Dernière modification : 28/11/2011 

- Dominique Strauss-Kahn - Élection présidentielle française - Énergie nucléaire - François Hollande - Nicolas Sarkozy - Politique française


Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy

Roselyne Febvre (FRANCE 24) et Valérie Gas (RFI) reçoivent Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy. "La plume" du président s'exprime sur les temps forts de l'actualité de la semaine : les déclarations de Nicolas Sarkozy concernant le nucléaire et le droit de vote des étrangers.

Roselyne FEBVRE.- Bonjour et bienvenue dans le rendez-vous RFI / France 24 avec Valérie Gas du service politique de RFI. Nous recevons Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy. Bonjour Henri Guaino.

Henri GUAINO.- Bonjour.

Roselyne FEBVRE.- Alors Henri Guaino, c'est toute une histoire. La chose de votre vie, c'est bien celle avec un grand H. C'est aussi vous qui avez aidé le candidat Nicolas Sarkozy à exalter la mystique républicaine, à faire vibrer la flamme de la France éternelle dans ses discours de campagne. Auparavant vous aviez navigué sur les rives de Philippe Seguin et de Charles Pasqua. En 1995 vous avez été l'artisan de la fracture sociale de Jacques Chirac. En 1998 vous êtes démis par Lionel Jospin de la direction du commissariat au Plan. Vous en nourrirez une certaine aigreur. Qu'à cela ne tienne, vous serez la plume, la plume tourmentée et officielle de Nicolas Sarkozy. Aujourd'hui ce qualificatif de « plume » vous insupporte, alors écoutez ce que vous disiez à nos reporters qui vous ont suivi en meeting à Nîmes en début de semaine.

Henri GUAINO.- Ça m'énerve énormément. Est-ce que j'ai une tête de plume ? Une plume, ça ne pense pas, ça ne réfléchit pas et ça ne parle pas. Moi, j'ai toujours pensé et j'ai toujours réfléchi, donc je ne suis pas une plume. Il m'arrive d'écrire mais je n'ai pas vocation à être une plume. Une plume, c'est servile. Je ne suis pas servile.

Roselyne FEBVRE.- Alors Henri Guaino, vous avez une tête de quoi ? Vous avez fait six meetings en deux mois. Vous vous qualifieriez de quoi ? De sniper ? De sauveur de Nicolas Sarkozy ?

Henri GUAINO.- Passer de la plume au sniper, je ne suis pas sûr que ce soit une promotion.

Roselyne FEBVRE.- Alors je ne sais pas. Vous êtes quoi ? Vous vous définiriez comme quoi ?

Henri GUAINO.- Mais comme quelqu'un d'engagé qui vit ses engagements sincèrement, pleinement et au grand jour.

Valérie GAS.- Est-ce que le rôle d'un conseiller spécial de Nicolas Sarkozy est de parler comme vous le faites dans les médias, dans les meetings maintenant ? Est-ce que c'est ça qu'on attend ? C'est un peu nouveau, on va dire, depuis l'élection de Nicolas Sarkozy.

Henri GUAINO.- Oui mais il ne faut pas rester dans le conformisme, dans le conservatisme. Il faut innover.

Roselyne FEBVRE.- Mais vous parlez en votre nom ou en son nom ?

Henri GUAINO.- Ah ça, c'est une bonne question. Je parle en mon nom avec une certaine conscience des responsabilités qui sont les miennes, à savoir que je n'engage pas que moi-même. J'engage aussi la présidence de la République, le Président et donc je fais attention à ce que je dis.

Roselyne FEBVRE.- Vous endossez aussi le bilan de Nicolas Sarkozy ? Vous en faites la promotion ?

Henri GUAINO.- Si je n'endossais pas ce qu'il a accompli depuis le début de son quinquennat, que ferais-je donc encore à ses côtés ? Si je suis là et si je suis là depuis le début, si je suis encore là, c'est parce que j'endosse ce qu'il a fait, que j'en prends ma part.

Valérie GAS.- Et vous allez continuer à endosser ce qu'il a fait ou vous aimeriez évoluer ? On sent que ces apparitions en public dans les meetings vous portent peut-être à devenir autre chose que conseiller ? Est-ce que vous ne voudriez pas devenir homme politique tout court ?

