Dernière modification : 30/12/2011
- Justice - Liban - Terrorisme
Georges Ibrahim Abdallah, terroriste sans pardon
Malgré la fin de la période de sûreté assortie à sa peine en 1999, Georges Ibrahim Abdallah, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour acte terroriste en 1987, est toujours derrière les barreaux.
Par Marc DAOU (texte)
Une semaine jour pour jour après une nouvelle condamnation du terroriste Carlos par la justice française, une autre figure de l’activisme radical pro-palestinien des années 1980 a refait parler d'elle. Par procuration.
Le 22 décembre dernier, plusieurs dizaines de manifestants s’étaient rassemblés devant le ministère de la Justice, à Paris, pour réclamer la libération de Georges Ibrahim Abdallah, l’ex-dirigeant des Fractions armées révolutionnaires libanaises (FARL) détenu au centre pénitentiaire de Lannemezan, dans le sud-ouest de la France.
Ressortissant libanais âgé de 60 ans, Georges Ibrahim Abdallah est incarcéré en France depuis 1984, alors que la période de sûreté assortie à sa peine a pris fin en 1999. Au terme d’un procès très médiatisé, il avait été condamné en 1987 à la réclusion criminelle à perpétuité pour complicité d'assassinat de l’attaché militaire de l'ambassade américaine Charles Ray et du diplomate israélien Yacov Barsimentov, abattus à Paris en 1982, ainsi que pour complicité dans la tentative d'assassinat de Robert O. Homme, consul américain à Strasbourg. Des crimes revendiqués par les FARL et commis en réponse au conflit israélo-palestinien.
"Qu’on le renvoie chez lui au Liban"
Loin d’appartenir à son comité de soutien, Yves Bonnet, préfet honoraire, ancien directeur de la Direction de la surveillance du territoire (DST) et fondateur du Centre international de recherches et d’études sur le terrorisme (CIRET), a contribué à la traque de l’homme avant son arrestation à Lyon en 1984. Interrogé par FRANCE 24, l’ex-patron du contre-espionnage français (1982 à 1985) se prononce pourtant en faveur de sa libération. "Cette injustice a assez duré, elle a même dépassé les limites du raisonnable, plus rien ne justifie son incarcération, qu’on le mette dans un avion et qu’on le renvoie chez lui au Liban, où les autorités sont disposées à l’accueillir".
Jusqu’à ce jour, sept demandes de libération conditionnelle ont été déposées par l'ancien professeur du Nord-Liban devenu "combattant communiste révolutionnaire et antisioniste" tel qu’il se définit lui-même.
Mais en vain. Si en novembre 2003, la juridiction régionale de libération conditionnelle de Pau autorise sa libération, le Garde des Sceaux, Dominique Perben, demande alors au parquet de faire appel de cette décision, jugeant le cas du Libanais "extrêmement grave". Il sera entendu et Abdallah restera en prison.
Sa dernière requête en date, en mai 2009, a été rejetée par la cour d'appel de Paris qui a argué que le détenu, un "activiste résolu et implacable", risquait de reprendre son combat révolutionnaire en cas d'expulsion vers le Liban. Elle s’est ainsi appuyée sur la loi sur la rétention de sûreté promulguée en 2008 qui vise à maintenir enfermés les prisonniers qui, "à l’issue d’un examen de leur situation intervenant en fin de peine", présentent un risque élevé de récidive. Contacté par FRANCE 24, le ministère de la Justice n’a pas souhaité commenter "des décisions de justice émanant de juges indépendants".
"Un otage du gouvernement français"
Les proches d’Abdallah et son comité de soutien composé de militants anti-impérialistes, de marxistes et d’antisionistes n’ont eu de cesse de dénoncer vigoureusement un acharnement judiciaire contre "un otage du gouvernement français", qu’ils n’hésitent pas à comparer à un célèbre prisonnier politique, le Sud-Africain Nelson Mandela.
De son côté, l’avocat d’Abdallah, Me Jacques Vergès, dénonce l’ingérence des États-Unis dans l’affaire. Partie civile au procès de 1986, le gouvernement américain opposerait à la justice française, selon l’avocat, un "veto intolérable" à la libération de son client. En 2007, Me Vergès avait d’ailleurs conclu une plaidoirie en demandant à la justice française "de signifier à nos condescendants amis américains que la France n’est pas une fille soumise, en un mot une putain". Le 22 décembre dernier, place Vendôme, les manifestants usaient du même argument, scandant en cœur "Justice française à la botte des sionistes et des Américains!".
