Dernière modification : 08/12/2011 

- France - Prostitution


Prostitution : "Toutes les lois visant à protéger les femmes ont été néfastes"

Prostitution : "Toutes les lois visant à protéger les femmes ont été néfastes"

Un projet de loi prévoyant de pénaliser les clients des prostituées a été déposé à l’Assemblée nationale française. Morgane Merteuil, secrétaire générale du Syndicat du travail sexuel, s’insurge contre ce texte qu’elle juge "contre-productif".

Par Gaëlle LE ROUX (texte)
 

Mardi 6 décembre, l’Assemblée nationale française a voté une résolution sur la prostitution. Le texte, une simple déclaration d’intérêt, a obtenu un large consensus chez les députés de la majorité et de l’opposition, qui ont ensuite déposé une proposition de loi. Basé sur un rapport rendu public en avril 2011, la résolution propose de pénaliser la clientèle des prostituées, sur le modèle d’une loi adoptée en Suède en 1999.

Aujourd’hui, la prostitution est tolérée en France. Mais le proxénétisme - le fait d’en tirer des revenus - est prohibé, tout comme le racolage - le fait de chercher un client -, même s’il demeure passif. Le texte examiné mardi à l’Assemblée nationale se situe dans la lignée de la position "abolitionniste" de la France en matière de prostitution : les prostituées sont, par essence, considérées comme victimes d’un système. Une conception dénoncée par Morgane Merteuil, la dynamique secrétaire générale du Syndicat du travail sexuel (Strass). Entretien.

 

FRANCE 24 - Que reprochez-vous à la résolution adoptée par l’Assemblée nationale ?

Morgane Merteuil - Ce texte se base sur un rapport erroné. Le rapport [présenté par Danielle Bousquet, député socialiste qui a présidé une mission d’information parlementaire sur la prostitution en France] fait un amalgame entre prostitution et exploitation sexuelle. Il affirme que 90 % des prostituées sont étrangères et victimes de la traite. Mais c’est faux ! La prostitution de rue ne représente qu’une toute petite partie de la prostitution aujourd’hui. Et les travailleuses étrangères ne sont pas toutes victimes de la traite. En réalité, il existe beaucoup plus d’indépendantes que ce que veut bien dire le rapport. Si on veut s’en prendre aux réseaux, il y a d’autres solutions. Ouvrir les frontières par exemple. Car beaucoup d’étrangères se retrouvent sur le trottoir pour payer les dettes qu’elles ont contractées auprès des passeurs qui les ont fait entrer en France.

Par ailleurs, le rapport de Danielle Bousquet se base sur les témoignages de 200 personnes. Mais seulement une quinzaine de travailleuses du sexe a été interrogée, dont seulement sept exerçaient encore ! Tous les autres, ce sont… des experts.

Quelques personnes du Strass ont été auditionnées par Danielle Bousquet mais tous les propos qui n’allaient pas dans le sens de ce qu’elle voulait démontrer n’ont pas été retenus. Je crois que ce rapport n’avait pas pour vocation de donner un état des lieux objectif de la prostitution en France mais d’aller dans le sens d’une idée précise de la prostitution, teintée de moralisme.

F 24 - Que répondez-vous aux "abolitionnistes", qui affirment que les travailleuses du sexe sont forcément victimes ?

M. M. - Cette idée de système où on est victime de domination masculine, c’est réducteur et méprisant pour nous et nos clients. Ils sont bien plus respectueux envers nous que les féministes abolitionnistes. Pour la plupart, ils viennent passer un bon moment, ils nous confient des choses qu’ils ne peuvent pas confier à d’autres personnes, ils viennent faire des expériences, prendre confiance en eux quand par exemple, ils n’arrivent pas à rencontrer des filles.… Les abolitionnistes nous considèrent comme des moins que rien, jamais nos clients. Enfin si, parfois, certains ne viennent nous voir que pour "tirer leur coup" mais, au final, les conditions sont données dès le départ, elles sont franches, on part sur un contrat honnête. Il vaut mieux ça qu’un mec qui va attendre dans un bar qu’une fille soit complètement saoule pour la ramener chez lui…

F 24 - Vous donnez une image un peu idyllique de votre métier…

M. M. - Non, ce n’est pas idyllique. Mais les conditions de travail seraient meilleures si on nous laissait gérer et qu’on arrêtait de vouloir nous dicter notre conduite.

Les abolitionnistes n’arrivent pas intégrer l’idée que les prostituées peuvent être heureuses. Ils nous aliènent, nous infantilisent, ils n’acceptent pas qu’on puisse choisir en toute conscience de vivre du sexe. Ils n’acceptent les prostituées que quand elles sont repenties ou qu’elles vivent mal leur situation. C’est inquiétant cette tendance à vouloir normaliser la sexualité.

