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EUROPE

Échanges peu cordiaux entre Paris et Londres sur le triple A

©

Texte par Dépêche

Dernière modification : 16/12/2011

Le Premier ministre français, François Fillon, s'est efforcé d'apaiser les tensions avec Londres après une série de remarques acerbes venues de Paris et interprétées outre-Manche comme une remise en cause de la bonne santé économique du Royaume-Uni.

REUTERS - Le Premier ministre François Fillon a appelé vendredi le vice-Premier ministre britannique, Nick Clegg, pour tenter d’apaiser le Royaume-Uni, irrité par les commentaires peu obligeants sur son économie venus de Paris.

Nick Clegg a déclaré après cet entretien que les récents propos de membres du gouvernement français sur l’économie britannique étaient "inacceptables" et a prié Paris de baisser le ton.

Le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, est entré vendredi dans le débat en se disant "très préoccupé" par les échanges récents entre Paris et Londres et en affirmant que la crise de la zone euro était "loin d’être résolue".

Les propos tenus jeudi à Sao Paulo par François Fillon ont été interprétés par la presse britannique comme un questionnement du "triple A", la meilleure possible, dont jouit la dette souveraine britannique.

"La crise n’est pas finie et il est probable que nous ayons encore à affronter des secousses", a notamment déclaré le chef du gouvernement français.

"Les marchés et les agences de notation ont leur logique. Ils sont, dans l’immédiat, dans l’instantané. Mais ce qui importe, ce n’est pas leur jugement d’un jour, c’est la trajectoire politiquement structurée et budgétairement rigoureuse que l’Europe, que la France ont décidé d’adopter", avait-il ajouté.

"Baisser le ton"

Le Premier ministre "ne voulait en aucun cas remettre en cause la notation du Royaume-Uni", déclare-t-on vendredi dans son entourage.

Ses propos concernaient davantage la politique des agences de notation et visaient à militer pour davantage de gouvernance de la zone euro, ajoute-t-on de même source.

Nick Clegg, chef de file des libéraux-démocrates britanniques, n’a pas tardé à réagir après sa conversation téléphonique avec François Fillon.

"Le vice-Premier ministre a accepté son explication mais a fait comprendre que les récentes remarques émanant de membres du gouvernement français au sujet de l’économie britannique étaient tout simplement inacceptables et que des mesures devaient être prises pour baisser le ton", lit-on dans un communiqué de ses services.

Le "triple A" de tous les pays de la zone euro qui en jouissent est placé sous surveillance par les agences de notation, qui ne menacent en rien la note maximale dont jouit la dette souveraine britannique.

La France a fait vendredi un pas de plus vers une dégradation de sa note quand l’agence de notation Fitch l’a placée sous surveillance négative.

Baroin met de l'huile sur le feu

Londres a sa propre monnaie et la Banque d’Angleterre peut, au contraire de la Banque centrale européenne actuellement, agir comme prêteur en dernier ressort, ce qui protège pour l’instant la Grande-Bretagne des foudres des agences de notation.

L’option diplomatique de Londres, qui a pris la décision de rester à l’écart du projet de traité européen sur la stabilité budgétaire négocié la semaine dernière à Bruxelles, alimente en outre les tensions avec les pays de la zone euro, et en particulier la France.

Le ministre français de l’Economie, François Baroin, n’a rien fait pour apaiser le climat entre les deux pays en estimant vendredi qu’il valait mieux être français que britannique dans la crise économique qui ébranle l’Europe.

Le ministre s’exprimait sur Europe 1 après une attaque en règle du gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, sur les agences de notation, auxquelles il a reproché de ne pas regarder les données fondamentales de l’économie, prenant l’exemple selon lui très noir du Royaume-Uni.

François Baroin s’est adressé implicitement au gouvernement de David Cameron.

"On n’a pas de leçons à donner, mais on n’a pas de leçons à recevoir. On en a reçu quelques-unes mais c’est vrai que la situation économique de la Grande-Bretagne, elle est aujourd’hui très préoccupante, et qu’on préfère être français que britannique en ce moment", a dit le ministre français.

Le président de l’Autorité des marchés financiers (AMF), Jean-Pierre Jouyet, a estimé que les Britanniques reviendraient dans le jeu européen après "une erreur de négociation".

"Le Premier ministre britannique, ayant été mal conseillé lors de cette nuit à Bruxelles, s’est aperçu qu’il avait fait une erreur de négociation, donc les Britanniques reviennent dans le jeu", a-t-il estimé sur Europe 1.

"Ils vont, comme on le dit, s’asseoir à la table, ne pas avoir à voter, mais dans ces cas-là, on vote rarement. Donc, ça va être à 26 ou à 27, mais ce sera avec les Britanniques", a-t-il ajouté.
 

Première publication : 16/12/2011

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