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EUROPE

Paris et Berlin ignorent Londres pour arracher un accord à 23

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Dépêche

Dernière modification : 09/12/2011

En dépit du refus britannique, les Européens ont approuvé l'accord à 23 - incluant les 17 membres de la zone euro et six autres pays de l’UE - qui adopte de nouvelles mesures afin de renforcer la discipline budgétaire.

AFP - En faisant fi de la mauvaise humeur britannique, les Européens ont décidé de serrer les rangs, au delà de la zone euro, pour sortir de la spirale négative de la crise, mais de nouvelles décisions difficiles les attendent, estiment les experts.

Un nouveau traité européen ou l'art de faire du neuf avec du vieux
"D'une certaine façon, ce sommet démontre que l'Europe ne roule plus à deux vitesses", affirme Jean-Dominique Giuliani, président de l'Institut Schuman, qui défend la construction européenne.

"Car l'accord a non seulement été signé par les 17 pays de la zone euro mais aussi par six, et peut être bientôt neuf, autres Etats. Avoir l'agréement de la Pologne, du Danemark, souvent très critiques, ce n'est pas rien!", ajoute-t-il.

Seul le Premier ministre britannique, David Cameron, a refusé de monter à bord: il a jugé "inacceptable" pour son pays l'accord visant à renforcer la gestion des comptes publics, avec "règles d'or" et sanctions quasi-automatiques.

"Le Royaume-Uni se retrouve ainsi seul contre 26. Ce qui n'est pas vraiment nouveau dans l'histoire de l'Union européenne", constate un diplomate.

"Laisser de côté Londres n'était évidemment pas la solution idéale, mais il y avait l'urgente nécessité pour les autres pays d'aller de l'avant", relève Emilio González, professeur d'économie de l'Université autonome de Madrid.

Le refus britannique a levé "une ambiguïté", estime quotidien français Le Monde dans l'éditorial de son édition de vendredi. "Au fond, les Britanniques ne sont, dans cette affaire, intéressés que par une chose: le marché unique. Le reste du projet européen les indiffère, quand ils ne lui sont pas hostiles".

Les mesures-phares du traité
Les autres pays ont démontré, eux, "la volonté politique de reconstruire l'union politique en dépit de la résistance britannique", remarque Jörg Krämer, économiste en chef de la Commerzbank, en qualifiant de "remarquables" les résultats du sommet.

"En décidant d'abandonner davantage de souveraineté, les dirigeants de l'UE ont donné un signal politique fort de soutien à l'euro. Cela pourrait permettre de réparer en partie les dégâts provoqués par les discours irresponsables sur un abandon de l'euro", commente Sony Kapoor, directeur du think tank économique Re-Define.

Il regrette cependant les nombreuses incertitudes qui subsistent après le sommet, que ce soit sur l'amplitude du soutien de la BCE ou sur la concrétisation de mesures "crédibles" pour relancer la croissance.

Plus optimiste, Jean-Dominique Giuliani estime que "la mise en ordre de la zone euro est en route, même si tout n'est pas calé".

En raison du refus britannique à un changement de traité, l'application des nouvelles dispositions nécessitera un accord gouvernemental, qui sera signé d'ici mars.

Leurs promoteurs, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, devront pour cela répondre aux nombreuses craintes concernant une main-mise des Etats, en particulier de l'Allemagne et la France, sur le processus.

"Le nouveau traité ne sera acceptable que si la méthode communautaire et le contrôle démocratique sont totalement respectés", a averti Guy Verhofstadt, président du groupe des Libéraux au Parlement européen. Il n'exclut d'ailleurs pas "un possible recours devant la Cour européenne de justice si ces garanties ne sont pas explicitement mentionnées".

Plus remontée, Rebecca Harms, vice-présidente du groupe des Verts, juge "inacceptable" que les élus européens aient été à "100% exclus des discussions". "Ce nouveau traité, ce n'est pas l'Europe, mais un accord entre deux gouvernements (français et allemands), suivis par les autres", selon elle.

Pour sa part, l'influent éditorialiste du Financial Times Wolfgang Münchau prédit l'explosion politique prochaine de l'UE car les pays de la zone euro ont violé la règle de l'unanimité en ignorant le point de vue britannique.

"Nous avons deux crises maintenant. Celle toujours en suspens de la zone euro et celle de l'UE. Des deux, la dernière est potentiellement la plus grave", a-t-il lancé.

Première publication : 09/12/2011

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