Henri GUAINO.- Pour devenir un vrai homme politique...

Valérie GAS.- Prendre la parole ? Agir directement ? Vous faire élire peut-être ?

Henri GUAINO.- Non mais agir, ça, dans une vie, c'est quelque chose qui finit par devenir un besoin. C'est-à-dire que conseiller, c'est bien. Conseiller du président de la République, c'est extraordinaire. Dans la période dans laquelle nous sommes, c'est évidemment une expérience unique. Mais c'est vrai que, à un moment donné, on a envie d'assumer les responsabilités de ce qu'on pense et de ce qu'on propose. Pour le meilleur et pour le pire. Que ce soit pour en constater l'échec ou pour en assumer le succès. On n'est pas responsable de ce qu'on propose. Donc c'est quelque chose effectivement qui manque à ma vie quotidienne.

Valérie GAS.- Vous allez y remédier après 2012 ?

Henri GUAINO.- Nous verrons. Pour l'instant je n'ai qu'un seul objectif...

Roselyne FEBVRE.- Pour l'instant c'est la campagne ?

Henri GUAINO.- C'est la campagne présidentielle. Non mais c'est vrai. Parce que j'ai envie qu'il gagne et puis c'est une question de cohérence personnelle. Vous le disiez tout à l'heure, j'ai passé plus de quatre ans à ses côtés, je me suis engagé dans cette politique et donc il y a un besoin aussi de cohérence personnelle. Donc cette cohérence, j'ai envie de l'exprimer, donc je l'exprime.

Roselyne FEBVRE.- Vous parlez de cohérence. On a l'impression que, durant ce quinquennat, beaucoup de chemins se sont détournés. Nicolas Sarkozy disait en 2007 : « Le modèle social français n'est pas un bon modèle. » Il le moquait et, aujourd'hui, il s'en fait le protecteur.

Henri GUAINO.- Je vous arrête tout de suite. Dans aucun discours de la campagne présidentielle il n'a été dit que le modèle social français était ridicule et qu'il fallait le supprimer.

Roselyne FEBVRE.- Il l'avait dit en 2007 en disant : « On ne nous copie nulle part. »

Henri GUAINO.- Non. Dans aucun discours de la campagne. Il a dit : « Personne n'a envie d'imiter les 35 heures. »

Roselyne FEBVRE.- Voilà.

Henri GUAINO.- Mais les 35 heures, ce n'est pas une composante du modèle social français. Pardon. Le modèle social français, c'est le modèle républicain. Nous avons hérité de l'école laïque obligatoire de Jules Ferry, nous avons hérité du Front populaire, du Conseil national de la résistance et de ce qu'a accompli le général De Gaulle au début de la Ve République. Le modèle social français, c'est ça. C'est pas les 35 heures et c'est pas la retraite à 60 ans. Le modèle social français, c'est la retraite par répartition. C'est pas la retraite à 60 ans. Donc il n'a jamais été question - et il ne l'a jamais dit - de remettre en cause le modèle social français. Il a été au contraire question de le sauver. Quand il fait la réforme des retraites, c'est pour sauver la répartition. Quand on réforme l'hôpital, c'est pour sauver l'hôpital public, pas pour remettre en cause le modèle social français.

Valérie GAS.- Justement, les 35 heures font partie du projet développé par l'UMP. Le président de la République reprendra-t-il à son compte la suppression des 35 heures ?

Henri GUAINO.- Vous le saurez quand le président de la République dira aux Français qu'il est candidat.

Valérie GAS.- Il y a un débat au sein de la majorité.

Henri GUAINO.- Il y a un débat au sein de la majorité mais il est normal qu'il y ait des débats. J'ai cru comprendre qu'il y en avait aussi quelques-uns à gauche et même au sein du Parti socialiste. Il suffisait de regarder les primaires pour comprendre qu'il y avait des débats. Donc les débats, c'est plutôt sain. Maintenant, à la fin des fins, le candidat à la présidence de la République exprimera devant les Français sa vision de l'avenir et de la politique. Et sur les 35 heures aussi.

