Dernière modification : 01/12/2011
- Élections législatives - Islamisme - Maroc
Quelle marge de manœuvre pour le nouveau Premier ministre Abdelilah Benkirane ?
Nommé Premier ministre, Abdelilah Benkirane a semblé écarter toute logique de confrontation avec le Palais. Toutefois, la cohabitation entre le roi, son entourage et le leader islamiste s'annonce pleine d'incertitudes. Analyse.
Par Marc DAOU (texte)
Sans surprise, Abdelillah Benkirane, le chef du parti islamiste marocain Justice et développement (PJD) a été nommé mardi 29 novembre Premier ministre par le roi Mohammed VI, qui lui a confié la tâche de former un nouveau gouvernement.
Il s’agit d’une grande première pour le royaume chérifien qui n’a encore jamais été gouverné par un parti islamiste, mais aussi pour le PJD qui n’a jamais participé à un gouvernement, se contentant jusqu’à présent du rôle de l’opposant numéro un au Parlement. La cohabitation entre le monarque, son entourage et le leader islamiste s’annonce donc pleine d’incertitudes.
Bonne volonté et pragmatisme
Dès sa prise de fonction cependant, Abdelillah Benkirane s’est placé sous l’autorité de Mohammed VI en faisant montre de bonne volonté et en employant un ton cordial, loin de toute logique de confrontation. Une position conciliante qui lui a déjà valu, par le passé, des critiques acerbes de la part de ses détracteurs (ex-compagnons de route et courants salafistes), mais qui permet aussi, d’écarter, a priori, l’éventualité d’une cohabitation difficile. "Les propos du Souverain m'ont procuré beaucoup de joie. Je prie le Tout-Puissant de m'assister pour mener à bien la noble mission qu’il m'a confié dans l'intérêt général et d’être à la hauteur du serment que j'ai prêté aujourd'hui devant Sa Majesté", a en effet déclaré le nouvel homme fort du Maroc à la presse au terme de l'audience royale au Palais de Midelt. En outre, ce "monarchiste convaincu", avait récemment déclaré "qu’un Premier ministre qui [tiendrait] tête au roi ne risque[rait] pas de réussir".
Il ne faut toutefois pas sous-estimer la part de stratégie et de calcul politique dans l’attachement affiché à la monarchie par le leader islamiste, souligne Khadija Mohsen-Finan, politologue à l'université Paris-VIII et chercheur associée spécialiste du Maghreb à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). "Malgré son caractère bien trempé, il sait qu’il doit faire allégeance pour arriver dans les hautes sphères du pouvoir, il n’a pas le choix", explique-t-elle.
Marge de manœuvre étroite
En effet, s’il se montre conciliant, Benkirane entend bien aussi utiliser toute les prérogatives que la réforme constitutionnelle de juillet dernier offre à son poste. "Le gouvernement doit jouir de ses prérogatives, résoudre les problèmes, et ne plus être à l’écoute du téléphone pour savoir ce qui passe et ce qui ne passe pas", déclarait-il sur l'antenne de FRANCE 24, à la suite de la victoire de son parti aux législatives du 25 novembre. Le téléphone en question est celui que le Premier ministre sortant, Abbas el-Fassi, se vantait d’utiliser en permanence pour joindre le bureau du roi Mohammed VI. En langage clair, Abdelilah Benkirane, qui doit déjà composer avec un gouvernement de coalition - le PJD n’a pas obtenu la majorité absolue à la Chambre des représentants du Maroc -, souhaite profiter de tous les leviers que lui apporte la loi fondamentale pour gouverner.
Or, selon Khadija Mohsen-Finan, M. Benkirane pourrait justement rencontrer des difficultés avec l'entourage proche du monarque, soucieux de conserver ses privilèges. Jusqu’à présent, "il existait un cabinet de l’ombre au Maroc, une forme de duplicité du gouvernement avec les conseillers du roi, relève Khadija Mohsen-Finan. Il s’agissait d’un schéma classique auquel se sont heurtés plusieurs Premiers ministres. La question est de savoir si cela va s’arrêter ou s’aggraver avec l’arrivée au pouvoir du PJD".
La marge de manœuvre de M.Benkirane s’annonce d’autant plus étroite qu’il se sait par ailleurs attendu sur certains dossiers, au risque de se mettre à dos certaines franges du PJD en cas d’échec. Longtemps dans l'opposition, le PJD a fait campagne en promettant le changement, notamment en réduisant les inégalités sociales et en menant une lutte sans merci contre la corruption, y compris dans l'entourage du souverain. "Benkirane vient de l’opposition et son parti était celui du refus, reprend la chercheuse. Soit il tient tête [au roi, ndlr] et finit par claquer la porte en cas de conflit pour rejoindre les rangs de la contestation dans la rue, soit il se coule dans le moule du régime pour rester au pouvoir et perd sa crédibilité".
