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Economie

La BCE baisse légèrement son taux directeur avant le sommet de Bruxelles

©

Vidéo par Shirli SITBON

Texte par Dépêche

Dernière modification : 08/12/2011

À quelques heures de l'ouverture du sommet des chefs d'État de la zone euro à Bruxelles, Mario Draghi, patron de la Banque centrale européenne (BCE), a décidé d'abaisser le principal taux directeur de l'établissement pour le ramener à 1 %.

 AFP - Face à la crispation de la crise en zone euro, la Banque centrale européenne a décidé jeudi de baisser son principal taux directeur à 1%, sans surprise pour économistes, politiques et marchés qui guettent davantage ce qu'elle compte faire pour les Etats surendettés.

"C'était le minimum attendu de la BCE en regard de la situation actuelle", a commenté Carsten Brzeski, économiste d'ING.

Lors de la conférence de presse qui suit cette décision, à 13H30 GMT au siège de la BCE à Francfort, son président, l'Italien Mario Draghi, devrait également annoncer de nouvelles mesures en faveur des banques qui souffrent de la défiance des marchés, pour leur éviter une pénurie de liquidités et donc du crédit.

Les analystes s'attendent notamment à ce qu'elle introduise des prêts illimités et à taux fixe d'une durée de deux ou trois ans, contre un an maximum jusqu'ici, et assouplisse les garanties exigées en échange.

Mais "la question clé est si M. Draghi donnera une indication sur le fait de savoir si la BCE est sur le point de répondre aux propositions de l'Allemagne et la France sur une intégration budgétaire renforcée en augmentant ses rachats de dette publique ou en prêtant au FMI", pour qu'il aide à son tour la zone euro, a estimé Jonathan Loynes, de Capital Economics.

Ces mesures sont jugées par la plupart des économistes et certaines capitales européennes, en particulier Paris, comme les seules susceptibles de rassurer les marchés et de mettre un terme à la contagion de la crise.

Pour Thomas Hollenbach, de LBBW, ces "fortes attentes" risquent d'être déçues.

"Il est peu probable que M. Draghi donne des indications quelques heures à peine avant un sommet européen décisif" à Bruxelles, a renchéri son confrère Rainer Guntermann, de Commerzbank.

Le chef de l'institution monétaire de Francfort a clairement signifié qu'il attendait des dirigeants politiques européens qu'ils prennent leurs responsabilités et signent pour davantage de rigueur budgétaire, avant d'envisager tout nouveau geste.

La BCE rachète déjà de la dette publique de pays comme l'Espagne ou l'Italie sur le marché secondaire, où s'échangent les titres déjà émis. Mais ses achats sont "limités" et "temporaires", souligne-t-elle régulièrement, mettant en avant son statut qui lui interdit de financer les Etats comme de créer de la monnaie génératrice potentielle d'inflation.

La décision d'aider davantage les banques "tomberait bien, juste avant la publication par l'EBA (Autorité bancaire européenne) de ses exigences de recapitalisation pour les grandes banques européennes à 17H00 GMT", a commenté Holger Schmieding, chef économiste de la banque Berenberg.

Toutefois, selon lui, "même le plus généreux des soutiens de la BCE aux banques relèverait simplement du colmatage des symptômes" car "la zone euro ne connaît pas une crise bancaire, elle souffre de l'effondrement de la confiance envers les Etats, qui s'est transmise aux banques".

Alors que les déclarations catastrophistes se multiplient sur un effondrement prochain de la zone euro et que l'agence Standard & Poor's menace de dégrader la note de solvabilité de quasiment tous ses membres, y compris la vertueuse Allemagne, ainsi que de ses principales banques, la BCE n'aura toutefois pas d'autre choix que d'intervenir, estime Guntram Wolff, de l'institut bruxellois Bruegel. "La situation est devenue très fragile et le système financier est devenu très fragile".

"Elle restera toutefois réticente à le faire tant que le problème de l'aléa moral n'est pas résolu", explique-t-il en référence à la crainte de voir les gouvernements renoncer à avancer sur le chemin du redressement de leurs finances une fois qu'elle aura franchi le pas.

La BCE a été en effet échaudée par l'attitude de l'Italie cet été, qui après avoir obtenu qu'elle rachète ses obligations pour faire baisser ses taux d'emprunt a fait marche arrière sur ses promesses. "La BCE veut s'assurer que cela ne se répétera pas", selon lui.

Le regard des gouverneurs de la BCE sera donc tourné à partir de jeudi soir vers Bruxelles, où se réunissent les dirigeants européens pour un nouveau sommet de la dernière chance. Mais l'Allemagne, qui promeut les mêmes mesures de rigueur qu'eux, a quelque peu douché les espoirs mercredi en se déclarant "pessimiste sur la possibilité d'avoir un accord total".

Les commentateurs veulent toutefois voir la rencontre de M. Draghi avec le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel avant le dîner des chefs d'Etat et de gouvernement des 27 pays de l'UE, comme un signe positif.

Première publication : 08/12/2011

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