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Economie

Apple orphelin de son légendaire président Steve Jobs

Vidéo par Lise BARCELLINI

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 07/10/2011

Le charismatique patron d’Apple s’est éteint à l’âge de 56 ans des suites d’un cancer du pancréas. Consacré "PDG de la décennie" en 2009 par le magazine "Fortune", il a incarné toutes les révolutions technologiques de ces 35 dernières années.

L’iPod, l’iPhone, l’iPad et le renouveau des Mac, c’est lui. Steve Jobs, ex-directeur général et co-fondateur du fabricant informatique américain Apple, est décédé mercredi à l’âge de 56 ans, a annoncé l’entreprise dans un bref communiqué. Depuis janvier 2011, celui qui restera comme l’homme qui a fourni au monde quelques-uns des gadgets technologiques les plus populaires de ce début de XXIe siècle s’était progressivement retiré des affaires, rattrapé par des problèmes de santé. Le 25 août dernier, il avait démissionné de ses fonctions au sein d’Apple, laissant les rênes de l’une des entreprises les plus puissantes de la Silicon Valley à Tim Cook, son numéro 2.

"Un visionnaire"

"Nous sommes profondément attristés d'annoncer que Steve Jobs est décédé aujourd'hui", a affirmé le groupe californien dans un communiqué. "Le caractère brillant, la passion et l'énergie de Steve ont été la source d'innovations innombrables qui enrichissent et améliorent nos vies à tous." Le co-fondateur d’Apple, Steve Wozniak, s’est exprimé, quant à lui, dans un email adressé aux employés du groupe dans lequel il écrit qu’"Apple a perdu un visionnaire et un créateur de génie, et [que] le monde a perdu un être humain incroyable".

"Steve Jobs est irremplaçable"

"Steve est mort en paix aujourd'hui entouré de sa famille, ont déclaré ses proches. Dans sa vie publique, Steve était connu comme un visionnaire. Dans sa vie privée, il chérissait sa famille." Un site Internet sera prochainement mis à la disposition de ceux qui veulent rendre hommage à l’entrepreneur, ont encore précisé ces derniers.

Durant son règne à la tête d’Apple, Steve Jobs avait atteint une telle notoriété que deux chercheurs américains avaient conclu que la marque à la pomme pouvait être considérée comme une religion.

Mais si ses fidèles étaient légion, Steve Jobs comptait également bon nombre de détracteurs écœurés par son obsession du secret et du contrôle. Mais tous s’accordent à dire que ce communicant de génie a été la figure emblématique de l’innovation technologique depuis les années 1980.

Jeune garnement

Steve Jobs, né le 24 février 1955, a connu à la tête d’Apple - qu’il a cofondé avec son ami de jeunesse Steve Wozniak en 1976 - toute la gloire, la richesse et la reconnaissance imaginable. Le magazine américain "Fortune" l’avait consacré en 2009 "PDG de la décennie".

Une consécration planétaire que le jeune garnement Steven Paul Jobs, originaire de San Francisco, est probablement très loin d’imaginer dans les années 1960. Adopté peu après sa naissance par la famille Jobs, le jeune garçon, né d’un père syrien et d’une mère américaine, n’est pas un enfant modèle. "Nous mettions des pétards dans les casiers des autres élèves et je me faisais souvent exclure temporairement de l’école", se rappelait Steve Jobs lors d’un entretien accordé au Smithsonian Institution en 1995.

S’il n’est pas vraiment fan de l’enseignement scolaire, il se tourne très vite vers l’informatique. Pas très loin de chez lui, à Palo Alto, se dresse le siège d’HP où il effectue son premier stage d’été. Il y rencontre Steve Wozniak et, depuis, les deux hommes ne seront plus jamais très éloigné l’un de l’autre.

Entre deux bidouillages informatiques, il trouve le temps de s’inscrire en 1972 à l’université de Reed, à Portland, mais abandonne ses études après le premier semestre. De temps en temps, il suit encore quelques cours de poésie ou de calligraphie mais son cœur et sa tête sont ailleurs... en Californie et plus précisément là où se construira plus tard la Silicon Valley.

Bouddhisme

Lorsqu’il quitte Portland pour retourner sur ses terres natales, Steve Jobs décroche un poste chez l’éditeur de jeux vidéo Atari. Il y retrouve Steve Wozniak et s’adonne à quelques expériences. Après un peu de hacking - il inventera notamment un téléphone permettant de passer des appels longue distance gratuitement - il effectue un périple en Inde où le futur patron d’Apple se convertit au bouddhisme.