Roselyne FEBVRE.- On a l'impression qu'en ce moment Nicolas Sarkozy choisit des sujets très clivants. Il répond un petit peu à ce qu'il se passe de l'autre côté, sur la rive verte et socialiste. Sur le nucléaire, il se fait le grand défenseur de l'énergie atomique. Sur un sujet plus sociétal tel que le droit de vote des étrangers aux élections locales, Nicolas Sarkozy disait en 2006 - il l'avait écrit dans un livre - que c'était une bonne chose. Il l'a redit en 2008 et, aujourd'hui, il dit que c'est hasardeux.

Henri GUAINO.- D'abord reconnaissez que ce sont deux sujets très importants. L'un concerne l'idée que l'on se fait de la nation et de la nationalité - le droit de vote - et le deuxième - le nucléaire - est un enjeu national majeur : économique, technologique, scientifique. C'est aussi un enjeu d'indépendance nationale, donc il est normal que le président de la République ait quelque chose à dire sur ces sujets.
Le nucléaire, il en a toujours été l'ardent défenseur. Je constate d'ailleurs qu'il y a toujours eu jusqu'à présent un consensus entre les grandes forces politiques françaises et toutes les majorités qui se sont succédées ont souhaité ne pas remettre en cause le choix du nucléaire qui avait été fait à la fin de la IVe République et surtout par le général de Gaulle et par Georges Pompidou sous la Ve République. Ce consensus étant en passe d'être brisé par une partie de la classe politique et par le candidat désigné par les primaires socialistes, il est normal qu'il intervienne dans le débat.

Roselyne FEBVRE.- C'est une façon de décrédibiliser les socialistes ?

Henri GUAINO.- Je pense que, sur ce sujet, ils se décrédibilisent tout seuls. Vous savez, le nucléaire, on est pour ou on est contre. Je comprends très bien la position de Mme Joly qui dit : « Moi, je suis contre le nucléaire. » Je comprends très bien la position de ceux qui disent : « Moi, je suis pour. » Mais dire : « Je suis à moitié pour et à moitié contre et je fais glisser le curseur en fonction du nombre de sièges à négocier pour les législatives », c'est curieux. Dire : « Finalement on va en arrêter la moitié et on va garder l'autre moitié » est assez étrange comme position. C'est-à-dire que le candidat ne va plus devant les Français avec un dessein qui lui est propre pour l'expliquer aux Français. Il négocie, il marchande, il cherche un compromis avec ses partenaires. C'est assez étonnant.

Valérie GAS.- François Hollande a quand même marqué la limite sur cette négociation avec les Verts. Il a dit « une sortie progressive », il n'a pas arrêté l'EPR de Flamanville, il a quand même fait preuve d'une certaine fermeté. Non ? Pas du tout ?

Henri GUAINO.- Je ne trouve pas parce que, encore une fois, il est pour ou il est contre.

Valérie GAS.- La sortie progressive du nucléaire, c'est une position.

Henri GUAINO.- Donc il est contre, alors il faut qu'il le dise.

Roselyne FEBVRE.- Est-ce que c'est si tranché que ça ?

Henri GUAINO.- Mais oui ! Mais oui !

Roselyne FEBVRE.- Est-ce qu'il n'y a pas une zone grise ?

Henri GUAINO.- Mais non !

Valérie GAS.- On peut envisager de réduire la part du nucléaire dans la production énergétique française.

Henri GUAINO.- Réduire la part du nucléaire, c'est déjà ce qui se fait avec la montée en charge des énergies nouvelles mais, vous savez, pour supprimer 24 réacteurs nucléaires, il faut au moins 30 000 éoliennes géantes. Ça fait beaucoup quand même.
Si vous pensez que c'est une énergie sûre, non polluante, bon marché, vous ne fermez pas la moitié des réacteurs.

Roselyne FEBVRE.- Henri Guaino, répondez-nous sur le vote des étrangers aux élections locales. Comment expliquez-vous cette contradiction ? Nicolas Sarkozy était pour en 2006 et en 2008 ; aujourd'hui il ne l'est plus.

Henri GUAINO.- D'abord il ne l'a jamais exprimé de façon aussi claire.

