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Economie

L’immobilier, talon d’achille de la croissance chinoise

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 20/12/2011

Le géant chinois, qui semblait épargné par les crises économiques, montre des signes de fébrilité. Une bulle immobilière serait sur le point d’éclater mettant en péril l’un des secteurs qui a porté la croissance depuis les années 2000.

Il faut de tout pour faire une crise économique mondiale. Après la zone euro et ses dettes souveraines, les États-Unis et son déficit gargantuesque, la Chine commence à son tour à inquiéter dirigeants politiques et économiques. Le pays aux taux de croissance “insolents” de ces dernières années (plus de 10 % par an) serait sur le point d’entrer dans une zone de turbulences dues, en partie, à une bulle immobilière sur le point d’éclater. L’économiste américain Paul Krugman, célèbre pour ses billets d’opinion dans le New York Times,  se demande même si la Chine ne va pas s’effondrer.

Les signes d’une crise dans la pierre se multiplient. Alors que les prix de l’immobilier dans les grandes villes augmentaient depuis début 2009, le groupe Homelink a noté en novembre une chute de la valeur du mètre carré à Pékin de 35 %, par rapport à octobre. Un autre spécialiste du secteur, Centaline, relève que le stock d’appartements vides dans la capitale et à Shanghaï n’a jamais été aussi élevé depuis 2008.

Au-delà des chiffres, les tensions sur le marché immobilier ont commencé à créer des remous. Lorsque des constructeurs de villas de luxe à Shanghaï ont décidé de baisser, début décembre, de 30% le prix de leurs biens, les récents acquéreurs de ces résidences haut de gamme, qui avaient eux payé le prix fort, ont demandé à être remboursés, rapportait le 14 décembre dernier le quotidien britannique The Daily Telegraph. 

Bulle dégonflée ou éclatée ?

Cette surchauffe de l’immobilier est largement due “aux spécifités du système financier chinois”, explique à FRANCE 24 Françoise Lemoine, spécialiste de l’économie chinoise au Centre d'études prospectives et d'informations internationales (Cepii). “Les ménages qui ont de l’argent de côté n’ont pas vraiment d’autres moyens que de le placer dans l’immobilier”, précise-t-elle. Les comptes d’épargne, dont les taux d’intérêt sont inférieurs à ceux de l’inflation, ne sont en effet pas attirants et la plupart des Chinois n’ont pas l’opportunité de placer leur argent à l’étranger.

Pour contrer cette course spéculative à la pierre, le gouvernement a pris, depuis 2010, des mesures de resserrement du crédit. Il faut dorénavant avoir un apport personnel plus important pour bénéficier d’un crédit pour l'achat d'un deuxième appartement. Les taux d’intérêt pour emprunter ont également augmenté. Des initiatives qui commencent à produire leurs effets. Reste à savoir si la baisse constatée des prix est le signe d’un dégonflement maîtrisé de la bulle ou d’un effondrement.

Or, la nuance est de taille car l’immobilier représente 10,2 % du PIB chinois. En cas de crise profonde du secteur, les effets ne se limiteraient pas aux promoteurs immobiliers et aux quelques riches Chinois capables de s’acheter des appartements aux prix actuels du marché à Pékin ou Shanghaï mais frapperaient aussi les producteurs des matières premières nécessaires à la construction.  Et les conséquences dépasseraient même les frontières chinoises. “Elles se feraient également ressentir dans les pays en voie de développement exportateurs de matières premières”, souligne Françoise Lemoine. C'est le cas du Brésil et de ses mines de fer, du Chili et de son cuivre ou encore de la Russie qui exporte du bois à la Chine.

Un phénomène localisé ?

L’effondrement du secteur fragiliserait également les gouvernements des provinces, dont près de 40 % des revenus proviennent de la vente de terres. “Le système fiscal chinois favorise le gouvernement central et les autorités locales ont cherché dans l’immobilier des sources de revenus supplémentaires”, explique Françoise Lemoine. Si le prix des terrains baisse trop fortement, ces administrations, souvent lourdement endettées, se retrouveront rapidement dans une situation financière délicate.

Mais cette bulle immobilière concerne “surtout les grandes villes côtières et beaucoup moins la Chine intérieure”, poursuit Françoise Lemoine, qui préfère évoquer plusieurs bulles localisées. Il ne s’agit donc pas, d’après cette spécialiste, d’un phénomène national comme aux États-Unis lors de la crise des subprimes. La baisse des prix dans l’immobilier contribuera à ralentir la croissance chinoise mais l’économie devrait néanmoins croître de 8 % en 2011. Surtout, pour la spécialiste, la fin de la folie immobilière pourrait permettre d’accélerer le rééquilibrage entre les provinces côtières, jusqu’alors symbole de la croissance de l’ex-Empire du milieu, et la Chine intérieure.

Première publication : 20/12/2011

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