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Economie

L’Iran voit dans Battlefield 3 une arme de propagande massive

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 28/11/2011

La République islamique a interdit sur son territoire la vente du jeu de tir Battlefield 3, du fabricant mondial Electronic Arts, au motif qu’il présente une image négative de l’Iran.

C’est l’un des jeux vidéo qui se vend le mieux au monde en cette fin d’année, mais les Iraniens vont avoir des difficultés à se le procurer. Le gouvernement iranien considère Battlefield 3 comme un outil de propagande des Américains visant à discréditer la République islamique. À ce titre, Téhéran a décidé, lundi, d’en interdire la vente sur son territoire, rapporte l’hebdomadaire iranien Asr-e Ertebat, spécialisé en informatique et jeux vidéo. C’est la première fois qu’un jeu vidéo est ainsi mis à l’index par le régime des mollahs.

La partie de Battlefield 3 qui se déroule en Iran n'est pas du goût de Téhéran. Le joueur y dirige une équipe de soldats américains qui doivent neutraliser un groupe terroriste réfugié en Iran, menaçant la stabilité du monde. Outre l’intrigue, qui ne lui donne pas le beau rôle, le régime a probablement peu apprécié la possibilité offerte aux joueurs de participer au bombardement de l’aéroport de Mehrabad de Téhéran, puis de se lancer dans des combats destructeurs dans les rues de la capitale iranienne, notamment dans le quartier historique du grand bazar.

En Iran, la polémique autour de Battlefield 3 a débuté peu après sa sortie mondiale le 25 octobre dernier. Un groupe baptisé “Iran Youth” a fait circuler une pétition sur Internet pour dénoncer le message véhiculé par ce jeu. “Nous comprenons que le scénario d’un jeu vidéo n’est qu’une fiction, mais nous pensons que ce jeu précis est utilisé par les États-Unis pour pousser la communauté internationale à craindre l’Iran”, peut-on lire dans ce texte qui aurait déjà recueilli 5000 signatures selon Fars, l’agence de presse officielle en Iran.

L'Australie, l'Allemagne... et la censure

Cette levée de boucliers contre Battlefield 3 ne risque pas de nuire à Electronic Arts (EA), le créateur. Le groupe, qui s’était felicité début novembre d’avoir vendu 5 millions de Battlefield 3 dans le monde une semaine après sa sortie, n’a, en effet, aucun accord de distribution en Iran.

Ceci s'explique par le fait que la copie puis la revente des jeux électroniques “occidentaux” ne sont pas interdites car la législation iranienne ne reconnaît pas la propriété intellectuelle des entreprises étrangères. Dans le cas de Battlefield 3, l’hebdomadaire Asr-e Ertebat affirme pourtant, citant une source policière, qu’un commerçant risquerait une amende et une peine de prison.

Si pour la première fois l’Iran décide d’interdire un jeu vidéo à la vente, d'autres gouvernements s'en sont déjà pris à l’industrie vidéoludique.

L’Australie dispose ainsi d’une législation très stricte contre la violence à l’écran qui l’a amenée à refuser de commercialiser une quarantaine de jeux dont certains titres, tels que Gran Theft Auto, sont parmi les plus grands succès mondiaux. Pour les mêmes raisons, l’Allemagne a, pendant plus de 20 ans, interdit la vente de Doom, l’ancêtre de tous les jeux de tirs modernes. Aux États-Unis, les autorités peuvent se montrer très chatouilleuses lorsqu’il s’agit de jeux vidéo. En septembre dernier, Electronic Arts avait été pris pour cible par l’armée américaine qui reprochait à l’éditeur américain de permettre aux joueurs, dans le jeu Medal of Honor, d'incarner un Taliban susceptible de tuer des soldats américains. Cette fois, Electronic Arts avait supprimé l'option. Pas sûr que cette décision s'applique également à l'Iran.

Première publication : 28/11/2011

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