F 24 - Les abolitionnistes disent vouloir protéger les femmes des violences. Qu’en est-il ?

M. M. - Toutes les lois qui ont été faites jusqu’à présent, soit disant pour protéger les femmes, ont été complètement contre-productives et même très néfastes. La résolution qui a été adoptée hier [mardi 6 décembre] est dans la même lignée que toutes celles précédemment adoptées. La loi Sarkozy [loi promulguée en 2003 interdisant le racolage passif] a éloigné les travailleuses du sexe des centres-villes. Du coup, elles s’éloignent aussi des structures de soin, de dépistage et de prévention. Ces lois ont renforcé la clandestinité de la prostitution. Cachées, les travailleuses sont plus susceptibles d’être victimes de violences.

Et comme elles sont moins visibles, elles ont moins de clients. On constate une précarisation des travailleuses du sexe. Elles en viennent à brader leurs services, à accepter de faire des fellations sans préservatifs, etc. Et ça les pousse à se mettre sous la protection d’un mac. C’est très inquiétant en termes d’exposition aux violences, aux MST [maladies sexuellement transmissibles], au VIH en particulier. D’ailleurs, toutes les associations de lutte contre le sida s’opposent à la criminalisation de la prostitution pour cette raison. Pénaliser les clients ne va pas améliorer la situation, bien au contraire.

F 24 - Si la solution n’est pas la criminalisation des prostituées ni des clients, quelle est-elle ? La réhabilitation des maisons closes ?

M. M. - Non, absolument pas. Au Strass, nous ne militons pas pour ça. Nous nous battons pour que le statut de travailleur du sexe soit reconnu. Il faut qu’on nous permette de travailler librement dans les conditions que nous choisissons, comme tous les autres travailleurs indépendants. Nous demandons l’abrogation de la loi de "proxénétisme de soutien" [le fait d’aider, assister, protéger ou partager les revenus de la prostitution], qui ne distingue pas le proxénétisme de soutien - celui qui permettrait aux prostitués de s’associer - du proxénétisme de contrainte [qui impose la prostitution]. C’est une erreur commise par des gens qui ne savent pas de quoi ils parlent.

 

Commentaires (13)

Prostitution

Vaste sujet que l'on ne peut et doit traiter qu'en dialoguant avec les protagonistes. D'ailleurs, en regardant des émissions sur le sujet ou en lisant des articles de presse, les "anciennes" ne donnent pas l'impression de vouloir changer de "métier". Elles sont de plus en plus émancipées et gèrent leur vie à leur convenance. Le mot dérange peut-être, alors appelons-le substitution au lieu de prostitution, car ce sont des personnes qui se substituent au manquement d'autres ou même à l'absence tout court. Les films X sont taxés, ces travailleuses veulent l'être. Elles jouent un rôle social très important. Vaut-il mieux prendre une maîtresse ? ou s'attaquer à des femmes ou jeunes filles fragiles ? Toutes proportions gardées, les aristocrates se mariaient bien souvent par intérêt et allaient voir ailleurs leur sexualité. Où se situe la différence sinon celle de n'être pas à la rue ? Car pécuniairement c'est la même chose. En revanche, ceux ou celles qui font venir des jeunes des pays de l'Est, d'Afrique ou d'ailleurs, à qui l'on promet des jours meilleurs devraient être "pourchassés" comme des bêtes sauvages jusqu'à éteindre leur race. Ils n'ont ni foi ni loi et se font un pont d'or sur ces malheureuses. Pas de pitié pour ceux-là.

prostitution

j'aimerai que l'on pense un peu aux hommes célibataires qui travaille dans ce pays et qui participe activement aux recettes fiscales de l'état plus que tous les autres,sans rien en retour que des taxes et des amendes...meeeerde à la fin.

Des nouvelles rivales sur le marché !

