché à faire depuis maintenant une quinzaine d'années, c'est d'essayer en même temps de cultiver la vigne et de garder ces aspects traditionnels et folkloriques, essayer de faire un vrai vin relativement buvable."Ajoute Francis Bourdin.
Avec 300 hectolitres de vin par an, les productions franciliennes demeurent assez anecdotiques et souvent liées au folklore d'une commune, voire d'un quartier. Dans le 11e arrondissement de Paris, la fête des vendanges concernent en réalité un seul pied de vigne, celui de Jacques Mélac.
"Voilà le pied de vigne qui vient de l'Aveyron, d'un petit village qui s'appelle Bozouls, où mon père m'a donné ce petit morceau de bois en 1977 et, comme les pommes de terre dans la cave, il est sorti par là. Il est sorti, il est sorti, il est sorti, et il a fait le tour du bistrot."Raconte Jacques Mélac, le propriétaire du "é Mélac"à Paris.
Jacques Mélac produit seulement 15 à 20 bouteilles par an. Juste pour le plaisir.
"Lorsqu'on le déguste, nous retrouvons les Champs-Elysées, Montmartre, le Sacré Coeur, le Bois de Vincennes, le Bois de Boulogne. Attention les Grands Bordeaux, les grands Bourgognes et tout ça, le vin de Paris arrive."Explique Jacques Mélac.
Jacques Mélac ne croit pas si bien dire. Depuis une vingtaine d'années, on assiste à un regain d'intérêt pour la viticulture en Ile de France. On compte aujourd'hui 12 hectares de vignes dans la région, gérées en grande majorité par des collectivités. Pierre Facon est l'un des rares particuliers à faire son propre vin. Un vin de type crémant.
"On n'a même pas le droit au terme "crémant" qui qualifie des vins d'appellation bien identifiée. Ici il faudrait dire "vin effervescent"." Explique le vigneron amateur de Neuilly Plaisance, Pierre Facon.
A Neuilly Plaisance, il a planté 600 pieds de vigne et récolte de quoi faire 600 à 800 bouteilles par an.
"A l'aveugle, ce vin a été comparé avec un certain nombre de Champagne et de Crémant, et parfois il est largement au-dessus du Champagne."Conclut Pierre facon.
Philippe Defleur est sommelier, lui aussi défend les vins franciliens, notamment ceux du Parc de Sausset, en Seine-Saint-Denis. La vigne récente a été plantée en 2004.
"Je suis assez surpris parce qu'il y a un beau vin aboutit, avec une belle trame fruitée et les épices reprennent vraiment le dessus. Bien sûr on ne va pas faire des grands crus, ce n'est pas l'intérêt. Mais c'est au moins d'être fier au niveau Ile de France, d'avoir des vins qui se goûtent bien et qui donnent de l'intérêt." Raconte le sommelier Philippe Defleur.
Mais certains veulent aller encore plus loin et redonner à l'Ile de France le statut de région viticole professionnelle qu'elle a perdue depuis le milieu du 20e siècle à cause de l'urbanisation galopante.
"En Ile de France il y a actuellement une petite dizaine d'agriculteurs qui se sont manifestés à l'"Association des Vignerons Franciliens Réunis" en demandant ce qu'ils devaient faire pour devenir viticulteurs. La plupart d'entre eux veulent faire du vin, donc un vin authentiquement francilien." Explique le président des Vignerons Franciliens Réunis Patrice Bersac.
En France, la réglementation est très stricte sur le marché viticole. En raison d'une régulation entre l'offre et la demande, il est très difficile de créer de nouvelles plantations. Patrice Bersac a cependant des objectifs assez modestes. Il table sur une centaine d'hectares de nouvelles vignes.
"Qu'est-ce que c'est que demander 100 hectares de plantations en Ile de France, par rapport aux 840 000 hectares de l'ensemble du territoire national ? Donc nous avons espoir de réussir à obtenir ces droits de plantation, et d'ici quelques années de produire un vin de pays d'Ile de France." Projette Patrice Bersac.
La région pourrait alors devenir le 11e bassin viticole français et obtenir une IGP, indication géographie protégée. Avec ce label les producteurs franciliens décrocheraient le statut de professionnel et pourraient enfin commercialiser leurs vins, ce qui leur est actuellement interdit. Seule la ville de Suresnes a obtenu l'autorisation de vendre sa production en 1998, juste avant l'application des nouvelles restrictions. Patrice Bersac espère voir assouplir la réglementation dès 2012, ce qui permettrait de planter des vignes supplémentaires et de produire les premières bouteilles de vin francilien professionnel en 2016.
Adresses :
Fête des vendanges à Montmartre du 5 au 9 octobre 2011
www.fetedesvendangesdemontmartre.com
Blog de Pierre Facon
http://pierre-facon.fr/blog/
Bistrot Mélac
42 rue Léon Frot
75011 Paris
Tel : 01 43 70 59
www.melac.fr
http://vigneronsfranciliens.fr/


























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