Yves Bonnet estime d'ailleurs que Washington et Tel-Aviv militent encore pour que l’ex-dirigeant des FARL ne recouvre pas la liberté. "La France a subi tout au long de cette affaire d’énormes pressions diplomatiques pour que celui qui a assassiné non pas des diplomates mais en réalité un agent de la CIA et un membre du Mossad (services secrets israéliens) reste en prison", précise-t-il.
Le Hezbollah, le parti chiite qui domine actuellement la scène politique du pays du Cèdre, appelle fréquemment Paris à libérer le ressortissant libanais, et Beyrouth a déjà réclamé "un de ses fils opprimés".
"La France n’a pas tenu sa parole"
À la fin des années 1990, Yves Bonnet s’est personnellement rendu au Syndicat de la magistrature pour plaider la cause d’un homme qui doit le "maudire" du fond de sa cellule. "J’ai été reçu par quatre magistrats qui m’ont prêté une oreille attentive avant de m’éconduire poliment, regrette-t-il. Ils m’ont expliqué qu’une prétendue conversion à l’islam de Georges Ibrahim Abdallah avait fait de ce chrétien un dangereux propagandiste islamiste, ce qui rendait sa libération impossible".
L’ex-directeur de la DST est d’autant plus "mal à l’aise" qu’il avait obtenu, en 1985, un accord pour échanger Georges Ibrahim Abdallah contre le diplomate français Gilles Peyrolles, kidnappé en mars de la même année au Liban par les FARL. Le jeune conseiller culturel est finalement libéré début avril contre la promesse d'une expulsion vers l'Algérie. "L’otage a été libéré, mais Abdallah est resté en prison. On s’est conduit comme des voyous, la France n’a pas tenu parole, bien que j’étais pour ma part, personnellement disposé à la tenir", conclut-il.
Dans un article publié par le Figaro en janvier 2011, Georges Malbrunot, journaliste spécialiste du Moyen-Orient écrivait que certains défenseurs de Georges Ibrahim Abdallah avaient adressé des mises en garde au gouvernement français, faisant craindre d'éventuels enlèvements de ses ressortissants à Beyrouth. "L'affaire Clotilde Reiss a montré à certains Libanais qu'il était possible de récupérer un détenu en pratiquant le chantage", prévenait un journaliste proche du Hezbollah, cité dans l’article.





























Commentaires (14)
Cela ne fera pas revivre.....
C'est facile, toujours la même litanie, cela ne fera pas revivre les victimes. Je me demande toujours si cela arrivait à ceux qui tiennent ce langage, que leur fils, fille, épouse ou parents soient tués par de tels assassins, que diraient-ils ? Cela ne fera pas revivre le membre de ma famille assassiné ? C'est facile de le dire pour les autres et surtout quand il s'agit d'un américain ou d'un israélien ; du moment qu'il ne soit déjà pas français ?
Condamnation à perpétuité ? C'est quoi la perpétuité
Il a tué par 2 fois, n'est-ce pas assez ? Il serait facile à la France de le renvoyer chez lui au Liban afin qu'il recommence à tuer des israéliens ; du moment que ce ne soit pas des français, c'est tout ce qui compte. Il a été condamné à perpétuité (aux USA, cela signifie qu'il ne sortira plus jamais de cellule); en Europe et en France en particulier, la perpétuité signifie 20 ans, souvent ramené à 7 pour bonne conduite. En attendant, dans ce cas-ci, 2 personnes sont mortes à perpétuité ; LA VRAIE.
georges Ibrahim Abdallah
Il est important de libèrer Georges Ibrahim, la France n'est pas Guatanamo,
n'est pas l'Amérique de Busch, après, je ne suis pas assez connaisseuse pour savoir ce que Georges risque en étant renvoyé au liban, mais il y a d'autres pays qui pourrait l'acceuillir, le Vatican, l'Algérie et autre.
Un grand salut pour Georges,
Un grand salut pour Georges, un homme libre qui ne s'incline pas devant les pressions. Honte à la France, pays des lumières, influencée par les pressions diplomatiques américano-sionistes.
Le tiers-monde est avec toi !
je suis d'accord avec bruno
Pourquoi on ne ne s'insurge pas suffisamment contre les plus importants criminels que sont le Mossad et la CIA.Quand ceux là tuent des millions de civils pour "protéger" l'intérêt de leur pays, on en parle à peine. Il faut arrêter d'avoir deux poids deux mesures.