Par la suite, Steve Wozniak et Steve Jobs vont s’atteler à leur grand œuvre. Dans un garage, ils travaillent sur leur premier ordinateur. Et il faut que cela marche pour les deux hommes. L’un a vendu sa voiture, l’autre sa calculatrice scientifique pour lancer leur société, Apple, qui voit le jour en 1976. La légende veut que le nom ait été choisi en référence au fruit favori de Steve Jobs.

L’Apple I se vend bien. Il est l’un des premiers ordinateurs à destination du grand public. Steve Jobs a alors 21 ans. Cinq ans plus tard, il est millionnaire. Une fortune qu’il doit beaucoup à l’Apple II. Sorti en 1977, ce dernier devient le premier ordinateur personnel produit en série à rencontrer un vrai succès. Il s’en est vendu plus de 5 millions d’exemplaires dans le monde.

Mais à la tête de la marque à la pomme, Steve Jobs ne vole pas de succès en succès. En 1985, le PDG est débarqué par ses troupes. Les employés d’Apple le jugent en effet trop ombrageux et difficile à vivre. Une image qui lui collera à la peau toute sa vie. A cette époque, l’entreprise pense ne plus avoir besoin de son charismatique patron pour réussir. Elle a tort.

Le beau

Steve Jobs ne se trouvera pas longtemps désemparé et Apple commence alors sa descente aux enfers, impuissante face à Microsoft. Au moment où Steve Jobs revient à bord du navire Apple, en 1996, celui-ci est sérieusement à la dérive.

De son côté, l’homme aux éternels pulls à col roulé est devenu milliardaire. Il a profité de sa fausse traversée du désert pour fonder une entreprise d’informatique en 1985, NeXt, et a racheté en 1986 un studio d’animation à Lucasfilm. Il l’appelle Pixar. Cette dernière acquisition assure la fortune de Steve Jobs grâce à des dessins animés comme "Toy Story" (1995).

Et, lorsqu’il revient aux commandes d’Apple, l’entreprise est prête à se plier à son mauvais caractère. Le coup de génie de Steve Jobs est de comprendre avant les autres l’importance du design.

L’iPod, lancé en 2001, n’est pas le meilleur lecteur musical numérique. Mais il est le plus beau. Une différence fondamentale qui va inaugurer la génération iPod. Cette petite boîte à musique s’est vendue à ce jour à des centaines de millions d’exemplaires sous ses différentes déclinaisons. Elle est devenue le symbole du nouveau Apple. L’iPod propulse Steve Jobs au rang de star, même aux yeux de la ménagère de moins de 50 ans… Ses conférences annuelles se transforment en véritables shows et certaines de ses répliques deviennent cultes. C’est le cas du "One more Thing" ("Encore une chose") qu’il prononce à chaque fin de prestation pour dévoiler une dernière innovation.

"Steve Jobs dépendance"

Steve Jobs semble avoir un flair infaillible. Après la musique, il s’attaque aux téléphones portables avec l’iPhone. Sorti en 2007, celui-ci connaît un succès immédiat. Le premier iPhone s’est vendu à 6,1 millions d’exemplaires.

Steve Jobs et Apple semblent ne faire plus qu’un. À tel point que, pendant plus de quatre ans, le groupe va taire au monde que son patron est gravement malade, de peur que l’action d’Apple chute. Steve Jobs annonce en 2004 à ses employés qu’il souffre d’un cancer du pancréas. Mais ce n’est qu’en janvier 2009 que le groupe admet publiquement le problème. Steve Jobs se retire alors pendant six mois. Il subit, avec succès, une transplantation du foie.

L’incident avait illustré la "Steve Jobs dépendance" d’Apple : fin 2008, alors que la machine à rumeurs tourne à plein régime, l’action du groupe est divisée par deux pendant quelques mois. Rebelote lorsqu’il quitte définitivement la tête d’Apple en 2011. La cotation du groupe a même du être interrompue quelques heures devant la rapidité de la chute.

De l’iPod à l’iPad, Steve Jobs aura réussi à construire la société technologique la mieux cotée en Bourse. Reste une question : Tim Cook réussira-t-il vraiment à reprendre le flambeau du "One more Thing" ?

quel avenir pour apple ?

Première publication : 06/10/2011

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