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Asie - pacifique

"Attaquer une ambassade... une surenchère diplomatique classique"

Texte par Marc DAOU

Dernière modification : 01/12/2011

Le récent saccage de l’ambassade britannique à Téhéran a provoqué une grave crise entre l'Iran et l’Occident. Bien que spectaculaire, cet événement appartient au langage diplomatique classique de certains pays. Décryptage.

L'attaque de l'ambassade britannique et de l’une de ses annexes à Téhéran, perpétrée le 29 novembre, a engendré une sérieuse tension diplomatique et ravivé les tensions entre l’Iran, la Grande-Bretagne et ses alliés occidentaux. Ces assauts simultanés ont été menés par plusieurs dizaines de manifestants, en réaction aux sanctions adoptées la semaine précédente par les États-Unis et son allié britannique pour inciter Téhéran à renoncer à son programme nucléaire controversé.

Aux regrets exprimés par le ministère iranien des Affaires étrangères, Londres a répondu, le 30 novembre, par l’annonce des fermetures de sa chancellerie à Téhéran et de l'ambassade d'Iran sur son territoire. Par solidarité, plusieurs capitales européennes ont pris le même jour des mesures de rétorsion : Paris, Berlin, Amsterdam et Rome ont rappelé leur ambassadeur à Téhéran pour "consultations", tandis qu’Oslo a décidé de "fermer" provisoirement son ambassade en Iran. De quoi isoler un peu plus la République islamique sur la scène internationale. 
 
Opérations téléguidées
 
Pour Jacques Huntzinger, ancien ambassadeur de France et historien des relations internationales, l’attaque d’une ambassade est le plus souvent commanditée par les autorités ou, du moins, la conséquence du laisser-faire de celles-ci. "La nature même du régime iranien, qui s’appuie sur de puissants services de renseignements, ne peut laisser croire à des attaques spontanées", explique l’ancien diplomate. La mise à sac de l’ambassade britannique de Téhéran s’était poursuivie mardi pendant quelques heures avant l'intervention des forces de l'ordre, alors que l’événement était couvert en direct par la télévision iranienne.
 
Plus récemment, au cours des mois de juillet et de novembre, des partisans du régime du président Bachar al-Assad ont multiplié les attaques contre des chancelleries étrangères à Damas, dont celle de la France, des États-Unis et de plusieurs pays arabes. Ces nations avaient critiqué et imposé des sanctions contre la Syrie, allié régional indéfectible de Tehéran, en réaction à la répression systématique du soulèvement populaire qui secoue le pays depuis la mi-mars.
 
Pour le quai d’Orsay, il n’y a aucun doute possible sur les commanditaires des attaques contre la représentation française en Syrie. "Ce n’est pas avec de telles initiatives illégales que les autorités de Damas parviendront à détourner l’attention du problème de fond qui demeure la fin de la répression contre la population (…)", avait déclaré le porte-parole du ministère des affaires étrangères français, Bernard Valero, mi-juillet. Et de poursuivre : "Il y a lieu de penser que le hasard n'avait pas grand-chose à faire dans ces manifestations".
 
Or, la protection des ambassades est fondamentale au maintien des relations, d’autant qu’elle entre dans le cadre de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques, signée en 1961. "Téhéran et Damas sont tenus non seulement de protéger les enceintes et le personnel diplomatiques, mais aussi de prévenir ce type d’action, ils ne pouvaient donc pas ignorer leurs préparations", développe Jacques Huntzinger.
 
Conséquences parfaitement calculées
 
Selon plusieurs médias européens, la crise qui a éclaté entre la République islamique et les Britanniques mardi rappelle celle qui avait opposé l'Iran et les États-Unis, après l’assaut de l'ambassade américaine à Téhéran le 4 novembre 1979. Des étudiants iraniens galvanisés avaient pris en otage une cinquantaine d’employés de l’ambassade américaine durant 444 jours. Conséquence à long terme : Washington et Téhéran n'entretiennent plus de relations diplomatiques depuis.
 
"Cet événement spectaculaire, qui est resté dans l’Histoire, n’était pas le premier du genre, poursuit l’ancien ambassadeur Huntzinger. Pendant la guerre froide, les diplomates occidentaux en poste dans les pays du bloc de l’Est ont par exemple, lorsqu’ils se mêlaient des questions de droits de l’Homme, été confrontés à ce type de pression sur leurs ambassades".
 
Pour l’ancien diplomate, les attaques contre les ambassades appartiennent au langage diplomatique. "Malgré son caractère exceptionnel et illégal, ce mode d’action est l’expression d’une surenchère diplomatique classique dont les conséquences sont parfaitement calculées, souligne le diplomate. L’objectif recherché est d’envoyer un message politico-diplomatique fort aux États, dont les chancelleries sont visées", conclut-il.
 

Première publication : 01/12/2011

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