Valérie GAS.- Mais il l'a envisagé.

Henri GUAINO.- Oui mais c'est une question, là aussi, dont il est légitime de débattre. Tout comme la double nationalité. Certaines questions doivent légitimement être débattues et celle-ci en est une. J'ai moi-même beaucoup réfléchi sur cette question.
Je crois simplement qu'aujourd'hui il y a un tel malaise avec la nationalité, avec la nation, il y a une telle perte de repères que rajouter encore celle-ci serait désastreux. Je pense que la nationalité va avec le droit de vote. Alors on dit : « Mais on va réserver ça aux élections locales, pas aux élections nationales. » D'abord, moi, je ne vois pas où est la différence entre les élections locales et les élections nationales. En plus, c'est compliqué puisque, en l'occurrence, les élections locales servent à élire les sénateurs qui font de la politique nationale. Donc tout cela ne tient pas debout. Je crois qu'on est dans une période où on a intérêt à avoir des repères simples, des principes simples, des valeurs simples, parfaitement compréhensibles par tout le monde, sinon on ajoute à la confusion et donc au malaise.

Valérie GAS.- Ce n'est pas pour donner satisfaction à l'aile droitière de l'UMP ? Ça n'a pas un objectif électoral avec la montée de Marine Le Pen qui reste tout de même assez haut dans les sondages ?

Henri GUAINO.- Pourquoi pensez-vous que cette question du droit de vote des étrangers est une question qui ne concerne que la droite ? Allez donc demander à une bonne partie de l'électorat traditionnel et populaire de la gauche - je sais bien qu'elle ne s'y intéresse plus beaucoup - si la question du droit de vote est une question de droite ou de gauche. C'est un peu comme les gens qui m'expliquent que la sécurité, c'est de droite ou de gauche.

Roselyne FEBVRE.- Mais c'est pas ça qu'on vous explique. Nicolas Sarkozy avait dit le contraire. Il l'avait écrit. Il l'avait dit en 2008 et aujourd'hui on sent que, sous la pression de la droite populaire...

Henri GUAINO.- En 2008 il n'a pas parlé de ce sujet.

Valérie GAS.- Qu'est-ce qui a changé dans la situation qui puisse le faire revenir sur cette position ?

Henri GUAINO.- Mais ce n'est pas la pression de la droite populaire. Je vous le répète. Il y a un tel malaise dans le pays, il y a une telle perte des repères que ce n'est pas...

Roselyne FEBVRE.- De quels repères ?

Henri GUAINO.- Tous les repères. Le rapport à la nation, le rapport à la patrie, l'identité, le rapport à la morale. Il y a une terrible perte des repères. Donc rajouter à la confusion...

Roselyne FEBVRE.- Jean-Pierre Chevènement dit qu'il est « candidat de la nation », ça vous paraît être une bonne candidature ?

Henri GUAINO.- Vous savez la sympathie que j'éprouve pour Jean-Pierre Chevènement et le respect que j'ai pour ses idées. Il m'arrive d'être en désaccord avec lui mais je pense que c'est quelqu'un qui élève le débat alors que beaucoup de gens s'emploient à l'abaisser. Donc je respecte sa candidature. Je ne sais pas s'il ira au bout mais, en tout cas, elle est respectable et elle n'abaisse pas le débat, elle l'élève.

Roselyne FEBVRE.- Vous avez comparé François Hollande à Guy Mollet qui est un personnage un peu falot de l'Histoire, qui est surtout connu pour son immobilisme. Est-ce que ce n'est pas un peu dur et condamner assez vite François Hollande ? Qui certes baisse dans les sondages, qui traverse un trou d'air mais qui pourrait très bien...

