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Afrique

À Benghazi, le CNT proclame la libération de la Libye

Vidéo par Cécile GALLUCCIO

Texte par Dépêche

Dernière modification : 23/10/2011

Moustapha Abdeljalil, président du Conseil national de transition (CNT), a proclamé dimanche la libération de la Libye lors d'un discours à Benghazi (est). La charia (loi coranique) sera la principale source du droit, a-t-il annoncé.

REUTERS - Le Conseil national de transition (CNT) libyen a proclamé dimanche la libération du pays, trois jours après la mort de Mouammar Kadhafi, annonçant un avenir démocratique et se réjouissant de la disparition de l'ancien "guide".

Moustapha Abdeljalil le président de l'organe politique des ex-rebelles a commencé son discours par un rituel musulman et promis aux dizaines de milliers de personnes rassemblées à Benghazi (Est) de faire appliquer la charia (loi coranique).

"Tous les martyrs, les civils et l'armée attendaient ce moment. Mais ils sont désormais dans le meilleur des endroits (...), le paradis éternel", a dit Abdeljalil, suscitant les "youyous" d'une foule jubilatoire et agitant des drapeaux noir-rouge-vert de la révolution.

Malgré les questionnements autour de la mort de Kadhafi jeudi - circonstances du décès, lieu de l'enterrement -, l'heure était à la joie sans réserve dimanche à Benghazi, berceau du soulèvement entamé il y a huis mois.

"Nous disons au monde entier que nous avons libéré notre pays bien-aimé, ses villes, ses villages, ses collines, ses montagnes, ses déserts et son ciel", a dit un responsable de l'armée en ouvrant la cérémonie.

"Levez la tête, vous êtes un Libyen libre", a renchéri Abdel Haziz Ghoga, vice-président du CNT.

Abdeljalil, dont le manque de poigne inquiète, a appelé à la réconciliation nationale et à "l'oubli". "Nous devons débarrasser nos âmes de la haine et de la jalousie. C'est nécessaire au succès de la révolution et de la Libye future."

Le CNT a également promis que tous les traités et accords internationaux seraient respectés.

"Dans la poubelle de l'histoire"

L'avocat Abdelrahmane el Kissi a annoncé la création d'un ministère pour les victimes du conflit. "Nous sommes les Libyens. Nous t'avons montré qui nous sommes, toi le Pharaon des temps. Tu es tombé dans la poubelle de l'Histoire", a-t-il lancé.

Mouammar Kadhafi a dominé la Libye d'une main de fer durant 42 ans.

L'annonce de la libération ouvre la voie à la formation d'un gouvernement intérimaire et à l'organisation, dans un délai de quelques mois, d'un scrutin pour élire une assemblée constituante. L'objectif est d'instaurer de nouvelles institutions démocratiques en 2013.

Avec d'importantes ressources en hydrocarbures et une population relativement faible de six millions d'habitants, la Libye dispose des atouts pour devenir un pays prospère. Elle est cependant traversée de rivalités régionales et tribales qui alimentent les craintes sur la viabilité du processus de transition.

Les nouveaux dirigeants libyens ont une "opportunité très courte" de mettre de côté leurs différences pour lancer la période de transition sur de bonnes bases, a prévenu samedi le Premier ministre par intérim, Mahmoud Djibril, en annonçant sa démission en raison de la fin officielle d'une guerre civile de huit mois contre le régime kadhafiste.

La révolution a été accomplie par des brigades disparates et peu disciplinées représentant chacune une ville différente. Elles réclament désormais leur place au sein du futur pouvoir, notamment celles de Misrata et de Benghazi qui pensent avoir payé un lourd tribut pour le renversement de Mouammar Kadhafi.

"Il y aura des querelles entre les régions. Il y a Zentane et Misrata d'un côté et Benghazi et l'Est de l'autre", a dit à Reuters un commandant de Misrata.

Autopsie

Le sort à réserver au cadavre de Mouammar Kadhafi est lui-même un sujet de tensions entre les différents mouvements de la nouvelle Libye. Contrairement aux principes de l'islam, la dépouille du "guide" est exposée depuis vendredi à Misrata, dont les combattants se prévalent de la capture de l'ancien dirigeant jeudi aux abords de Syrte.

Le corps a commencé à se décomposer. Ceux qui venaient le voir samedi à Misrata étaient obligés de se couvrir le visage avec un masque.

La famille en exil de Mouammar Kadhafi a réclamé la restitution de son cadavre et de celui de son fils Mouatassim. Des responsables du CNT souhaitent en revanche les enterrer dans un lieu tenu secret afin d'éviter de créer un lieu de pélerinage.

Les habitants de Misrata n'en veulent pas sous leur ville.

Le corps a été autopsié samedi dans une morgue de Misrata. Une source médicale a dit à Reuters que Mouammar Kadhafi avait succombé à une blessure par balle et qu'il avait été touché d'une balle dans la tête et d'une autre dans l'abdomen.

La dépouille a ensuite été ramenée au vieux marché de Misrata, où des Libyens continuent de défiler.

Première publication : 23/10/2011

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