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Culture

Le Festival du film de Beyrouth privé de révolution arabe

©

Texte par Perrine MOUTERDE

Dernière modification : 05/10/2011

Parmi les films évoquant le printemps arabe, aucun ne figure au programme du 11e Festival international du film de Beyrouth. La faute aux riches pays du Golfe, pointe Colette Naufal, directrice de l'événement (photo).

Rendez-vous attendu des cinéphiles libanais, la 11e édition du Festival international du film de Beyrouth (BIFF) débute ce mercredi avec, en ouverture, "The Tree of Life" de Terrence Malick, Palme d'or du dernier Festival de Cannes.

Bande-annonce de "The Tree of Life"

Jusqu’au 13 octobre, ce sont près d’une centaine de films, tous genres confondus, qui seront à l’affiche. Films internationaux, films du Moyen-Orient, courts et longs métrages, documentaires, films pour enfants…

La directrice de l'événement, Colette Naufal (photo), nous décrit une programmation riche et foisonnante tout en regrettant l’absence de films évoquant les bouleversements que connaît la région.

  

FRANCE 24 - Comment s’annonce cette 11e édition du festival ?

Colette Naufal - Elle s’annonce bien ! Le cinéma connaît une année extraordinaire. Ça ne s’explique pas, c’est comme ça… À Cannes, Berlin ou Venise, nous avons vu des films très forts. Nous allons ainsi projeter le dernier film de Pedro Almodovar "La piel que habito", "We need to talk about Kevin" de Lynne Ramsay, "Melancholia" de Lars Von Trier, "Restless" de Gus Van Sant, etc. Et également des films français : "Un été brûlant" de Philippe Garrel, qui a été présenté à Venise, "Nous, princesses de Clèves" de Régis Sauder et "Vénus noire" d’Abdellatif Kechiche.

 

F24 - Et qu’en est-il de la sélection de films réalisés au Moyen-Orient ?

C. N. - Il y a une grande faiblesse de ce côté-là. Dans le Golfe, de gros festivals et des sociétés de production investissent beaucoup d’argent dans les films, à condition que leurs avant-premières au Moyen-Orient aient lieu là-bas, et non à Beyrouth. Ces festivals offrent aussi des prix très importants en termes financiers, qui attirent les réalisateurs.

Nous voulions par exemple projeter le nouveau film de la réalisatrice libanaise Danielle Arbid, "Beirut Hotel", avec l’acteur français Charles Berling. Nous la connaissons bien et ses premiers films ont été diffusés dans notre festival. Mais elle ira dans le Golfe pour la première de son long-métrage dans la région. C’est l’argent qui décide !

 

F24  - La programmation du festival aborde-t-elle le thème des révolutions arabes ?

C. N. - J’avais demandé tous les films qui traitaient de ces révolutions. Les réalisateurs ont d’abord accepté de venir, avant de décider finalement de participer aux festivals du Golfe. Je suis très déçue de n'avoir aucun de ces films dans notre programmation.

Nous avons d’ailleurs décidé d’organisernotre festival à la fin d'octobre l’an prochain, après la tenue du festival de Doha [Qatar] et d’Abou Dhabi [Émirats arabes unis]. Peu importe si nous ne projetons pas les films en premier, mais nous ne voulons pas attendre un an pour les diffuser !

 

F24 - Comment se porte le cinéma dans la région ?

C. N. - En Égypte, de nouveaux talents sont en train d’émerger. Il y a aussi une nouvelle génération de réalisateurs iraniens, qui ont un style très différent de leurs aînés, moins lent et moins classique. Mais le cinéma qui me semble fort et florissant est le cinéma kurde irakien. L’an dernier, c’est un film kurde qui a remporté notre compétition et nous avons cette année au moins un long métrage et un documentaire de cette région. Quant au Liban, où il y avait jusqu’ici davantage de libertés qu’en Tunisie, en Égypte, ou encore qu’au Maroc ou en Syrie, la production cinématographique est très limitée car il n’y a aucune aide du gouvernement. Les cinéastes doivent se débrouiller tout seul.

 

F24 - Pour la deuxième année, vous avez  une sélection de films culinaires. Pourquoi ?

C. N. - D’abord parce que j’adore la cuisine et parce que la programmation culinaire du Festival de Berlin m’a fascinée. Mais, surtout, pour éveiller les gens à la culture de la "slow food" : il faut que les Libanais prennent conscience de l’importance de manger lentement, sainement… Peu à peu, je pense que l’on va trouver un public pour ces films. Au début, personne n’allait voir les films arabes, et maintenant il y a du monde. Notre public s’est élargi au fil des années.

 

Crédit photo : Perrine Mouterde

 

Première publication : 04/10/2011

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