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Amériques

Monsanto : retour sur trois décennies de polémiques

Texte par Gaëlle LE ROUX

Dernière modification : 12/07/2013

Pour la première fois en France, un particulier a assigné en justice le géant agrochimique américain Monsanto. Il s'agit de la dernière affaire en date impliquant la firme américaine, qui défraie la chronique depuis trente ans.

Après le PCB, l’agent orange et les OGM, c’est désormais avec le Lasso que Monsanto défraie la chronique. Depuis le 12 décembre, le géant mondial de l’industrie phytosanitaire américain est poursuivi par un agriculteur français, Paul François, pour une intoxication aiguë qu’il impute à ce désherbant, aujourd’hui interdit dans l'Hexagone. L'agriculteur, qui a souffert de graves troubles neurologiques après avoir inhalé des vapeurs du produit par accident, accuse la firme d’empoisonnement.

Une nouvelle affaire qui n’est que la dernière d’une longue série de scandales rattachés au nom de Monsanto. Ses produits traînent en effet une réputation sulfureuse depuis plusieurs décennies, comme le démontre "Le Monde selon Monsanto", une enquête menée par la journaliste indépendante Marie-Monique Robin en 2008 et qui dresse un portrait au vitriol de la compagnie. Selon elle, Monsanto est coutumière des dissimulations de données, des falsifications de tests cliniques ou des rétentions d’informations relatives à des pollutions ou des empoisonnements aigus que ses produits auraient provoqués.

L’agent orange : un redoutable poison

La puissance du lobby Monsanto : l’exemple de la mise sur le marché des OGM

Lors de la mise sur le marché de semences OGM à la fin des années 1990, plusieurs voix au sein de la FDA - l’agence sanitaire américaine - ont souhaité que des études de dangerosité plus poussées soient menées. Elles n’ont pas été écoutées. Dans son documentaire, Marie-Monique Robin interroge Dan Glickman, ministre américain de l’Agriculture entre 1995 et 2000, sous Bill Clinton. "On aurait dû faire davantage de tests, mais les firmes ne voulaient pas, avoue-t-il. J’ai subi trop de pressions."

Également interrogé par la journaliste, Jeremy Rifkin, président de la Fondation pour les tendances économiques et auteur, à la fin des années 1970, d’un livre sur les dangers des manipulations génétiques, assure n’avoir "jamais vu une société qui ait une influence aussi déterminante et à un niveau aussi élevé sur les autorités que Monsanto avec ses OGM".

La première affaire impliquant l’entreprise remonte à 1978. Cette année-là, c’est son tristement célèbre "agent orange", un défoliant utilisé par l’armée américaine pendant la guerre du Vietnam, qui fait la Une des journaux. Plusieurs milliers de vétérans du conflit portent plainte contre Monsanto et six autres entreprises agrochimiques pour empoisonnement. Tous sont atteints de maladies graves - cancers, maladies de la peau, défaillances du système immunitaire…- imputées à la dioxine, composé chimique hautement toxique et présent en masse dans le défoliant. "Les dirigeants de Monsanto savaient que l’agent orange était contaminé à la dioxine, mais ils n’ont rien dit et ont même réalisé de fausses études scientifiques pour montrer qu’il n’y avait aucun lien avec le cancer", affirme Marie-Monique Robin dans une interview diffusée sur la chaîne franco-allemande Arte - après avoir soumis des études sponsorisées par Monsanto à des chercheurs indépendants. En 1984, Monsanto et six autres firmes agrochimiques ont fini par verser 180 millions de dollars à un fonds de compensation destinés aux soldats américains.

En 2004, une association vietnamienne a, à son tour, porté plainte contre les fabricants de l'agent orange. Mais elle a été classée sans suite. Au Vietnam, selon la Croix-Rouge, environ un million de personnes souffrent des conséquences d’intoxications aiguës à la dioxine : malformations congénitales, cancers, problèmes neurologiques, lésions nerveuses...