Carte à jouer
Reste que le nouveau Premier ministre a quand même une carte à jouer pour parvenir à s’imposer dans ses fonctions face à la monarchie - qui éprouverait "une profonde aversion pour les islamistes", selon Mohamed Darif, spécialiste de l’islamisme marocain cité par le quotidien algérien Liberté. Dans le contexte du printemps arabe en effet, une bonne entente entre les deux hommes semble être dans l’intérêt des deux parties, et notamment du roi dont la volonté de réformes affichée sera jugée à l’aune de ses rapports avec son Premier ministre aux fonctions désormais élargies.
"Le royaume n’est plus dans l’exception, à l’écart des soulèvements arabes. Il a été contraint de mener des réformes, de voter une nouvelle Constitution, d’organiser des élections anticipées sous la pression de la rue, qui est devenue un acteur social puissant au Maroc. Cela est valable pour le roi et le PJD dont les actions seront observées de près par la rue", conclut Khadija Mohsen-Finan.
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(13) Réactions
Avec un gouvernement composé
Avec un gouvernement composé d'un parti islamiste, le Maroc suivra sûrement la Lybie, et les autres pays qui viennent de faire tomber leur gouvernement dictateur après de lourdes manifestations.
Marge de manœuvre se rétrécie encore plus
La marge de manœuvre s'est d'avantage rétrécie pour le PJD avec le choix définitif de l'USFP de se positionner dans l'opposition. Ce choix est le plus logique d'autant plus qu'il n'a cessé de perdre de l'audience depuis les législatives 2002 perdant 32% de ses sièges au parlement à cause de ses divisions internes, l'éloignement de sa base électorale, sauf le jour des scrutins, et son discours imprécis sans aucun rapport avec son sigle, son histoire et le projet de société recherché . Le retour à l'opposition ne devra pas être l’opposition pour l’opposition mais devra au terme produire un parti, type social démocratie, renouvelé en profondeur. La pression sera forte sur le PPS pour faire partie du gouvernement du PJD, si il choisit lui aussi l’opposition il ne reste à M.Benkirane, à la primature, que le Parti de l'Istiqlal voir le Mouvement populaire pour arriver à former avec peine son gouvernement ou jeter l'éponge. Le futur chef du gouvernement par le désistement de l'USFP, peut être du PPS, va perdre au futur gouvernement PJD des sources en cadres aux profils de responsables de l'Etat et de haut niveau technique, sources dont ne dispose point son parti. A souligner aussi que la campagne agricole en cours ne s'annonce pas sous une bonne pluviométrie hivernale pour cause probablement du dérèglement climatique global.Ce sera un autre souci pour le PJD
élections au maroc
combien de marocains ont voté pour le parti pjd de monsieur abdelilah benkirane?
PJD parti conservateur à marge de manœuvre limitée
Le PJD dans sa campagne électorale s’est affiché plus royaliste que les partis qu’il fustige. Dans sa déclaration le secrétaire général du PJD s’est dit ouvert sur la KOUTLA (3partis politiques) en premier lieu et sur les autres partis en excluant de sa consultation à venir et sans le nommer l’un des huit de la coalition Alliance pour la démocratie à savoir le PAM qui était son concurrent dans l’ex opposition. Le nouveau parlement compte 395 sièges, la majorité absolue est 198 pour la rassembler le PJD devra suer : 1/Mettre au placard les sorties en flèche et enflammées de son secrétaire général et la nostalgie de certains de ses membres aux sirènes de l’intégrisme théologique 2/ élaborer un programme socio-économique crédible et réalisable, hors de son programme électoral utopique, dans un contexte marqué par la crise de la zone euro en particulier. Quel taux d’investissement national et international disponible et à mobiliser pour un taux de croissance au-delà des 6%/an, 3/ quel taux de réduction de chômage, surtout chez les jeunes et les diplômés, 4/Quelle politique de répartition des revenus, et comment faire face aux demandes des syndicats de l’enseignement en particulier et l’envolée des dépense de la caisse de compensation aux déficits des caisses de retraite au bord de la faillite et à l’allongement de l’âge de la retraite chaque fois reporté…? 3/Quelle gestion des villes asphyxiées par les embouteillages et la transformation de leurs artères en espace pour les marchands ambulants dont le nombre grandissant approche les 400 mille. 