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EUROPE

"Psychotique", Anders Breivik n'est pas pénalement responsable

Vidéo par Karina CHABOUR

Texte par Dépêche

Dernière modification : 29/11/2011

L'extrémiste de droite Anders Behring Breivik, l'auteur des attaques qui ont causé la mort de 77 personnes le 22 juillet, pourrait éviter la prison : les psychiatres ont conclu qu'il était psychotique et donc pénalement irresponsable.

AFP - L'auteur des attaques du 22 juillet en Norvège, Anders Behring Breivik, était psychotique au moment des faits et devrait échapper à la prison, a annoncé mardi le Parquet norvégien, citant les conclusions d'un rapport d'experts-psychiatres.

Selon ce rapport remis le même jour au tribunal d'Oslo, l'extrémiste de droite, qui a tué 77 personnes il y a quatre mois, souffre de "schizophrénie paranoïaque", un diagnostic qui, s'il est confirmé, le rendra passible d'un internement dans un établissement psychiatrique, potentiellement à vie.

"Les experts ont décrit une personne qui se trouve dans un univers illusoire où tous ses pensées et ses gestes sont régis par ses illusions", a déclaré le procureur Svein Holden lors d'un point de presse.

Dans ce portrait délirant, M. Holden a cité "des illusions de grandeur" au nom desquelles Behring Breivik pensait pouvoir décider de "qui peut vivre et qui peut mourir".

Se considérant comme "le chevalier le plus parfait depuis la Seconde Guerre mondiale", l'extrémiste a déclaré avoir commis ses "exécutions (...) par amour pour son peuple".

Hostile à l'islam et au multiculturalisme en Europe, Behring Breivik avait fait exploser une bombe près du siège du gouvernement norvégien le 22 juillet.

Puis, déguisé en policier, il avait fait feu pendant près d'une heure et demie contre un rassemblement de jeunes travaillistes sur l'île d'Utoeya, à une quarantaine de kilomètres au nord-ouest de la capitale norvégienne.

Au total, 77 personnes avaient péri, essentiellement des jeunes, dans ces attaques qui avaient profondément choqué ce paisible pays scandinave.

Le parti de la droite populiste (FrP, opposition), formation anti-immigration à laquelle Behring Breivik a un temps appartenu, a réclamé une nouvelle expertise.

"C'est complètement incompréhensible et surprenant qu'un individu qui a planifié ces actions dans le détail et s'est montré capable de les exécuter soit déclaré irresponsable", a déclaré son numéro deux, Per Sandberg.

Parmi les survivants du massacre, les réactions étaient partagées. "Ca fait du bien d'entendre que cet homme est un fou", a estimé le jeune Adrian Pracon, lui-même gravement blessé sur Utoeya, sur Twitter.

"C'était évident qu'il n'était pas normal mais on peut avoir des symptômes psychologiques assez lourds, tout en restant responsable" pénalement, a déclaré Torunn Kanutte Husvik, à l'agence NTB.

Jarl Robert Christensen, qui a perdu sa fille de 15 ans sur l'île, s'est félicité que les conclusions des psychiatres soient les "pires possibles" pour Behring Breivik, qui se perçoit comme un penseur.

Cela "pulvérise toute son idéologie et j'en suis satisfait", a-t-il dit à la chaîne TV2 Nyhetskanalen. "Mais pour nous, aucune sanction ne sera jamais suffisante", a-t-il ajouté.

Extraordinairement épais --243 pages--, le rapport des deux psychiatres va maintenant être examiné par une Commission médico-légale qui devra s'assurer qu'il remplit toutes les exigences professionnelles.

Le dernier mot sur la responsabilité pénale de Behring Breivik reviendra au tribunal, qui suit généralement les recommandations des experts.

En pratique, il y a de fortes chances que Berhing Breivik soit placé dans un établissement psychiatrique fermé pour recevoir un traitement qui pourrait lui être administré "à vie".

Un juge devra renouveler cette mesure tous les trois ans. S'il devait être guéri, Behring Breivik pourrait en théorie être transféré dans une prison s'il reste considéré comme une menace pour la société et remis en liberté dans le cas contraire.

Une hypothèse toutefois jugée très peu probable: plusieurs avocats des survivants ou des familles des victimes se sont dits confiants que l'extrémiste resterait enfermé jusqu'à la fin de ses jours, peut-être même plus longtemps que s'il avait été déclaré passible d'une peine de prison classique.

Son procès doit s'ouvrir le 16 avril 2012 et devrait durer environ 10 semaines.

Pour en arriver à leurs conclusions, les deux experts-psychiatres ont eu 13 entretiens, soit au total 36 heures, avec Behring Breivik, actuellement en détention provisoire dans une prison de haute sécurité près d'Oslo.

S'il reconnaît les faits, Behring Breivik refuse de plaider coupable, estimant qu'il s'agissait d'un acte de guerre et que son geste était "atroce mais nécessaire".

Première publication : 29/11/2011

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