Pollution massive au PCB

Simultanément, une autre affaire vient entacher la réputation de la firme agrochimique. Cette fois, c'est le PCB, plus connu sous le nom de Pyralène en France ou d’Aroclor aux Etats-Unis, qui est au cœur de ce nouveau scandale. En 2002, Monsanto est reconnue coupable par la justice américaine d’avoir "pollué le territoire d’Anniston [une ville d’Alabama où la firme a fabriqué du PCB pendant près de cinquante ans] et le sang de sa population avec les PCB". Elle est condamnée à verser 700 millions d’euros de dommages et intérêts à ses habitants. L’enquête révèle en outre que Monsanto a agi en toute connaissance de cause, puisqu’elle met en lumière que la firme connaissait la dangerosité du PCB depuis…1937.

Pendant près de cinquante ans, Monsanto a donc déversé des eaux contaminées au PCB dans la rivière traversant la ville d’Anniston, sans tenir compte de la pollution massive de l’eau et des sols - désastreuse pour l’homme et l’environnement - que cela engendrait.

Intimidation et falsification d’études

Et plus le temps passe, plus les polémiques autour de Monsanto - que France 24 a cherché à contacter à plusieurs reprises, sans succès - se multiplient. Après l’hormone de croissance bovine - une substance inoculée aux vaches pour qu’elles produisent davantage de lait - dans les années 1990 , c’est le Roundup, désherbant le plus vendu au monde, qui a été pointé du doigt.

Comme la justice américaine onze ans plus tôt, la justice française a ainsi condamné Monsanto pour publicité mensongère en 2007, estimant que, dans son spot ventant les mérites du Roundup, la firme présentait à tort son désherbant comme biodégradable et sans danger pour l’homme... En 2009 ensuite, une plainte a été déposée devant le Conseil d’État français contre trois des 37 formules du produit commercialisées dans l’Hexagone. "La molécule glyphosate, qui entre dans la composition du Roundup, a été testée lors de la création du produit en 1974. Mais, depuis, la formule du désherbant a été modifiée par petites touches, sans jamais faire l’objet de nouvelles études d’impact. Du coup, on ne connaît pas l’effet des interactions entre les composants qui ont été progressivement ajoutés et le glyphosate", explique Jacques Maret, auteur de la plainte, "paysan bio" installé en Charente maritime (Centre ouest de la France), et trésorier de l'association Combat Monsanto.

Les nouveaux ennuis de Monsanto

Aujourd’hui, c’est avec l’arrivée sur le marché de ses semences transgéniques que la multinationale s’attire les foudres de plusieurs syndicats agricoles et associations écologistes. Selon eux, les organismes génétiquement modifiés (OGM) qui sortent des laboratoires de Monsanto auraient contaminé le patrimoine génétique de plants non modifiés artificiellement, du fait d’études d’impact bâclées. Pour les anti-OGM, l’innocuité de ces semences pour l’homme n’est pas prouvée. Des accusations que la firme américaine réfute sur son site, justifiant son recours aux biotechnologies en expliquant qu’il s’agit d’aider "les agriculteurs du monde entier à produire plus en préservant plus", dans un contexte de raréfaction des terres arables.

Pour autant, la polémique autour des OGM, comme le procès contre le Lasso intenté par le paysan charentais en début de semaine, ne devrait pas entamer la puissance financière et le quasi-monopole de Monsanto. En avril 2011, en effet, le géant américain a prévu un bénéfice net d'un1 milliard de dollars (700 millions d'euros) pour l'exercice en cours.

Quant à sa position de leader sur le marché des semences, elle n’est pas remise en cause. Au sein de l’association France Nature Environnement, l’optimisme n’est pas de mise : "Aujourd’hui, on peut encore se passer de Monsanto, assure Lionel Vilain, conseiller technique de l’association. Mais la firme règne avec un quasi-monopole sur le marché des semences transgéniques et conventionnelles. Elle partage le marché avec seulement quatre autres multinationales aux pratiques sûrement similaires aux siennes. La question est de savoir si, demain, on pourra faire sans ces multinationales."
 

Première publication : 16/12/2011

  • AGRICULTURE

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