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Sports

Le football chinois entame sa révolution

Texte par Emmanuel VERSACE

Dernière modification : 13/12/2011

L’ex-attaquant international français Nicolas Anelka a officiellement signé un contrat de deux ans avec le club chinois de Shangha Senhua. Un choix économique plus que sportif, mais dont le grand gagnant est le football chinois.

C’est désormais acté : Nicolas Anelka a signé un contrat de deux ans avec le club chinois du Shanghai Shenhua, 11e du championnat la saison dernière. A 32 ans et en fin de carrière, le natif de Trappes a préféré une préretraite dorée plutôt qu’un dernier challenge sportif - comme le lui aurait proposé le club londonien de Tottenham. D’après la chaîne sportive ESPN, l’enfant terrible du football français - passé par Arsenal, le Paris Saint-Germain, le Real Madrid, Liverpool, Manchester City, Fenerbahçe, Bolton et Chelsea - touchera 234 000 euros par semaine (contre 105 000 euros à Chelsea), soit un salaire annuel supérieur à 10 millions d’euros.

Si avant lui d’autres Français s’étaient expatriés en Chine - Christophe Galtier (Marseille), Nicolas Ouédec (PSG, Montpellier), Christian Perez (PSG), Cédric Sabin (Vannes) et Mickaël Murcy (Clermont Foot) -, jamais un joueur tricolore aussi médiatique qu’Anelka n’avait signé dans un club de la Chinese Super League. Et pour cause.

"Sifflets noirs" en camp de rééducation

Depuis sa création en 1994, la Ligue chinoise de football traîne sa mauvaise réputation comme un boulet. Gangrénée par la corruption, écornée par la violence de certains groupes d’ultras, réputée pour le faible, voire médiocre, niveau de jeu proposé dans le pays, la Fédération chinoise de football (CFA) tente ces dernières années de redorer un blason qui fait un peu tâche dans les hautes sphères du Parti communiste. Depuis les Jeux olympiques de Pékin en 2008 et l’exposition universelle de Shanghai en 2010, sport et culture sont en effet devenus les deux axes de sa politique de "soft power" sur la scène internationale.

Mais depuis quelques années, la Chine travaille à améliorer l’image de son football. Ainsi, fin 2009, sous l’impulsion du président Hu Jintao, la police lance une première opération d’envergure contre les auteurs de matchs truqués - appelés "sifflets noirs". Au total, 22 cadres de la CFA sont incarcérés, dont le patron de la Fédération, Nan Yong. Trois clubs sont relégués en deuxième division. Quelques mois plus tard, c’est au tour de l’ex-manager de l’équipe nationale, Wei Shao Hui, et de Li Dongsheng, patron des arbitres nationaux, d’être entendus pour corruption - chef d’inculpation passible de la peine capitale. En mai 2010, 200 cadres de clubs et de la CFA se voient contraints de séjourner en "camp de rééducation" pour cinq jours. En avril 2011, Wei Di, nouvel homme fort de la CFA, promettait au président de la Fifa, Sepp Blatter, de "redresser l’image du football chinois et de retrouver la confiance du public dans l’année".

C’est là que Nicolas Anelka entre en jeu. Car si les Chinois n’ont pas de centres de formation d’envergure, ni assez de licenciés (0,5% de la population joue au football, contre 5 à 9% en Europe) pour se créer un réservoir de talents capables de s’exporter, ils possèdent de l’argent. Et à l’instar des clubs de nouveaux riches en Russie, ils n’hésitent pas à le dépenser.

En juillet dernier, le milieu de terrain argentin Dario Conca, un temps courtisé par le Real Madrid et Chelsea, est ainsi devenu la recrue la plus onéreuse de ce championnat. Transféré pour 7,5 millions d'euros au Guangzhou Evergrande, le "Chelsea d’Asie", l’ex-joueur de Fluminense touche un salaire annuel de 10,6 millions d’euros, qui fait de lui l’un des professionnels les mieux payés au monde…

"Les joueurs étrangers sont vulnérables en Chine"

Pourtant, force est de constater que les joueurs étrangers ne se bousculent pas au portillon de la Chinese Super League. "Ils sont d’autant plus vulnérables que leurs droits sont souvent bafoués", explique à France 24 Wil Van Megen, avocat du Syndicat mondial des joueurs de football (FiFPro). "Il n’existe pas de syndicats de joueurs en Chine. Les témoignages nous parviennent de joueurs étrangers pour lesquels l’aventure a tourné court."

Sans dévoiler son nom, Van Megen raconte qu’un joueur originaire d’Écosse a été forcé de jouer en équipe amateur alors que son contrat lui promettait une place en équipe professionnelle de première division, avec un salaire élevé à la clé. "Il vient de décider de s’enfuir sans rien dire et de renoncer à son salaire plutôt que de rester dans ces conditions." Depuis quelques années, FiFPro essaie d’approcher les joueurs chinois évoluant à l’étranger pour aider leurs compatriotes à faire valoir leurs droits. Sans succès pour l’instant. "Ils refusent de devenir membre du syndicat par peur de représailles." Autant dire qu’Anelka aura du mal à rester s’il lance un "va te faire e… sale fils de p…" à son entraîneur.
 

Première publication : 13/12/2011

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