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EUROPE

Mario Monti, l'homme du consensus succède à Silvio Berlusconi

©

Vidéo par Jonathan WALSH

Texte par Charlotte OBERTI

Dernière modification : 14/11/2011

Au lendemain de la démission de Silvio Berlusconi, la désignation de Mario Monti, 68 ans, économiste rigoureux et ancien commissaire européen, pour former le prochain gouvernement, annonce un changement d'ère politique en Italie.

En pleine crise économique, l’heure du changement politique a sonné en Italie : l’économiste Mario Monti en est devenu l’emblème. Au lendemain de la démission de Silvio Berlusconi, l'ancien commissaire européen a été désigné dimanche soir par le président de la République, Giorgio Napolitano, pour former le prochain gouvernement;

A peine nommé, il a promis de mener "avec un sens de l’urgence mais avec soin" des consultations en vue de composer son cabinet.
 
Dans une brève allocution, il s’est également dit convaincu que l’Italie "peut vaincre" la crise de la dette grâce à l’effort collectif. L'objectif du nouveau gouvernement devra être "d'assainir la situation financière et de reprendre le chemin de la croissance dans un contexte d'attention accrue à la justice sociale", a-t-il ajouté.
 
La nomination de cet économiste respecté intervient à point nommé pour rassurer les marchés et les partenaires internationaux avant l'ouverture des marchés boursiers, lundi matin.

Un économiste rigoureux

Des compétences, ce professeur d’économie formé à Yale n'en manque pas. Selon Massimo Nava, éditorialiste du "Corriere della sera", Mario Monti, largement considéré en Italie comme un homme rigoureux, est un homme "honnête et sans ombres".

Jouissant d’une stature internationale, et plus particulièrement européenne, acquise grâce à dix ans de bons et loyaux services en tant que commissaire européen au Marché intérieur et aux Services financiers puis à la Concurrence (1994-2004), il a la réputation d'avoir une main de fer et incarne la politique européenne de libéralisation économique. L'Union européenne a d’ailleurs salué dimanche la nomination de l'ex-commissaire, soulignant qu'elle continuerait de surveiller le processus de réformes en Italie.

Président de la prestigieuse faculté d’économie Bocconi à Milan, il est également président honoraire de Bruegel, un 'think tank' économique européen fondé en 2005. Grand réformiste, il s’est, au cours de ces derniers mois, placé en opposition par rapport aux orientations choisies par Berlusconi. Ses chevaux de bataille sont multiples : il plaide notamment pour une concurrence loyale et lutte contre l’évasion fiscale ainsi que les monopoles. Tenace, l’économiste italien n’a pas hésité à se frotter à Microsoft en 2004 pour abus de position dominante. Après six ans de procédures, quelque 497 millions d’euros d’amende avaient alors été infligés au géant américain.

Le gouvernement dont il va prendre la tête aura de nombreux défis à relever. Des réformes structurelles, exigées par l'Union européenne et le FMI et jusque-là renvoyées sine die, doivent être mises en place : système des retraites, dépenses publiques, lutte contre la corruption, le monopole ou encore les lobbys. Condition indispensable à ces changements : que le président du Conseil soit soutenu par un large panorama politique.

Une figure "au-dessus des partis"

Mario Monti, 68 ans, est ce que l’on peut appeler un homme "au-dessus des partis", capable de s’attirer le soutien d’un grand nombre de courants politiques. Soutenu par le Parti démocrate (centre-gauche), il a fait partie de la Commission Prodi à Bruxelles après avoir été sollicité par Berlusconi.

Ce consensus semble constituer un atout non négligeable pour un pays en proie à la crise de la dette et qui a grandement besoin de dépasser le clivage gauche-droite, selon Massimo Nava. Avec un montant supérieur à 1 900 milliards d'euros, la dette de l'Italie est la quatrième plus importante au monde en volume.

Seul bémol dans cette avalanche de louanges : la Ligue du Nord, allié de Silvio Berlusconi au sein de la coalition sortante, avait fait savoir le jeudi 10 novembre qu’elle ne soutiendrait pas un gouvernement Monti et qu'elle basculerait dans l’opposition. Dimanche en revanche, le parti de Silvio Berlusconi, Le Peuple de la Liberté, s'est dit prêt à soutenir le gouvernement Monti.

Globalement, ses détracteurs demeurent peu nombreux. L'homme se pose en effet comme un personnage assez consensuel à qui il est difficile de trouver des défauts. Son côté intraitable ? Utile en temps de crise. Son manque d’expérience dans le domaine de la politique italienne ? Il est vrai que sa carrière internationale l’a éloigné des manœuvres politiques internes. Mais cette position quelque peu excentrée pourrait se révéler bénéfique et trancher avec l’ère Berlusconi, marquée par les frasques et un marasme politique.

Première publication : 10/11/2011

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