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Asie - pacifique

Conférence de Bonn sur l’Afghanistan : l’absence du Pakistan crée la polémique

Texte par Charlotte OBERTI

Dernière modification : 05/12/2011

Après l’attaque américaine accidentelle contre deux de ses postes militaires, le Pakistan devrait boycotter la conférence internationale sur l’Afghanistan, lundi à Bonn. L'absence d'un acteur majeur de la région suscite des réactions divergentes.

Les délégations de plus de cent pays devraient assister, lundi 5 décembre, à la conférence internationale sur l’avenir de l’Afghanistan organisée à Bonn en Allemagne. Alors que le principal objectif de cette conférence est de confirmer l'engagement de la communauté internationale aux côtés de l'Afghanistan, à l'issue du retrait des troupes de combat de l'Otan, prévu pour fin 2014, le Pakistan a annoncé qu'il ne serait pas présent à Bonn.

Cette annonce fait suite à la bavure commise par l'Otan, le 25 novembre, lors du bombardement de deux postes militaires près de la frontière afghane où périrent 24 soldats pakistanais.

"Un échec certain"

Selon Karim Pakzad, chercheur associé et spécialiste de l’Afghanistan et du Pakistan à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) joint par FRANCE 24, cette énième réunion sur le développement de l’Afghanistan, ravagé par la guerre contre les Taliban, sera "une conférence parmi tant d’autres". "Ce n’est ni à Bonn ni ailleurs que l’on pourra trouver une solution pour le pays. Il faudrait organiser une conférence régionale en présence de ceux qui ont des intérêts directs avec l’Afghanistan", commente le chercheur qui fustige un évènement à portée uniquement symbolique. Néanmoins, ce sommet devrait être davantage médiatisé que celui organisé il y a dix ans.

Bousculés par l’annonce d’un possible boycott pakistanais, le président afghan Hamid Karzaï et les États-Unis ont appelé Islamabad à revenir sur sa décision. Le Pakistan est considéré comme un acteur essentiel dans la négociation d’un éventuel plan de paix avec les Taliban, afin d’éviter une guerre civile après le retrait des troupes internationales en 2014.

"Le Pakistan est la puissance régionale majeure dans cette affaire, si il ne participe pas à la conférence, on court à un échec certain" estime Gérard Chaliand, "géostratège" interrogé par FRANCE 24, qui prédit un scénario catastrophe en cas de désistement.

La chancelière allemande Angela Merkel assurait, dans une interview publiée dans un quotidien allemand le 2 décembre : "Nous continuerons à faire en sorte que le Pakistan soit impliqué dans tous les efforts déployés pour préparer l’avenir en Afghanistan."

"La capacité de nuisance des Pakistanais est certaine. S'ils acceptent de revenir sur leur décision de boycotter la réunion, ce sera selon certaines conditions, car les intérêts américains et pakistanais sont fondamentalement divergents", poursuit Gérard Chaliand.

Les relations avec les États-Unis au cœur du problème

Les frictions américano-pakistanaises apparaissent au centre de l’attention à l’approche de ce rendez-vous diplomatique. "Pour les États-Unis, il est important que l’armée nationale et l’administration afghanes soient capables de tenir debout en 2014. Les Pakistanais, quant à eux, comptent sur un retrait total des Américains et de leurs alliés afin de renforcer leur influence dans la région" explique Gérard Chaliand.

Les relations entre les deux pays se sont refroidies depuis le raid américain meurtrier contre Oussama Ben Laden le 2 mai dernier, considéré par les autorités pakistanaises comme une violation de leur territoire et une humiliation envers leur armée.

Puis, à la suite du bombardement par l’armée américaine des postes militaires pakistanais, Islamabad a bloqué le passage sur son territoire des camions de ravitaillement de la force internationale de l'Otan (Isaf) et annoncé une révision de sa coopération antiterroriste avec les États-Unis.

Selon Karim Pakzad, si le gouvernement pakistanais cédait à la pression internationale et revenait sur son boycott, il s’exposerait à une sacrée perte de crédibilité aux yeux de l’opinion publique.

Première publication : 02/12/2011

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