AFP - L'ancien juge d'instruction Jean-Louis Bruguière, passé sur le grill par la défense de Carlos, a dû se justifier vendredi d'avoir négligé des pistes, interrogé un témoin "fantôme", versé des pièces "illégales" à sa longue enquête sur les quatre attentats imputés à l'accusé.
L'ex-juge antiterroriste a été longuement interrogé toute la matinée par deux des quatre avocats de la défense. Il n'en a pas encore fini: Me Isabelle Coutant-Peyre, l'une des avocates de Carlos, doit à son tour avoir la parole durant l'après-midi, avant que Carlos ne passe le magistrat à la question.
C'est la deuxième fois que M. Bruguière se présente à la barre de ce procès. Mercredi, ses trois heures de déposition n'avaient pas suffi pour revenir sur les dix-sept années de l'instruction qu'il a menée sur les quatre attentats commis en France en 1982 et 1983, et jugés devant la cour d'assises spéciale de Paris.
"Vous avez une fâcheuse tendance à occulter des pièces qui ne vont pas dans le sens de votre instruction", lui a reproché Me Francis Vuillemin, qui défend Carlos.
"Allez au bout de la question", a répliqué l'ancienne vedette du pôle antiterroriste, assurant n'avoir "jamais occulté de pièces et de documents dont (il) n'avait pas connaissance".
"Vous avez refusé d'entendre Chirac et d'interroger les services de la SNCF sur les réservations", faites dans le train Paris-Toulouse, dit "Le Capitole" où une bombe avait tué 5 personnes en 1982. Carlos et sa défense affirment que l'attentat visait Jacques Chirac, habitué de ce train et alors maire de Paris.
"La cible Chirac n'est pas avérée", a assuré M. Bruguière, qui affirme avoir vérifié les réservations en question.
Autre grief: s'être rendu en Jordanie pour assister à l'interrogatoire "aveugle" d'un suspect de plusieurs attentats, Ali Al Issawi.
"Je répète que nous n'avons pas eu le droit de voir son visage", car il s'agissait d'une exigence des autorités jordaniennes, s'est justifié l'ancien juge, 68 ans, à propos de ce témoin qualifié de "fantôme" par la défense. Ali Al Issawi, en fuite, est jugé par défaut devant les assises.
Comme mercredi, M. Bruguière a dû se justifier d'avoir utilisé comme charges contre Carlos des documents, issus d'archives de la Stasi, sujets à caution selon la défense.
"J'ai cherché à recouper le plus possible les informations relatives aux faits dont j'était saisi", a expliqué l'ex-juge.







