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Dernière modification : 14/10/2011

Les mineurs chiliens, un an après

Prisonniers au fond d’une mine pendant 69 jours, ceux qu’on appelle "les 33" d’Atacama ont vécu l’enfer. Il y a un an, leur spectaculaire sauvetage a été suivi en direct par plus d’un milliard de téléspectateurs. Que sont-ils devenus? Leur cauchemar est-il vraiment terminé?

Pour rejoindre la mine de San José, il faut d’abord parcourir 850 km depuis Santiago du Chili puis emprunter une route dans un décor lunaire. A la fois inquiet et enthousiaste, Claudio nous guide au milieu des dunes de l’Atacama, c’est la première fois qu’il effectue ce trajet depuis qu’il est sorti de la mine il y a un an. Au bout de la piste, c’est le silence.

Un camion immobile, une barrière chancelante, de vieux bidons de fioul sont posés dans le décor, comme si les occupants du lieu s’étaient enfuis d’un coup. Sylvain, notre preneur de son enregistre un craquement et le timide chant d’un oiseau. Dans cette atmosphère digne d’un film de Sergio Leone, Claudio revoit les deux milles journalistes, les familles, les officiels, il entend le crépitement des flashs et les applaudissements, il est avare de mots… Le vertige sans soute.

Il y a un an c’était l’heure héroïque. Après 69 jours passés à 700 mètres sous terre, 33 gueules noires sont sorties de terre, sous les projecteurs des médias du monde entier.
Mais aujourd’hui c’est la chute, le chômage, les calmants. « Les 33 » comme on les appelle ici sont "K.O".

A Copiapo, 130 000 habitants, la ville des mineurs, on ne parle pas du drame. Trop de gros titres, trop de jalousie, trop de publicité autour de ces gars du village, dont certains sont soupçonnés d’orchestrer leur communication au point de demander près de 3000 dollars pour une apparition d’une heure à la télévision.

En ce week-end du mois de Septembre, la ville célèbre l’indépendance du Chili et pour rencontrer d’autres mineurs, il faut se rendre à la kermesse, la "fonda" comme on dit ici. Leurs femmes y tiennent un stand, c’est le stand des 33, c’est aussi le plus vide alors que la fête bat son plein.

Il y a Johnny, celui dont le drame de San José avait mis à jour la double vie : une femme et une maîtresse venues toutes les deux le soutenir. Pas question pour lui de s’adresser à la caméra. C’est Susanna, sa fameuse maîtresse qui prépare les brochettes. Elle accuse l’état, la compagnie minière de les laisser tomber.

Dario l’un des mineurs, ne desserre pas les dents, trop déprimé. Au milieu des regards vide, deux musiciens déchirent la nuit de leur voix syncopée, il dansent, infatigables.
Il y a Tito notre "fixeur", infatigable lui aussi. Il tente d’expliquer aux familles que nous ne sommes pas là pour les juger mais pour les écouter. Pas facile.

Même Pamela, journaliste au quotidien local peine à les convaincre. Elle nous conduit un peu à l’écart de la ville, vers l’instant sans doute le plus bouleversant du tournage : Jimmy a 20 ans et depuis sa sortie de la mine, il bégaye. Au chômage et trop jeune pour percevoir la moindre indemnité, il vit reclus dans son quartier. Parfois il a la rage. "J’ai envie de crier fort !", nous dit il. Mais sous son regard sombre, perce une petite lueur. C’est le rêve caressé d’être heureux, simplement, de courir à nouveau après les cerfs volants, dans les faubourgs de Copiapo.

Par Sébastien Renouil

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