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Moyen-orient

La Ligue arabe en première ligne face au régime syrien

©

Vidéo par Sonia DRIDI

Texte par Marc DAOU

Dernière modification : 14/11/2011

La mise au ban de la Syrie par la Ligue arabe, samedi, isole un peu plus le président Bachar al-Assad sur la scène internationale. Le régime de Damas assure pourtant qu'il "ne fléchira pas et sortira plus fort" de la crise. Le bras de fer continue.

"Le cœur battant de l’arabisme est sur le point d’avoir un arrêt cardiaque", ironisait sur Twitter Hisham Melhem, chef du bureau d’Al-Arabiya à Washington, peu après la mise au ban du régime syrien par la Ligue arabe samedi. Pour la première fois depuis qu’il est au pouvoir, 41 ans quasiment jour pour jour après le coup d’État du 13 novembre 1970, le clan Assad - autoproclamé défenseur de la cause arabe et fer de lance du front du refus à Israël - a été lâché avec fracas par ses pairs.

C’est depuis Le Caire, samedi, que l’organisation panarabe a annoncé la suspension temporaire de l’adhésion de la Syrie pour n’avoir pas appliqué, comme elle s’y était engagée "sans réserves", le plan prévoyant l’arrêt des violences - 3 500 morts depuis la mi-mars, selon les Nations unies. Elle a appelé à des sanctions contre Damas et à l'organisation d'une transition avec l'opposition. Ironie de l’Histoire, en novembre 1979, le président Hafez al-Assad, qui dictait alors sa loi à la Ligue arabe, faisait exclure l’Egypte d'Anouar al-Saddate après les accords de Camp David.
 
Une rupture et un tournant
 
Cette rupture "surprenante" avec un pays fondateur constitue un "tournant dans l’histoire de l’organisation", selon Khattar Abou Diab, politologue spécialiste du Moyen-Orient et professeur à l'Université Paris XI, interrogé par France 24. Et de poursuivre : "On constate que la Ligue commence à être influencée par le développement des contestations arabes, car une telle audace était inimaginable par le passé, surtout à l’égard d’un pays aussi influent dans la région." De plus en plus isolé sur la scène internationale, le régime paie son jusqu’au-boutisme.
 
"La décision de la Ligue arabe de suspendre la Syrie (...) représente un pas dangereux", a déclaré lundi le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Mouallem en conférence de presse. Damas "paie le prix de ses positions fermes", mais elle "ne fléchira pas et sortira plus forte", a-t-il ajouté, assurant que "les complots ourdis contre la Syrie échoueront". Dimanche, des partisans du régime avaient exprimé leur colère contre la décision des pays arabes en s’en prenant à des missions diplomatiques étrangères - notamment celles d'Arabie saoudite, de la Turquie et de la France.
 
Les différents scénarios possibles en Syrie
Signe de l’isolement du régime, seuls l’Iran - qui craint d’être isolé par la chute de son allié régional - et le Hezbollah libanais ont condamné la décision de la Ligue arabe, adoptée par 18 voix sur 21. Le Liban, gouverné par une coalition prosyrienne, et le Yémen, en proie à un soulèvement, ont voté contre. L’Irak s’est abstenu. Concentré sur ses ambitions nucléaires, Téhéran se limite à un soutien discret et appelle à une solution négociée avec l’opposition.
 
De son côté, Moscou, qui s'oppose à toute résolution au Conseil de sécurité condamnant la répression, a jugé la mesure de la Ligue "incorrecte". Pourtant, le président Dmitri Medvedev avait appelé, début octobre, son homologue syrien à accepter des réformes ou à démissionner. Enfin la Chine, fournisseur de premier plan du régime baasiste dans le secteur militaire, a exhorté lundi la Syrie à la mise en œuvre du plan arabe.
             
"Le scénario libyen ne se répètera pas"
 
"La Syrie ne doit pas sous-estimer l’influence de la Ligue arabe, car n’oublions pas que c’est son feu vert qui a pavé la voie au vote d’une résolution du Conseil de sécurité contre Kadhafi et qui a légitimé l’intervention de l’Otan en Libye", expliquait récemment à France 24, Paul Salem, politologue et directeur du centre Carnegie pour le Moyen-Orient, au Liban. Et de poursuivre : "Une prise de position forte de la Ligue arabe constituerait l'étape fondamentale d’un scénario menant à une intervention internationale."
 
Samedi justement, la Ligue a décidé, "dans le but de protéger les civils syriens, de contacter immédiatement les organisations arabes concernées". Et si la violence et les assassinats ne s'arrêtent pas, la Ligue chargerait alors le secrétaire général Nabil al-Arabi de "contacter les organisations internationales, y compris les Nations unies".
 
Malgré cet avertissement, la majorité des observateurs écartent un scénario à la libyenne, d’autant que toute intervention militaire contre le régime a été jusqu’ici "totalement exclue" par les Occidentaux et l’Alliance atlantique. Une nouvelle que le ministre Mouallem n’a pas manqué de relever : "La Syrie n'est pas la Libye. Le scénario libyen ne se répètera pas. Ce qui se passe dans le pays est différent de ce qui s'est passé en Libye, et le peuple syrien ne doit pas s'inquiéter", a-t-il martelé lundi.
 
D’aucuns redoutent une radicalisation du soulèvement et un durcissement de la répression. "Tant que sur le terrain la contestation n’aura pas réussi à ouvrir un front ou à libérer une région à l’instar des rebelles libyens, Assad tiendra longtemps", constate Fréderic Encel, maître de conférences à Sciences-Po Paris et spécialiste du Proche-Orient, sur l’antenne de France 24.
 
Affaiblie et isolée, la Syrie sera de nouveau à l'ordre du jour de la Ligue arabe mercredi, jour où sa suspension devrait devenir effective, à l'occasion d'une réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères des pays membres à Rabat, au Maroc. De son côté, Damas réclame la tenue d'un sommet extraordinaire des chefs d'Etat et de gouvernement de la Ligue.
 

 

Première publication : 14/11/2011

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