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Economie

Barack Obama peut-il vraiment voler au secours de la zone euro ?

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 29/11/2011

Le président des États-Unis a assuré lundi qu’il était prêt à soutenir la zone euro. Mais l’état de l’économie américaine ne lui donne pas beaucoup de marge de manœuvre, au grand dam des Européens et... des Américains.

Au terme d’un sommet qui a réuni, lundi, les dirigeants de l'Union européenne et Barack Obama à la Maison Blanche, ce dernier a fait savoir pour la première fois que les États-Unis étaient “prêts à faire leur part pour aider” l’Europe à surmonter la crise des dettes souveraines. Une détermination affichée que le président américain s’est pourtant bien gardé de détailler. Car les possibilités américaines pour voler au secours de la zone euro sont faibles.

Ainsi l’Europe, qui a surtout besoin d’argent pour éponger ses dettes, ne devrait pas en attendre de son ami américain. “Une aide financière est exclue car les États-Unis n’en ont pas les moyens”, assure à FRANCE 24 Julia Cagé, économiste à l’École d’économie de Paris. Les finances de la première puissance économique mondiale sont, en effet, dans un piteux état. La dette américaine - qui est de 99 % du PIB - est supérieure à celle de la grande majorité des pays de la zone euro. Un endettement qui donne lieu, depuis cet été, à un bras de fer politique entre l’administration Obama et l’opposition républicaine au Congrès sur la meilleure manière d’économiser de l’argent. Difficile dans ces circonstances, d’imaginer les États-Unis prêts à desserrer les cordons de la bourse pour soutenir l’Europe.

Pour aider le Vieux Continent sans débourser un centime, Washington pourrait par exemple jouer sur le taux de change. Si la Réserve fédérale augmentait son taux directeur, le dollar finirait par s’apprécier face à l’euro, ce qui permettrait de rendre les exportations européennes plus attrayantes. “Le problème est que les États-Unis sont également concurrents de l’Europe dans le commerce mondial et qu’il y a fort peu de chance de les voir se tirer une balle dans le pied”, affirme Julia Cagé.

Mauvais pour l’Europe, mauvais pour les États-Unis

En fait, le seul soutien que l’Europe peut espérer des États-Unis est d’ordre politique. “Dans certains dossiers, notamment celui sur la régulation financière, avoir les États-Unis de son côté peut débloquer la situation”, souligne Julia Cagé. Des prises de position officielles de la Maison Blanche donneraient plus de crédibilité sur la scène internationale à certaines initiatives européennes. Ainsi, les propositions formulées par la Commission européenne le 15 novembre pour mieux encadrer les agences de notation auront plus de chance d'être prises au sérieux par les marchés si les États-Unis soutenaient ouvertement l'initiative.

Des réformes utiles mais qui seraient longues à mettre en place. Un luxe dont ne dispose pas la zone euro, pressée par les marchés financiers de trouver une solution à sa crise des dettes souveraines. “En ce sens le soutien affiché par Barack Obama à la zone euro n’est pas très utile, ce sont essentiellement des belles paroles prononcées pour tenter de rassurer les marchés”, reconnaît Julia Cagé.

Une impuissance américaine qui dessert avant tout... les Américains. Un effondrement de la zone euro heurterait, en effet, l’économie des États-Unis. “La situation en Europe devient grave et l’histoire montre que les courbes de croissance américaine et européenne se suivent”, prévient Tim Duy, économiste à l’Université de l’Oregon. “Une récession européenne entraînerait une chute des exportations américaines car l’Europe est le principal partenaire commercial des États-Unis”, rappelle Julia Cagé qui craint que dans ce scénario, les marchés ne s’attaquent, après l’Europe, à la dette américaine.

Première publication : 29/11/2011

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