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Dette grecque : l'efficacité des mesures d'austérité remise en question
Alors que l'Eurogroupe se réunit ce lundi à Luxembourg, Athènes a reconnu ne pas être en mesure de tenir ses engagements de réduction des déficits en 2011 et 2012. Un aveu qui remet en question l’austérité comme remède anti-déficit.
La Grèce a rajouté dimanche soir de l’huile sur le feu boursier qui consume actuellement la zone euro. La reconnaissance par Athènes de l’impossibilité de tenir ses engagements de réduction des déficits en 2011 et 2012 a provoqué, lundi, une chute généralisée sur les marchés financiers européens. Dans la matinée, le CAC 40 à Paris perdait ainsi plus de 2 % tandis qu’à Francfort, le DAX allemand chutait de 3 %.
La Grèce anticipe dorénavant un déficit de 8,5 % du PIB en 2011, alors que l'Union européenne (UE) et le Fonds monétaire internationale (FMI) espéraient 7,6 % au plus.
Pourtant, la nouvelle ne surprend personne. “On savait déjà que le déficit public cumulé de la Grèce sur les huit premiers mois de l’année avait atteint 18,1 milliards d’euros, soit plus que les 16 milliards d’euros qu’Athènes s’était fixés comme objectif pour 2011”, confirme à FRANCE 24 Céline Antonin, spécialiste de l’économie grecque à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).
“La seule nouveauté est que la Grèce reconnaît dorénavant officiellement l’échec de sa stratégie de réduction des déficits”, renchérit Benjamin Carton, économiste au Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii), contacté par FRANCE 24. Un aveu de faiblesse qui va “alimenter les craintes des marchés au sujet d’un éventuel défaut de paiement avec une baisse à prévoir de tous les titres des acteurs impliqués dans l’économie grecque”, juge ce spécialiste de la zone euro.
Les banques européennes, qui détiennent une part importante de la dette souveraine de la Grèce, risquent donc de continuer à être les principales victimes, par ricochet, de cette situation. Lundi, les cours des actions BNP Paribas et Société Générale perdaient, en fin de matinée, plus de 6 %.
Changer de cap
Au delà de l’impact boursier, Athènes peut nourrir des doutes sur le déblocage,
très attendu, de la prochaine tranche de 8 milliards d’euros d’aide du FMI et de l’UE. “Le FMI a, en effet, pour habitude de rechigner à prêter de l’argent à des pays qui n’arrivent pas à tenir leurs engagements de réduction de déficits”, rappelle Benjamin Carton. “C’est sûr que cela va ajouter de l’eau au moulin de ceux qui plaident pour arrêter d’apporter un soutien financier à la Grèce”, assure Céline Antonin. La “Troïka”, composée de représentants de l’UE, du FMI et de la Banque centrale européenne (BCE), a d’ailleurs déclaré lundi avoir besoin de plus de temps pour décider de l’éventuel déblocage de la prochaine tranche d’aide.
“Cet échec à faire baisser les déficits montre surtout que l’approche européenne en Grèce est erronée depuis le début et qu’il est temps de changer de cap”, regrette Benjamin Carton. “Les coupes budgétaires à répétition ont entraîné une récession qui fait baisser les rentrées fiscales et donc plombe les efforts pour réduire les déficits”, analyse-t-il.
Pour cet économiste, les autres pays européens doivent maintenant en tirer les conséquences et enfin reconnaître que la Grèce ne va pas éviter la banqueroute. “À plus ou moins long terme ce scénario est de plus en plus probable”, acquiesce Céline Antonin. “Les autres États européens seraient avisés de changer de stratégie et de mettre en place un dispositif pour encadrer le défaut de paiement grec car sinon la faillite va être complètement désordonnée et amplifier la panique boursière, ce qui accentuera les risques de contagion à d’autres pays comme le Portugal ou l’Espagne”, prévient-il.