Henri GUAINO.- Moi, je ne condamne personne. J'ai suffisamment critiqué l'attitude qui consistait à expliquer que les élections étaient jouées d'avance. C'était vrai en 1995. C'était vrai il y a quelques semaines à peine. On expliquait qu'au second tour M. Hollande allait faire 65 %. On était partis pour faire 80 %, 90 %, peut-être même 100 % dans les sondages au second tour. Je pense que ça, c'est une attitude imbécile.
Les Français, depuis le début de la Ve République, ne se sont jamais laissé voler une élection présidentielle. Je veux dire par là que toutes les campagnes ont joué un rôle décisif. Cette fois comme les fois précédentes, ils ne se laisseront pas voler leur élection. Donc il importe de mener le mieux possible cette campagne, de dire le plus possible ce qu'on veut faire, de parler aux Français en leur disant la vérité et puis ensuite ils choisiront.
La référence à Guy Mollet, d'abord elle vaut beaucoup d'autres références caricaturales qui ont été faites. Guy Mollet était un personnage tout à fait estimable. C'était un résistant courageux. C'était un homme d'expérience, un maire tout à fait respectable. Quand il a été nommé président du Conseil en 1956, il avait été pendant 11 ans secrétaire général de la SFIO qui est l'ancêtre du Parti socialiste.

Roselyne FEBVRE.- Alors où il ressemble à François Hollande ?

Henri GUAINO.- Je trouve qu'il ressemble beaucoup à François Hollande. Je ne dis pas que c'est la même personne. Je dis simplement que moi, ça me fait penser un peu à ce qu'il s'est passé à ce moment-là. Guy Mollet devient président du Conseil et mène la démocratie parlementaire au désastre simplement parce que, premièrement, il pense que la politique, c'est l'art du compromis.
Il est à la tête d'un parti de notables et il pense que la politique, c'est l'art du compromis. Et il arrive dans une période où ça ne peut pas être ça. C'est la période de la guerre d'Algérie, il y a des problèmes économiques qui deviennent très sérieux et il n'arrive pas à trancher, il fait du compromis. Et, à force de faire du compromis, il aggrave terriblement la crise algérienne. Deuxièmement, il provoque une crise économique qui fait que, juste avant l'arrivée du général de Gaulle au pouvoir, le FMI est à Paris. Troisièmement, la seule fois de sa vie où il prend une décision, c'est pour envoyer les troupes françaises à Suez et c'est une catastrophe.
Je ne dis pas que c'est la même chose. Je dis que ça fait réfléchir.

Roselyne FEBVRE.- Alors une qui n'est pas dans le compromis - vous allez peut-être applaudir - c'est Eva Joly.

Henri GUAINO.- Ben oui, au moins elle a des...

Valérie GAS.- Est-ce qu'elle ne vous apporte pas un renfort inattendu dans cette campagne pour contrer François Hollande ? N'est-elle pas votre meilleur alliée ?

Henri GUAINO.- Oh non ! Je me garderais bien d'une expression de ce genre. Mme Joly a des convictions que je ne partage pas du tout. J'ai même fait un débat avec elle il n'y a pas très longtemps. Je ne partage pas ses convictions. Je ne partage pas ses valeurs non plus. Mais au moins elle en a. Elle en a, elle les...

Roselyne FEBVRE.- Vous parliez de morale. Elle a une forme de morale.

Henri GUAINO.- Voilà. Elle en a, elle les affiche et elle les assume. Alors parfois elle dérape mais elle a des valeurs et elle les assume. Mme Joly, dans cette affaire, considère qu'on lui a menti, qu'on s'est moqué d'elle, donc elle affirme ses convictions et elle se révolte contre ce mensonge. Je respecte tout à fait cette attitude.

Roselyne FEBVRE.- Vous étiez donc auprès de Nicolas Sarkozy en 2006 et en 2007. Vous vous souvenez sûrement de cette personnalité, Emmanuelle Mignon, puisque c'était elle qui, en 2007, tenait un peu le laboratoire d'idées pour Nicolas Sarkozy.

Henri GUAINO.- Absolument.

Roselyne FEBVRE.- Aujourd'hui elle fait autre chose et elle disait : « Il faut raconter une histoire aux Français. » En 2012, quelle histoire on raconte aux Français ? Quelle est le roman national ?

Henri GUAINO.- J'aime beaucoup Emmanuelle Mignon qui est quelqu'un de grande valeur mais je ne dirais pas « raconter une histoire ».

Roselyne FEBVRE.- C'est ce qu'elle disait. C'était son expression.