5/ comment En matière d’alliance va t-il réunir sa majorité et par quel concession, idéologique et offre de poste, va-t-il intéresser les partis de la de la KOUTLA qui sont le PI, l’USFP et le PPS, ces deux derniers partis sont plus réticents pour participer. Ce qui est sûr c’est que ces deux grands parti RNI (52 sièges) et le PAM (47 sièges : coïncidence même nombre détenu par le PJD dans l’ancienne chambre !!) ont choisi l’opposition. Le gouvernement en se constituant par ses deux partis principaux (PJD et Pati Istiqlal=PI) est foncièrement conservateur. Le PI garde encore en forme adouci le référentiel idéologique dit salafisme de son fondateur Feu Allal El Fassi. Le PJD, parti chevauchant comme l’avait fait le PI le même conservatisme théologique mais bien en retard et assaisonné de populisme et de proximité que l’USFP avait délaissée, montre par son parcours et l’abandon progressif du discours intégriste agressif, envers les femmes en premier lieu, de plus en plus d’adoucissement. C’est une contre vérité de voir du progressisme et du changement d’horizon moderniste dans l’accès de ce parti à la primature. Le vrai changement est que la démocratie au Maroc s’est consolidée au point de s’imposer même au PJD se trouvant dans l’obligation de changer son discours et son comportement. Les électeurs ont donnée une chance au PJD pour gouverner c’est une autre expérience comme fut celle du gouvernement de l’alternance de maitre Youssifi de l’USFP qui était auparavant dans l’opposition tenait dans l’hémicycle, pour ceux qui s’en souviennent, un discours enflammé, de critiques acerbes mais aussi de promesses mielleuses sans lendemain une fois à la primature et dans les différents gouvernements dont le dernier. Le socle auquel les marocains s’attachent le plus solidement, qui est l’émetteur et le réalisateur des réformes tout azimut et structurantes, surtout depuis l’accès de M6 au trône, reste le palais qui a pu éviter au Maroc les dérives dudit printemps arabe.
A voté! Et alors?
Quand un non-démocrate gagne une election semi-démocratique dans une dictature, il n'y pas de quoi s’endommager le cerveau.
la democratie en marche
Les commentaires suspicieux declinent l ignorance des details de l histoire democratique!Il faut connaitre le parcours politique de Benkirane pour etre convaincu que les choses bougent dans l empire cherifien et c est tout à son honneur!Une monarchie a le merite de se decliner en tant que telle,contrairement aux republicarchies ou joumroukiya qui sevissent depuis des decennies sous couvert de polices securitaires speciales sans que personne ne s en rende compte!Ces detracteurs non attitrés remarquent la bosse du bossu mais ne voient pas la poutre qui est dans leurs yeux!Ainsi le monarque Bouteflika par exemple est là depuis 1962 et aimerait avoir un mosolée préfiguré par l immence mosquée-cathedrale qu il construit à Alger!
Daou et khadija jugent Abdellah
Sans surprise,dit-il?ilétait au courant de la strategie de Med VI,ou l'as-t-il inspirée ,DAOU tu nous laisse sur notre faim!Par contre Khadija nous annonce des scoups du tonnerre du style"il doit faire face à l'entourage",aux privilèges ! Mais lesquels chère madame,ceux constitutionnels ou vous vous êtez volontiarement vague?Voilà, un état arabe qui sort du printemps par le haut,democratique,sans éffusion de sang et par des élections propres,et que font nos éminences journalistiques? Comme mde Soleil,spéculent sur les arrières pensées du PJD ou du Roi?Sachez que ni l'un ni l'autre n'ont d'autreschoix que de cohabiter dans le jeu démocratique,et qu'ils le feront dans l'interet de leur pays car ils sont avant tout marocains et soucieux de preserver la quiètude du pays qui change lentement mais surement ,et donc plus vite qu'avec des ruptures sans lendemain .Si vous citez Darif,chercheur marocain que vient faire le journal algérien la dedans?La liberté en ALGERIE devrait être son plat de résistance et lui suffire amplement jusqu'en 2050....
Benkirane ou le va-tout du palais
Jusqu'à maintenant la rue marocaine ne s'est pas mobilisé à l'instar des autres pays arabes, à la fois parce que des espaces de liberté existent encore et parce qu'elle est attaché à la monarchie allaouite mais ... prendre le pari que la situation ne changera pas et nommer un islamiste pour faire exactement ce qu'un istiqlali a fait sans rien changer et sans que la situation sociale des marocains ne change est tout simplement suicidaire. Benkirane est le va-tout dans le jeu du changement du roi. Attendons donc et nous verrons ce que tout cela va donner.
visiter maroc
j’espère pouvoir visiter Maroc cette été.
http://www.maroc-meteo.net
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