Mise sous tutelle
Cette faillite inéluctable ne serait, en outre, qu’un début. “Par la suite, je pense qu’avec l’accord de la population grecque, l’État devra être mis sous tutelle européenne pendant plusieurs années afin de réformer en profondeur son système fiscal inefficace et tenter de mettre un terme à la corruption qui règne dans certaines administrations”, prévoit Benjamin Carton.
C’est donc d’une double faillite annoncée qu’il s’agit : celle de la Grèce et celle des politiques d’austérité pour réduire les déficits. “D’autres pays, comme le Portugal et l’Italie, ont adopté des plans de rigueur très strictes et il n’y a pas de raison que le constat d’échec soit différent dans leur cas”, prévient Céline Antonin.


























Commentaires (2)
ils n'atteindrons pas leurs objectifs
ils ont raison qu'ils continuent a prendre le fric a l'europe ,c'est nous qui payons et nous qui crevons lentement mais surement,et les sarkozy merkell enfont leurs cheval de bataille pour leurs prochainnes élections ,vive l'europe vive la france
L'austérité pire que la crise?
Voilà de quoi faire réfléchir! L'austérité aurait des conséquences pires que la crise de la dette elle-même. Bref, il faudrait laisser les Etats aller à la cessation de paiement et se reconstruire ensuite plus vite... Preuve s'il en est que la dette n'a pas d'avenir pour ceux qui les accorde, mais qu'un Etat en revanche a intérêt à pouvoir dévaluer pour financer les plans anti-austérité et la reprise.
Conséquence: on laisse la Grèce sortir de l'Euro, la nouvelle drachme alignée au départ sur l'euro est dévaluée, la Grèce émet de la monnaie, réactive sa croissance intérieure. Et plus tard se remet en condition de revenir sur les marchés et rentrer à nouveau dans l'euro passé l'orage. Et n'aura pas hypothéqué son avenir.
Alors oui, la Grèce pourrait suivre l'exemple de l'Islande, ou avant elle déjà les pays d'Amérique latine qui se sont rapidement relevés et même sont maintenant dans une santé financière qui leur permet de retrouver des marges de manoeuvre politiques, et une croissance (meilleurs exemples: le Brésil, le Chili, l'Argentine, et même le Mexique malgré ses autres problèmes intérieurs de sécurité)
Certes le FMI est passé par là, mais cela n'a pas été aussi dur que ce qui est imposé maintenant à la Grèce (et qui ne résoud strictement rien: c'est juste un plan pour requins afin de se dépouiller entre eux les pans entiers de leur indépendance nationale, pour réduire ce pays à l'état d'esclavage).
Dans ce cas, pas la peine de financer la Grèce: il vaut mieux qu'elle se finance elle-même, par sa propre politique intérieure, désormais détachée du carcan de l'ECB et l'euro.(D'ailleurs presque tous les pays européens ont du passer outre les règles de "stabilité" de Maastricht en creusant leurs déficits, et ils ont eu raison, mais auraient du le faire pour financer la croissance intérieure, et non pas pour régler leur dette extérieure). Tant pis pour les marchés de capitaux, ce n'est pas à eux de fixer les règles, les Etats européens peuvent aussi faire appel à leurs propres ressources entre eux, plutôt qu'auprès des banques rapaces. Alors oui il faut un retour à l'emprunt public d'Etat (et non les appels en continu au marché auprès de prestataires techniques qui surfacturent leur service). Oui au retour au plan de développement national. Et surtout ne pas attaquer les classes moyennes avec un plan d'austérité qui massacre l'économie et creuse encore plus vite les déficits publics dès l'année suivante.
Les Etats doivent alors renoncer à certaines dépenses d'investissement (le privé fera ces dépenses), qui de toute façon n'entrent jamais dans le calcul du déficit, mais doit maintenir voire augmenter ses dépenses de fonctionnement (tant pis pour le déficit: il est contrebalancé par une réduction des investissements publics, eux-mêmes compensés par les investissements faits par un privé soutenu par la politique publique).
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