Je pense que le débat au sujet de la prostitution est principalement éthique. On ne sait pas où caser les prostituées : femmes esclaves sexuelles ou femmes libérées revendiquant la liberté sexuelle sous toutes ses formes et pratiques, et leur importance et nécessité dans toutes les sociétés (ancestrales ou modernes) pour minimiser les dégâts que certaines libidos non "alimentées" pourraient générer ? Il y a un point néanmoins qui fait réfléchir quant aux nécessités des clients de ces femmes : de nouvelles poupées extrêmement compétentes ont été inventées, et les témoignages de leurs utilisateurs sont pour la plupart positifs, certains se sont même réellement attachés à elles, de réelles femmes objets, qui ne parlent pas, qu'ils peuvent pouponner comme bon leur semble (certaines sont de véritables oeuvres d'art, et réellement aimées par les coeurs les plus démunis et désespérés de ne pouvoir s'entendre avec les femmes), et qui les satisfont pleinement sexuellement, tout en précisant que des innovations perfectionnistes et de nouvelles idées "confortables" sont méditées tous les jours pour combler certains besoins liés à la personnalité de chaque client. Bientôt, lorsque la pudeur des femmes sera moindre, ces entreprises d'un nouveau genre (qui suivent les mouvements des anciennes poupées gonflables) pourraient même envisager, pourquoi pas, de faire des poupées masculines, des sortes de Ken de taille humaine concurrençant les services de nombre d'escort boys... L'idée est simple : les clients de la prostitution sont prêts à payer pour des relations sexuelles, mais ils gagneraient plus à investir dans ce genre de poupées qui ont l'air réelles, car d'une part elles restent à la maison, donc ils ont pas besoin de sortir trouver une femme ou un bar à prostituées, elles sont pas là que pour une nuit, elles offrent un corps parfait de femme parfaite avec laquelle le propriétaire peut se laisser aller à toutes sortes d'expérimentations et d'observations intimes, et au fur et à mesure, elles reviennent moins cher que d'aller faire des passes selon les besoins sexuels mensuels, hebdomadaires ou quotidiens pour certains. La compétition va être rude, mais c'est un argument de taille : ceux qui sont en mal d'amour ont une alternative, dans le concept que les femmes n'ont pas à livrer leur corps de force par compassion ou en se sacrifiant pour protéger les autres femmes contre le viol. Le but n'est pas d'aller dans le sens des prédateurs sexuels, je pense, il n'est de la faute de personne si certains sont seuls, ne plaisent pas, sont addicts sexuels ou veulent faire des expériences. Pour les puceaux aussi, c'est une alternative. Je crois que le message est de dire que la prostitution n'est pas une source de revenus équitable dans le sens où tous les êtres humains ont des compétences sexuelles innées. C'est pas discriminatoire, mais peut être la raison pour laquelle on a du mal à considérer la prostitution comme un travail. Les psys et les sexologues, tout comme diverses associations, agences matrimoniales, de coaching personnels ou de relooking, même des chirurgiens esthétiques au pire, se sont proposés à être à l'écoute de ceux qui sont seuls, ont des problèmes dans leurs quotidiens ou personne à qui parler de sujets "délicats". Ou alors y a internet. C'est pet être pour ça qu'ils donnent plus d'excuses aux clients et qu'ils ont décidé de ne plus sacrifier des vagins à leurs causes ?

Foin des féministes

En fait, madame Bousquet aurait plutôt intérêt à intégrer sa libido, ça lui permettrait peut-être de cesser d’importuner les prostituées avec ses pudibonderies et sa rectitude morale.

Prostituisme

Je suis une femme que resemble la femme dans le photo, mais je ne suis certainement pas une prostituee. Tous les femmes, mince avec les yeux bleues, cheveux brun/rouge doivent etre gene par cette photo. Mais pour les pauvres femmes qui travaillent comme prostituees, je dois dire qu'il faut punir les hommes, particulerement les hommes qui forcent les femmes dans la pauvrete. Enfin elles n'ont autre choix que deviennent prostituees pour vivre. Elles sont des victimes pas des criminelles.

Beau modèle suédois

Beau modèle suédois que l'on met souvent en exemple. Non, rien, rien, ca n'existe pas ici chez nous (moi même habitant Stockholm), c'est chez les autres bien sur... Mais hélas, c'est pour mieux cacher l'envers du décors. Pas dans les rues, pas chez elles, pas dans des lieux où elles seraient protégées; alors c'est dans des apparts loués que par des macros que des filles venues de partout (et surtout des pays de l'Est) doivent assouvir les besoins de ces beaux et propres suédois avant d'être envoyées à Copenhague, Hambourg... Mais ici tout le monde te dira, ici la prostitution, y'en a pas... sauf qu'en grattant, c'est pas aussi blanc et que d'interdire, prohiber, c'est sans doute développer un marché parallèle où les prostituées sont plus vulnérabes et moins protégées.

