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Economie

Les Européens arrachent un accord pour sauver l'euro

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Dépêche

Dernière modification : 27/10/2011

Les dirigeants européens réunis à Bruxelles ont convenu, dans la nuit, de nouvelles mesures destinées à enrayer la crise de l'euro. Le plan prévoit que les banques créancières de la Grèce effacent de moitié la dette qu'elles détiennent.

AFP - Les pays de la zone euro sont parvenus dans la douleur à boucler jeudi matin les grandes lignes d'un plan anti-crise, passant par une forte réduction de la dette de la Grèce et la mobilisation de 1.000 milliards d'euros pour empêcher la contagion, mais avec encore des inconnues.

Au terme de près de dix heures de tractations lors d'un sommet crucial à Bruxelles, le président français Nicolas Sarkozy a parlé d'un compromis "crédible" et "ambitieux" et la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, de "progrès substantiels".

"Je pense que nous avons pu être à la hauteur des attentes et que nous avons fait ce qu'il fallait faire" pour l'euro, a ajouté la chancelière allemande Angela Merkel.

Les dirigeants européens ont réussi à lever in extremis un blocage portant sur un point central de leur système de défense face à la crise qui déstabilise la monnaie commune depuis deux ans: l'effacement d'une partie de la dette grecque détenue par les banques créancières du pays.

L'accord conclu avec les banques porte sur un renoncement de 50% de leurs créances, soit cent milliards d'euros sur un total d'endettement public du pays de 350 milliards d'euros.

"Nous avons pris les bonnes décisions"

Athènes recevra en outre de nouveaux prêts de l'Europe et du FMI de 100 milliards d'euros également d'ici fin 2014, dans le cadre d'un programme qui remplace celui de 109 milliards d'euros décidé en juillet.

La dette grecque constituait le dernier gros point de blocage du sommet. Les marchés boursiers asiatiques ont pu soufflé. Il étaient orientés à la hausse après cette percée jeudi.

"Une nouvelle ère s'ouvre pour la Grèce", a déclaré le Premier ministre grec Georges Papandréou.

Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et Christine Lagarde ont dû intervenir personnellement dans la nuit pour trouver un compromis avec les banques, alors que les discussions étaient enlisées. Les négociations ont été "très dures", selon le Premier ministre grec George Papandréou.

Le 21 juillet, un premier accord avait été trouvé avec les banques en vue de réduire de 21% la dette grecque qu'elles détiennent.

Mais cela ne suffit plus et le pays est aujourd'hui étranglé. D'où les efforts depuis plusieurs semaines pour aller beaucoup plus loin.

L'Allemagne a exercé une pression intense, exigeant un effort le plus important possible, supérieur à 50%, menaçant les banques de passer par la manière forte si nécessaire, à savoir une restructuration imposée de la dette grecque.

La France et la Banque centrale européenne s'y sont opposées par crainte d'un effet domino dans toute l'Europe.

En échange de l'effort demandé au secteur bancaire, un accord a été trouvé pour recapitaliser les établissements qui en auraient besoin.

Concrètement, les besoins ont été chiffrés à 106 milliards d'euros par l'Autorité bancaire européenne (EBA). Toutefois, les marchés estiment qu'ils sont nettement supérieurs. Le FMI a lui-même parlé de 200 milliards d'euros.

Au-delà, les pays de la zone euro ont décidé de démultiplier la puissance de feu de leur Fonds de secours financier pour les pays en difficulté en la portant à 1.000 milliards d'euros dans un premier temps.

Cette enveloppe doit permettre d'éviter que la crise de la dette ne gagne l'Italie et l'Espagne.

Actuellement, le Fonds de secours (FESF) est doté d'une capacité de prêts théorique de 440 milliards d'euros, enveloppe jugée insuffisante face à l'ampleur des turbulences.

Les pays de la zone euro ont opté pour un mécanisme permettant de mobiliser davantage de fonds, sans que les Etats ne dépensent plus: un "effet de levier".

En l'occurence, cela consistera à offrir un système d'assurance-crédit aux investisseurs pour les inciter à acheter de la dette publique d'Etats fragiles. Concrètement, le FESF garantira une partie de la dette en cas de défaillance de l'Etat emprunteur.

Sur les 440 milliards d'euros de départ, le FESF dispose encore de 250 à 275 milliards d'euros disponibles. C'est avec cette option que la capacité d'intervention du Fonds sera portée à environ 1.000 milliards.

A ce dispositif serait ajouté un autre mécanisme: un fonds spécial adossé au FMI et accueillant les contributions de pays émergents comme la Chine et la Russie. Mais ce dernier volet est impossible en l'état à chiffrer.

La Chine et la Russie ont fait état de leur intérêt et le chef de l'Etat français, Nicolas Sarkozy, a prévu de s'entretenir de ce sujet avec le président chinois Hu Jintao jeudi.

Il n'est pas certain néanmoins que le montant de 1.000 milliards d'euros suffise à rassurer les marchés financiers. Ils attendaient à l'origine le double.

Une réunion des ministres européens des Finances est envisagée pour finaliser les détails.

Dernier volet du système anti-crise: la zone euro compte sur la poursuite du soutien de la BCE, qui actuellement maintient à flot l'Italie et l'Espagne en rachetant leur dette publique sur les marchés pour éviter que les taux d'emprunt obligataires ne s'envolent.

L'Italien Mario Draghi, qui doit succéder début novembre à Jean-Claude Trichet, a signifié mercredi qu'il poursuivrait sur la même voie en maintenant les mesures "non conventionnelles" de l'institut monétaire face à la crise.

M. Sarkozy s'est "réjoui" de ces déclarations qui montrent que la BCE est "derrière" les décisions qui ont été prises. Le rôle de la BCE dans les mécanismes de lutte contre la crise de la dette a été au centre d'un bras de fer franco-allemand ces dernières semaines, Berlin refusant que l'institut participe directement au FESF.

Concernant l'Italie, l'heure est à l'apaisement. Craignant une contagion de la crise à ce pays, les dirigeants européens avaient fait pression sur le chef du gouvernement, Silvio Berlusconi, pour qu'il leur donne des garanties sur la baisse de sa dette, en échange de leur solidarité.

M. Berlusconi a apporté à Bruxelles une lettre promettant des réformes, qui a fait "bonne impression", selon le Premier ministre polonais Donald Tusk.

 

Première publication : 27/10/2011

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