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FRANCE

Il y a 50 ans, la "silencieuse" exécution d'une centaine d'Algériens à Paris

©

Vidéo par France 3

Texte par Dépêche

Dernière modification : 17/10/2011

Depuis plusieurs années, de nombreuses voix s'élèvent pour réclamer la reconnaissance officielle de la sanglante répression menée par la police contre une manifestation d'Algériens à Paris, le 17 octobre 1961.

AFP - Jetés dans la Seine, tués par balle ou morts le crâne fracassé par des manches de pioche ou des crosses de fusils: 50 ans après, une chape de silence officiel pèse toujours sur la sanglante répression d'une manifestation d'Algériens le 17 octobre 1961 à Paris.

"Il est fort peu probable qu'il y ait une évolution positive compte tenu des positions de Nicolas Sarkozy sur la colonisation", le chef de l'Etat étant hostile à l'idée de repentance réclamée par l'Algérie, parie l'historien Olivier Lecour Grandmaison, interrogé par l'AFP.

Le bilan officiel de la répression est de trois morts et 64 blessés. Cent personnes sont mortes du fait des exactions de la police, soutiendra en 1988 Constantin Melnik, qui fut conseiller pour la police et le renseignement au cabinet du Premier ministre Michel Debré pendant la guerre d'Algérie.

Les survivants du 17 octobre 1961 se souviennent

Le bilan réel se situe probablement autour de 200 morts, voire "plusieurs centaines", selon l'historien Jean-Luc Einaudi qui a levé le voile sur cette tragédie en publiant "la bataille de Paris" en 1991.

"Je n'ai guère d'illusion, je n'ai pas l'impression que le pouvoir actuel soit animé par une volonté de vérité concernant cette période", estime l'historien ajoutant que "le climat pré-électoral n'est pas propice".

La préfecture de police de Paris (PP) ne publiera pas de nouveaux chiffres. "On laisse les historiens faire leur travail. Nous ne ferons pas de communication sur le sujet", a indiqué la PP en soulignant avoir donné 90 dérogations à des chercheurs pour accéder aux archives "à caractère non judiciaire". Pour les documents judiciaires, le délai est de 75 ans.

Le 17 octobre 1961, alors que les négociations ouvertes six mois plus tôt entre le gouvernement français et le gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) étaient bloquées, le Front de Libération Nationale appelait à une manifestation "pacifique" à Paris.

"Des détonations"

Après une série d'attentats contre des policiers (11 morts entre fin août et début octobre), le préfet Maurice Papon imposait un couvre-feu aux "Français musulmans d'Algérie" pour "mettre un terme aux agissements criminels des terroristes".

"Les policiers étaient animés par un certain esprit de vengeance suite à ces attentats et se sentaient couverts par leur hiérarchie", explique Olivier Lecour Grandmaison.

Contre ce qu'il qualifiait de mesure "à caractère raciste" mais qui entravait surtout ses activités, le FLN appelait les Algériens à se rassembler, leur demandant de sortir en famille et en proscrivant tout ce qui pouvait assimilé à une arme.

Il avait aussi désigné des "observateurs" parmi les sympathisants français de sa cause nationaliste, comme Henri Benoît et son épouse Clara, syndicalistes Chez Renault à Boulogne-Billancourt, envoyés à la Place de l'Opéra.

"Le cortège cheminait normalement. C'était silencieux. A un certain moment, nous avons remarqué des cars de police qui suivaient. Arrivés à la station Bonne Nouvelle, nous avons entendu des détonations", raconte M. Benoît qui a vu ensuite des manifestants la tête en sang.

Place de l'opéra, "il y avait un local de la préfecture de police où des cars débarquaient des Algériens. Ils descendaient, les mains sur la tête, et passaient entre deux files de policiers qui les matraquaient copieusement", selon M. Benoît. Près de 12.000 personnes furent arrêtées.

"La police a fait ce qu'elle devait faire", affirmera ensuite Maurice Papon.

Il a fallu attendre 30 ans et la parution de "la bataille de Paris" pour que le silence soit levé. Depuis, des plaques commémoratives ont été dévoilées. Dimanche à Nanterre sera inauguré un boulevard du 17-octobre-1961. Une manifestation commémorative est prévue lundi à Paris.
 

Première publication : 17/10/2011

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