Henri GUAINO.- Oui mais moi, je vais vous donner la mienne si ça vous intéresse.

Roselyne FEBVRE.- Je vous en prie.

Henri GUAINO.- Il ne s'agit pas de raconter une histoire aux Français, il s'agit d'écrire avec les Français une Histoire dont ils comprennent la signification et la direction. Il s'agit d'écrire avec eux une Histoire. On n'écrit pas à la place des Français. La politique, c'est pas raconter des histoires, c'est faire l'Histoire avec eux. Ce n'est pas la même chose.

Roselyne FEBVRE.- Qu'est-ce qu'on leur propose en 2012 ? Nicolas Sarkozy a dit qu'il avait des idées. Qu'est-ce qu'il mijote ? Sur quoi ? Sur quel thème ?

Henri GUAINO.- Vous avez regardé l'état de la société, l'état du monde. Il y a la crise.

Roselyne FEBVRE.- Est-ce qu'on promet du sang et des larmes ?

Henri GUAINO.- Non, non, non. Le sang et les larmes, c'est Churchill, 1940, la bataille d'Angleterre, ce n'est pas du tout comparable. La crise peut provoquer des souffrances et elle en a déjà beaucoup provoquées mais la crise va structurer toute la campagne et toute la politique à venir. C'est du diagnostic qu'on fait de la crise que doit sortir le monde de demain. Il faut tout reconstruire à partir du diagnostic qu'on fait de la crise actuelle.

Roselyne FEBVRE.- Donnez-moi un mot sur le thème ? Rigueur ?

Henri GUAINO.- Non, ça ne fait pas partie de mon vocabulaire.

Valérie GAS.- Protection ?

Henri GUAINO.- Protection fatalement puisqu'on est dans une crise qui met en danger les Français.

Valérie GAS.- Vous avez été l'objet d'une plainte en diffamation de la part des avocats de Dominique Strauss-Kahn et de son épouse, Anne Sinclair.

Henri GUAINO.- Je n'en sais rien. C'est ce que j'ai vu dans la presse.

Valérie GAS.- C'est ce que vous avez vu ? Regrettez-vous les propos que vous avez tenus ?

Henri GUAINO.- Non.

Valérie GAS.- Vous avez dit que l'affaire était à la charnière de la délinquance et de...

Henri GUAINO.- Je sais très bien ce que j'ai dit. On ne va pas en faire l'exégèse. On m'a parlé de la vie privée étalée au grand jour. J'ai fait remarquer que, si M. Strauss-Kahn était à la une des journaux, ce n'était pas à cause de sa vie privée mais c'était parce qu'il était impliqué dans des enquêtes en cours sur des affaires de délinquance ou d'actes délictueux. S'il a fait la une de tous les journaux du monde, c'est parce qu'il a été arrêté à New York. Et là, s'il fait la une des journaux, c'est parce qu'il y a l'affaire de Lille.
Je n'ai jamais dit ni qu'il était coupable ni qu'il était délinquant. Je n'ai absolument pas les moyens de le dire d'ailleurs. C'est au juge de le faire, pas à moi. Après, la justice tranchera, ce n'est pas un sujet. Je ne regrette rien, je veux juste dire deux choses.
D'abord, dans son cas, je pense que la meilleure défense, c'est la décence. La décence. Et cette attaque n'est pas décente.
Deuxièmement, je crois qu'il faudra quand même s'interroger sur l'instrumentalisation permanente de la justice dans le débat politique et dans le débat public.

Roselyne FEBVRE.- Merci Henri Guaino. On poursuit cette émission « Politique ». On se retrouve plus tard avec vous, Henri Guaino. A tout de suite.


Commentaires (1)

Hollande falot?

C'est finalement par rapport à l'interview de Jean Guaino la question qui revient sur le tapis. Par delà le trou d'air actuel et au sein même du PS, il s'agit bien de l'interrogation centrale sur le candidat PS à la présidentielle. Au fil des semaines, il faut bien reconnaître que l'homme "normal", celui qui roule en scooter et se teint les cheveux, convainc de moins en moins et paraît bien pâlot face à l'ogre Sarkozy qui est tout sauf falot.

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