Alors arrêtez de me gonfler avec ce beau modèle suédois!
P-S: exposition plus qu'intéressante faite sur le traffic d'être humain et surtout sexuel en Scandinavie: www.trafficking.nu

Toujours de l'hypocrisie...on

Toujours de l'hypocrisie...on parle tjrs de prostitution mais on parle jamais des clients...il y a pas prostituee sans cleintele...tout comme en corruption ou on condamne aussi le corrupteur que le corrompu.la loi qui condamne la prostitution doit pas etre aplliquee uniquement aux femmes.Tout homme pris avec une prostituee doit etre condamner egalemen.pourquoi cette discrimination envers les femmes?si les hommes savaient bien gerer leur libido,etre fideles a leurs epouses il ya aurait pas prostitution...SI ON VEUT vraiment combattre la prostitution on doit commencer par-la...Les cliensts des prostituess sont les grds hommes politiques parmi lesqules des hommes d'etats,des magistrats des deputes qui votent ces lois pourtant les premiers a tromper leurs epouses avec des prostituees...vous vous moquez de vous=mmes la prostitution a encore de beaux jours devant elle.

Quelle Fumisterie

Ils n'ont vraiment pas grand chose à faire nos députés en cette période pré-électorale ...L'analyse que l'on peut faire concernant ce pas supplémentaire pour abolir la Prostitution en France viserait à enrayer le phénomène de proxénétisme international : les "souteneurs" = lisez plutôt esclavagistes ou tabasseurs, ne sont pas sur le territoire Français - actuellement ils sont souvent en Albanie, Roumanie , Côte d'Ivoire. Dans cet optique, la France, pays berceau des Droits de l'Homme, remplit correctement son rôle. MAIS ,là où il y a une hypocrisie MONSTRE, c'est que ne sont visées que les "belles de nuit" qui arpentent le pavé ... Quid des Escort Girls ou Escort Boys dont des agences ont pignon sur rue sur les Champs Elysées afin d'apporter leurs services à des hommes somme toute argentés et qui eux, n'iront jamais solliciter une "gagneuse" dans la rue , lisière de bois ou de parc, ou contre-allées fameux de notre romantique capitale. Alors au lieu de couper la tête du lézard, on lui coupe la queue ...sans compter que cet animal est génétiquement programmé pour reconstituer son appendice caudal ..., en clair, et pour traduire cette métaphore, il serait plus intelligent de faire la chasse aux proxénètes avec une police internationale et des lois tout aussi internationales pour éradiquer ces "bip*" de proxos et laisser ces dames vendre leurs charmes si bon leur semble, parce l'état ne se prive pas de les imposer, mais elles n'ont aucun système de retraite... à méditer !

vive le sexe et vive son accès

Je suis tout a fait d'accord avec Morgane Merteuil
Je suis pour ma part pour la réouverture des maisons closes. Elles offrent a mon sens un cadre rassurant et confortable aux filles et garcons y travaillant, et un lieu convivial pour leurs clients.
L'australie en est un parfait exemple.
La prostitution sera toujours parmi nous. Les hommes restent des hommes et de par leur génétique, sont programmé pour se reproduire, et donc baiser.
Si on ne leur en laisse pas le loisir, et la nature s'en charge bien souvent, on se retrouve avec des frustrés chroniques, ce qui peut amener a des situations dégénérante, mais aussi des frustrées légers qui serait tellement plus heureux et donc plus positifs et productifs pour notre société si ils pouvaient y avoir acces.
Non franchement, le sexe est un fait de notre société et essayer de l'éliminer est une grave erreur a mon sens. C'est comme ça aussi qu'on déclenche une révolution.
L'acces au sexe pour tout homme et toute femme, voila la solution.

maison close?

Les maisons closes? Mais il y en a plein le 9ème arrondissement! Ca a changé de nom , c'est tout. Maintenant ce sont des instituts de beauté.

Il faudrait vérifier l'âge

Il faudrait vérifier l'âge moyen auquel les "travailleuses du sexe " sont "mises sur le marché"...Après ça, on pourra juger si elles ont librement choisi de faire ce métier plutôt qu'un autre.
Il faudrait aussi ,que la nouvelle loi soit accompagnée de mesures d'accompagnement des "victimes marchandises du sexe". Des centres d'accueil, de protection contre les réseaux mafieux, des centres d'hébergements. Un centre d'écoute.Il faudrait aussi signaler qu'il y a des groupes d'individus qui droguent et filment des femmes dans leur intimité à leur insu et revendent sur les ondes internationales ni vu ni connu. Ils courent en toutes liberté et se vanteraient presque de leur méfaits. C'est écoeurant!

LA AUSSI C'EST LA CRISE !

JE CONFIRME, c'est une profession que je ne connais pas, Pôle emploi non plus, effectivement, donc on a rien à commenter. Croyez vous que cela peux résoudre le problème du chômage.

Comme quoi les prostituées ne

Comme quoi les prostituées ne sont pas celles que l'on croit. Les plus grosses prostituées sont les féministes qui ont vendu leur c.. au système capitaliste

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