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Moyen-orient

Le soulèvement met les chrétiens de Syrie dans une position ambiguë

Texte par Julien PEYRON

Dernière modification : 15/09/2012

Le mouvement de contestation en Syrie inquiète les chrétiens, qui redoutent une flambée de violences contre les minorités. Partisans de reformes pacifiques, ils sont accusés par les opposants de soutenir le régime de Bachar al-Assad.

Un reportage diffusé mardi 13 décembre sur la chaîne de télévision d’Etat syrienne relance la question de la position des chrétiens dans le conflit syrien. On y voit de nombreux prêtres et patriarches réunis ce jour-là dans une église Damas pour une grande prière. La cérémonie est présentée par la chaîne d’Etat comme une "célébration de Noël pour la paix en Syrie". Mais le reportage intègre aussi des questions plus politiques que religieuses.

Interrogés après la célébration, les dignitaires chrétiens se prononcent en effet en faveur de "l’unité du pays" et appellent à des "réformes pacifiques". Un message que le présentateur assimile à un soutien au programme de réformes porté par le président Bachar al-Assad.

Qui pour assurer la sécurité des minorités ?

Confronté depuis la mi-mars au plus important mouvement de révolte que la Syrie a connu ces quarante dernières années, le régime a mis en place une répression sanglante. Un rapport de l’ONU daté du 13 décembre fait état de 5 000 morts depuis le début des violences dans le pays, qui a depuis été suspendu de la Ligue arabe.

Régulièrement soupçonnés de s’être rangés du côté du pouvoir, les 2,5 millions de chrétiens de Syrie - qui représentent entre 5 et 10 % de la population - se voient reprocher chaque jour davantage de soutenir un dictateur sanguinaire. D'autant plus que le président syrien tente de s’appuyer sur eux pour contrer ses opposants, qu’il présente comme des fanatiques religieux sunnites, prêts à imposer la charia et à brûler les églises.

La répartition des minorités religieuses en Syrie
carte syrie

"Bien entendu que le pouvoir essaie à sa façon de manipuler les chrétiens, il met en scène les paroles des évêques et des patriarches", explique le père Pascal Gollnisch, directeur de l' Œuvre d’Orient, une association catholique basée à Paris qui défend les chrétiens d’Orient. "Mais demander des réformes pacifiques ne fait pas d’eux les complices d’une dictature", objecte-t-il.

"Les chrétiens ne soutiennent pas spécialement le régime d’Assad et encore moins ses méfaits, mais il n’existe pas aujourd’hui d’alternative qui permettrait d’assurer la sécurité des minorités. Il faudrait demander aux autorités françaises, si promptes à demander le renversement du président syrien, qui elles comptent mettre à la place. La situation est différente de celle de la Libye, où le Conseil national de transition avait une certaine crédibilité. On ne peut quand même pas donner le pouvoir à la rue", argumente-t-il encore.

Le régime du président al-Assad a toujours pris soin en effet de se poser en garant des droits des minorités religieuses dans ce pays à majorité sunnite. Bien que largement dominé par les alaouites, la branche minoritaire chiite dont est issu le président, l’Etat syrien réserve également quelques postes prestigieux aux chrétiens, comme l’atteste la nomination en août du chrétien grec-orthodoxe Daoud Rajha au poste de ministre de la Défense.

"Syndrome irakien"

Présents en Syrie depuis deux millénaires, les chrétiens craignent en fait pour leur avenir, d'autant plus qu’ils ont encore en mémoire le sort réservé aux chrétiens irakiens, victimes de persécutions après la chute de Saddam Hussein. Une crainte relayée par Pascal Gollnisch, qui parle de "syndrome irakien". "Autrefois relativement en sécurité sous le dictateur Saddam Hussein, qui ne leur était pas spécialement favorable mais qui les tolérait et les protégeait, les chrétiens d’Irak sont désormais à la merci de toutes les autres communautés, sunnites, chiites, druzes, qui ont toutes monté des milices."

Selon lui, la plus grande peur des chrétiens de Syrie est de voir "se lever un cycle de violence contre les minorités religieuses du pays". "Les chrétiens, comme toutes les minorités présentes dans le pays, sont vulnérables et redoutent un effondrement des structures sécuritaires de l’Etat", indique-t-il.

Un traumatisme qui expliquerait l’absence de manifestations et de slogans anti-régime dans les quartiers et les villages chrétiens, restés relativement calmes depuis le début de la révolte.

Dans ce grand pays multiconfessionnel, les chrétiens hésitent donc sur l’attitude à adopter. Inquiet de la tournure que peut prendre ce qu’il décrit comme "un conflit séculaire entre sunnites et chiites", Pascal Gollnisch estime qu’ils pourraient avoir un rôle à jouer dans les prochains mois. "L’armée étant uniquement dirigée par des alaouites proches d’Assad et les intellectuels n’étant pas assez puissants dans le pays, ce sont eux qui pourraient jouer le rôle de médiateur dans ce conflit."

Première publication : 14/12/2011

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