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FRANCE

L’incendie des locaux de "Charlie Hebdo" déclenche des réactions contrastées

©

Vidéo par Audrey RACINE

Texte par Charlotte BOITIAUX

Dernière modification : 03/11/2011

Les locaux du journal satirique, qui a publié ce mercredi un numéro spécial intitulé "Charia Hebdo", ont été incendiés dans la nuit de mardi à mercredi. Si la classe politique s’indigne, les internautes sont divisés quant à l’attitude à adopter.

Vitres explosées, murs noircis, locaux brûlés, le siège de la rédaction de l’hebdomadaire satirique "Charlie Hebdo", dans le XXe arrondissement de Paris, est désormais hors d’usage. Le bâtiment a été ravagé dans la nuit de mardi à mercredi par un incendie "criminel", selon une source policière qui évoque un jet de "cocktails Molotov". La rédaction avait décidé de réaliser cette semaine un numéro spécial baptisé "Charia Hebdo", suite à la victoire du parti islamiste Ennahda, en Tunisie. Pour Charb, le directeur de la publication, il ne fait aucun doute "que les deux événements sont liés."

"Comment peut-on réagir avant même la publication du numéro ?"

La veille, de nombreux internautes s’étaient massivement indignés via twitter et facebook de la une du journal. La page d'accueil de son site internet avait même été piratée quelques heures, remplacée par une photo de La Mecque, lors d'un pèlerinage, accompagnée du slogan: "Not god but Allah" ("Pas d'autre Dieu qu'Allah").

Mais si le choix éditorial était périlleux, reconnaît Charb, à l’antenne de FRANCE 24, il n’était en rien inédit. "Nous n’avons pas l’impression d’avoir fait une provocation supplémentaire. La seule différence [comparée aux autres unes], c’est que Mahomet est en couverture (…) Nous savions que nous allions recevoir des menaces", toutefois, insiste-t-il, "nous en recevons régulièrement." Le journaliste reconnaît ainsi avoir été surpris par l’incendie de sa rédaction. "Comment peut-on réagir avant même la publication du numéro ?", s’indigne-t-il.

La page piratée du site de Charlie Hebdo, mardi soir.

La classe politique scandalisée

Sans surprise, dans la matinée de mercredi, une avalanche de réactions politiques, de droite comme de gauche, est venue s’ajouter à l’indignation du personnel de "Charlie Hebdo". Le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, a appelé "tous les Français à se sentir solidaires" du journal après ce qu’il nomme un "attentat". François Hollande, le candidat du Parti socialiste à la présidentielle de 2012, condamne cette atteinte à la liberté d’expression : "Le fondamentalisme sous toutes ses formes doit être dénoncé", a-t-il déclaré dans un communiqué. Le parti d’extrême droite de Marine le Pen réclame, quant à lui, une réponse forte de la part des autorités. "L’attentat contre 'Charlie Hebdo' est une agression contre la laïcité (…) La Charia serait-elle intouchable en France ?", s’interroge Bertrand Dutheil de la Rochère, un des lieutenants du Front national.

Côté institutions religieuses, le Conseil français du culte musulman (CFCM) et la Grande Mosquée de Paris ont également condamné fermement cet incendie. "Nous dénonçons un acte qui ne peut en aucun cas représenter les principes de liberté, de tolérance et de paix qui sont le message de notre institution", peut-on lire dans le communiqué de Dalil Boubakeur, le recteur de la Mosquée de Paris.

"Ils ont joué aux cons, faut pas s'étonner de certaines réactions après"

Sur les réseaux sociaux, en revanche, le ton est nettement plus nuancé. Si de nombreux messages twitters s’offusquent d’"une attaque contre la démocratie" et d’une "atteinte grave à la liberté d’expression", de nombreux internautes dénoncent également ce qu’ils nomment un "affront" à l’Islam. "Je comprends les personnes blessées par 'Charlie Hebdo'. Voici leur réponse à cette provocation", peut-on lire sur un compte twitter. "Ils ont joué aux cons quand même, faut pas s'étonner de certaines réactions après !", réagit un second internaute.

Un ton virulent que l'on retrouve sur Facebook. Si quelques pages, créées ce mercredi matin, prennent la défense de l'hebdomadaire satirique, la majorité d'entre elles appelle à boycotter le journal : "Tous contre Charlie Hebdo", "Contre les caricatures haineuses et diffamantes de Charlie Hebdo", "Boycott Charlie Hebdo", retrouve-t-on sur la Toile. Certains commentaires d’internautes y sont parfois très violents : "On répondra à cet affront de manière à ce qu’ils le regrettent amèrement", écrit un internaute sur l’une des pages.

Charlie Hebdo trouve refuge à Libération

Au-delà de l’émotion que suscite "Charia Hebdo", certains internautes préfèrent réorienter leurs conversations autour de l'éternelle théorie du complot. Beaucoup spéculent autour du "véritable" auteur de l’incendie, tout en s’inquiétant des conséquences d’un tel acte. "Moi je suis sûr que ce sont des gars du FN [Front national, NDLR] qui ont brûlé Charlie Hebdo... 2012 va nous surprendre", écrit l’un. "L’affaire Charlie Hebdo ne va pas arranger les choses. Sondage 2012 : Marine le Pen en hausse", redoute un autre.

Outre cette déferlante de réactions à gérer, la rédaction, désormais sans toit, s’interroge sur l’avenir de son journal. Une interrogation à laquelle le journal quotidien Libération et la Mairie de Paris ont apporté une réponse. Le journal de gauche et le maire se sont proposés, mercredi matin, pour héberger la rédaction de "Charlie Hebdo" pendant cette période d’intérim. "Les équipes de 'Charlie Hebdo' sont les bienvenues à Libé le temps qu'elles retrouvent des locaux et des ordinateurs. On se serrera", a twitté ce mercredi matin Nicolas Demorand, directeur de la rédaction. Une invitation que Charb a manifestement acceptée. "Je viens de les avoir en ligne : l’équipe de Charlie débarque à 13h. Soyez les bienvenus !", a retwitté le journaliste de Libération, peu avant 11h30.

Première publication : 02/11/2011

  • FRANCE

    Les locaux de "Charlie Hebdo" détruits par un incendie criminel

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