S'il faut condamner des actes criminels, il faut tous les condamner. Dans ce cas,tous les membres de l'ancien gouvernement de bush, qui ont tué plus d'un million d'irakiens et les membres du gouvernement de netanyahu, qui bafouent les droits fondamentaux des palestiniens, doivent comparaître devant les tribunaux internationaux. Sinon, il n'y a pas de justice égale pour tous.
A propos du terrorisme
Salut,
Je crois a la liberte d'expression. Mais je remarque que la parole est donnee a des gens qui luttent pour des causes non justes telles le cas du terrorisme (religieux). Je pense que cela encourage de tels agissements, donc dangereux pour l'espece humaine.
Sarko veut créer des emplois"rafales finish"armes idem,
il a un bégue au quai d'ormou,il s'appelle B Valéro et les journalistes doivent bien rigoler,chef d'équipes pour poubelles.Sarko a des ministres qui doivent se poser des questions...Les Franchouillards on voté quoi????
Difficile de juger !
Quand on sait que sa terre a été dévastée par la guerre mais au moins cet homme ASSUME Quant à ces soi-disants meurtres il s'agit plus d'une guerre de l'ombre dans laquelle excelle le mossad et la cia qui ne se gêne pas pour tuer éliminer exécuter soutenir des coups d'état et des dictateurs EN TOUTE IMPUNITE !!!
Comparaisons abusives
Je ne préjuge pas de la pertinence ou non de sa libération mais je trouve ces comparaisons effarantes! Comment peut on comparer Nelson Mandela et Clothilde Reiss à un assassin (même s'il a commis des crimes dans le cadre d'un conflit géo-politique)? Tout ceci montre la perte totale de raison des pro-palestiniens (on pourrait dire la même chose d'une partie des pro-israeliens d'ailleurs).
Période de sûreté
Il est condamné à perpétuité. Point barre. La période de sûreté est seulement le temps pendant lequel un condamné ne peut pas être libéré. Ensuite, il PEUT être libéré, mais rien n'y oblige: c'est un abus de dire "qu'il a fait son temps". Bien d'autres prisonniers sont dans son cas. Il faut lutter contre cette dérive, sinon un condamné à perpète avec période de sûreté de 5 ans sortirait au bout de 5 ans: ridicule!
mais enfin!!
quand la politique s'en mêle, on aurait tendance à oublier qu'il a abattu deux hommes de sang froid! Que les victimes soient de n'importe quelle nationalité, elles ne pourront être rendues à la vie. Alors que l'assassin reste en prison! Bonne année 2012 aux lecteurs et à France24
Il me semble qu'en droit,
Il me semble qu'en droit, c'est un assassin. Les faits qui lui sont repprochés sont tout de même d'une particulière gravité. Je trouve les arguments des magistrats objectifs. On peut tout à fait avoir des convictions politiques sans pour autant devenir un assassin. Et si ses convictions politiques impliquent nécessairement de tuer des gens, je veux bien qu'il reste en prison. S'il ne remet pas du tout en question sa manière de faire de la politique, et bien les magistrats, en retour, ne remettent pas du tout en question leur décision de le garder enfermé. Ce qui me semble être objectivement une sage décision.
Sa liberté effacera t-elle ses actes ?
et ramènera t-elle à la vie les personnes assassinées ?
Je trouve les arguments de la
Je trouve les arguments de la justice française vraiment déplorables et honteux et qui en disent long sur la question d'une justice indépendante, surtout lorsque la jurisprudence n'applique pas un des principaux principes du droit qui est l'objectivation du droit, c'est-à-dire que la jurisprudence doit considérer les faits dommageables en n’intégrant aucune appréciation d’ordre moral ou éthique. Elle doit seulement interpréter les faits en droit. Or on voit clairement la subjectivité des arguments des magistrats lorsqu'ils arguent le fait que sa conversion à l'islam pourrait le rendre "un dangereux propagandiste islamiste".
Le fait pour cet homme d'être pro palestinien et antisioniste doit être compréhensible surtout lorsque l'armée israélienne a bombardé son pays,en faisant des milliers de morts et de blessés civils. Mais il est clair qu'aucune réprimande ou contestation violente ou d'ordre criminelle ne doit être justifiée et considérée comme légitime.
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