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Afrique

La Monusco aurait-elle sa part de responsabilité dans la mauvaise tenue du scrutin ?

Texte par Julien PEYRON

Dernière modification : 12/12/2011

Des organismes internationaux pointent les défaillances de la Monusco dans l’organisation des élections en RD Congo. Son porte-parole rétorque que le mandat limité de la Mission de l’ONU ne lui confère pas le pouvoir de certifier les élections.

Alors que les deux principaux candidats à la présidentielle en République démocratique du Congo revendiquent la victoire, plusieurs rapports font état d’irrégularités lors des scrutins présidentiel et législatifs du 28 novembre.

Des accusations qui jettent le discrédit sur les organisateurs du scrutin, au premier rang desquels la Commission électorale nationale indépendante (Céni). Mais du fait de sa participation à l’organisation du scrutin, la Mission de l'ONU en République démocratique du Congo (Monusco) n’aurait-elle pas elle aussi, dans une moindre mesure, sa part de responsabilité ?

"Nous n’avons pas de mandat de certification"

Le président sortant de la République démocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila, a reconnu "des erreurs" lors l'élection présidentielle du 28 novembre, mais il estime que celles-ci n’invalident pas le résultat.

L’ONG International Crisis Group reproche ainsi à la Monusco de s’être montrée "peu disposée à critiquer ouvertement le gouvernement et les autorités électorales", malgré le fait qu’elle avait recensé "des violations des droits de l’Homme lors de la campagne".

Une mise en cause à mots couverts que rejette en bloc le porte-parole de la Monusco, Madnodje Mounoubai, dans un entretien accordé à France24.com. "Nous avons dénoncé les violences pré-électorales, en publiant un rapport sur celles-ci, se défend-il. Quant aux irrégularités lors du scrutin, ce n’est pas à nous de nous prononcer. Contrairement à l’Onuci en Côte d’Ivoire, nous n’avons pas de mandat de certification. Notre mission nous cantonne à un rôle très précis, celui d’apporter un soutien technique et logistique à la Céni, à savoir le déploiement et la mise en place du matériel électoral." Un mandat qui, selon lui, a été exécuté "au mieux dans les centres régionaux qui étaient attribués à la Monusco".

Contacté par France24.com, le directeur d'International Crisis Group pour l'Afrique centrale, Thierry Vircoulon, reconnaît que les irrégularités constatées lors du vote sont à imputer à la Céni. Il soulève cependant "la schizophrénie" de la mission de l’ONU, "à la fois acteur et observateur" du scrutin. "L’ONU est partie prenante car elle participe au processus électoral à travers les opérations logistiques qui lui ont été confiées", explique-t-il. Selon lui, la Monusco aurait pu faire davantage pression sur les autorités congolaises, mais elle s’est gardée de le faire, "son but ultime étant que le processus électoral aille à son terme". Il reproche ainsi à la Monusco de ne pas avoir demandé officiellement aux autorités congolaises de reporter le scrutin, alors que l'organisation savait que "les conditions techniques nécessaires à la bonne tenue du scrutin n’étaient pas réunies le jour du vote".

"La Monusco n’a pas à mettre la pression sur les autorités congolaises, rétorque Madnodje Mounoubai. Comme d’autres organismes internationaux, elle a donné son avis à la Céni, qui a décidé de passer outre et de maintenir les élections à la date prévue. Nous n’avons pas à regretter ou à nous féliciter de cette décision, nous la constatons simplement", explique-t-il.

Le centre Carter dénonce "des irrégularités graves"

Un communiqué du Centre Carter, publié samedi 10 décembre, indique que des "irrégularités graves" ont été relevées lors des scrutins présidentiel et législatifs du 28 novembre. Même si l’ONG de l’ancien président américain assure que ces éléments ne remettent pas en cause le fait que le président sortant, Joseph Kabila, soit arrivé en tête de la présidentielle, elle indique être incapable de déterminer la mesure dans laquelle les résultats "reflètent la volonté du peuple congolais". Des accusations qui viennent compléter celles émises auparavant par l’Union européenne.
 

Un scrutin qui marque "un recul" par rapport à celui de 2006

Les irrégularités graves constatées en 2011 apparaissent d’autant plus fâcheuses qu’elles sont plus importantes que celles enregistrées lors de la présidentielle de 2006, alors que le pays sortait tout juste d’une longue guerre civile.

"La présidentielle de 2011 marque clairement un recul par rapport à celle de 2006, qui a été menée dans les temps et en un jour, contre trois jours cette fois-ci", assure Thierry Vircoulon. "La préparation technique a été déficiente en 2011 car les rôles ont été inversés par rapport à 2006, explique-t-il. Le scrutin de 2006 a été piloté par la communauté internationale et suivi par la Céni, alors que celui de 2011 l’a été par la Céni et suivi par les organisations internationales."

Un transfert de compétences que souligne également Madnodje Mounoubai : "Notre implication est bien moindre que ce qu’elle a été en 2006 où nous avions un rôle actif à jouer grâce à des moyens logistiques et financiers bien plus importants."

Toute puissante en 2006, la Monusco s'est donc retrouvée cantonée à un rôle mineur en 2011, laisse entendre son porte-parole, qui refuse d'endosser la responsabilité des errements d'une mission dont il n'avait plus la charge.

Première publication : 12/12/2011

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