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Economie

"Les indignés pourraient jouer un rôle durant les élections de 2012"

Texte par Ségolène ALLEMANDOU

Dernière modification : 17/10/2011

Le mouvement des indignés en Espagne a fait tâche d'huile en Europe et aux États-Unis. Leur mobilisation est telle qu'ils pourraient jouer un rôle lors des présidentielles de 2012 en France et outre-Atlantique, selon la sociologue Monique Dagnaud.

source : http://15october.net/

De Madrid à Athènes, en passant par New York, Bruxelles et Paris : toutes les capitales occidentales ont vu naître ces derniers mois des mouvements de protestation de populations qui expriment leur crainte d’un "no future". Née le 15 mai à la Puerta del Sol de Madrid, la mobilisation a rapidement trouvé écho en Grèce en juin, sur la Place Syntagma avec le Mouvement des 700 (baptisé ainsi en référence au salaire mensuel minimum). Il s’est ensuite répandu, tout au long de l’été et de façon sporadique, dans plusieurs capitales du monde. Dernière en date : Occupy Wall Street, le campement installé le 17 septembre dans le Zuccotti Park, rebaptisé "Liberty Plaza", près de la Bourse à New York.

Cinq mois après la naissance du mouvement, les indignés appellent à une journée de mobilisation, ce samedi, dans le monde entier. Avec pour mot d'ordre "United for Global change", ils espèrent donner une portée internationale à cette forme de contestation inédite. Selon le site 15october.net, qui recense tous les rassemblements prévus, 951 villes de 82 pays sont concernées.

Monique Dagnaud*, sociologue et directrice de recherche au CNRS, qui étudie ces mouvements de protestation depuis leurs débuts, décrypte ce phénomène d’un nouveau genre.

Les indignés à Madrid, Occupy Wall Street à New York, les 700 à Athènes. Qu’ont en commun tous ces mouvements qui portent des noms différents ? 

Monique Dagnaud : Ces différents groupes se retrouvent derrière une identité commune. D’une part, les protestataires sont issus de la jeunesse éduquée désireuse d’exprimer leur indignation contre la société qu’ils jugent élitiste et corrompue. Les chômeurs se sont ensuite annexés au collectif. Les différents mouvements opèrent également tous avec le même mode d’organisation : occupation des lieux symboliques sur une durée plus ou moins longue, forte visibilité sur les réseaux sociaux pour se mobiliser, absence de leader, participation de tous aux tâches les plus diverses. Ils partagent des valeurs égalitaires propres au Net : ils s’organisent entre eux, ils prennent des décisions à l’unanimité, etc…

Toutefois, ces mouvements sont sensiblement différents selon le pays dans lequel ils sont implantés. Selon la situation économique de chaque Etat, les mots d’ordre sont plus ou moins distincts. En Espagne par exemple, les jeunes protestent contre leur exclusion du marché du travail parce qu'environ 40% des diplômés du supérieur de 25-34 ans sont au chômage. Les Grecs en revanche, s'ils sont eux aussi touchés par le chômage, s’élèvent plutôt contre la troïka (FMI, Union européenne et Banque centrale européenne) qui leur impose, via leur gouvernement, des mesures d’austérité sans précédent. Quant aux manifestants américains, ils se révoltent contre le symbole du capitalisme, à savoir Wall Street.

Pourquoi le mouvement commence-t-il à peine à émerger en France ?

M. D. : Sur ce point, il existe deux hypothèses. La première, c'est que les jeunes diplômés français finissent toujours par intégrer le marché du travail, même s’ils prennent plus de temps qu’avant, ce qui n’est pas le cas en Espagne. En 2006 en France, 74% des diplômés du supérieur de 25-34 ans occupaient un emploi qualifié, contre 59 % en Espagne.

Ensuite parce que les mouvements politiques d’extrême gauche en France sont encore capables de canaliser la protestation des jeunes. Je pense notamment au Front de gauche de Jean-Luc Mélanchon, aux trotskistes ou encore aux écologistes.

En 2012, des élections générales, ou présidentielles, auront lieu en Espagne, en France et aux Etats-Unis. Quels rôles peuvent jouer ces mouvements dans un tel contexte ?

M. D. : Ces jeunes n’ont visiblement pas envie de se mêler à la politique à l’ancienne, ce qui fait que ces mouvements sont en totale rupture avec les mouvements de protestation traditionnels de la jeunesse, comme celui de Mai 68 par exemple. C’est d’ailleurs pour cela qu’il n’y a pas de leader qui émerge…

Toutefois, ces collectifs pourraient jouer un rôle de lobby protestataire durant les campagnes politiques. Leur visibilité pourrait avoir un effet dans le débat politique et donner plus de poids à la question de la jeunesse durant la campagne électorale. 

En fait, leur rôle est surtout de faire passer un message, à savoir montrer l’exemple d’une mini-société vertueuse en opposition avec la société corrompue qu’ils dénoncent. Je pense notamment aux indignés de la Puerta del Sol à Madrid qui ont quitté les lieux après avoir balayé la place. Ils se veulent aussi très pacifiques.


Ces mouvements ont-ils un avenir ?

M. D. : Oui, j’en suis convaincue. Ce type de mobilisation peut prospérer car je ne vois aucun signe laissant présager une évolution favorable de la situation économique ou des changements positifs pour les jeunes. Ces mouvements ont pour but de mettre en avant la situation critique de la jeunesse. Et tant qu’elle ira mal, ça continuera…

Monique Dagnaud vient de publier "Génération Y - les jeunes et les réseaux sociaux, de la dérision à la subversion" (aux Presses de Sciences Po)


Première publication : 12/10/2011

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