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Téhéran peut-il vraiment verrouiller le détroit d'Ormuz ?

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Charlotte BOITIAUX

Dernière modification : 30/12/2011

L'Iran menace de fermer le détroit d’Ormuz, carrefour stratégique par lequel transite plus de 40% du fret pétrolier mondial, si les Occidentaux viennent à sanctionner ses exportations d'hydrocarbures. Intimidation ou réelle menace ?

Le monde flirte-t-il avec le spectre d’un nouveau choc pétrolier ? C’est en tout cas la menace brandie par l’Iran depuis que les Occidentaux - États-Unis, France, Royaume-Uni et Allemagne en tête - envisagent d’imposer un embargo sur ses exportations de brut pour forcer la République islamique à stopper son programme nucléaire. L'Iran est en effet soupçonné de vouloir se doter de l'arme atomique.

Une énième opération d'intimidation de la communauté internationale qui, loin de convaincre l’Iran à venir s’asseoir à la table des négociations, l’a plutôt fait sortir de ses gonds. Le premier vice-président iranien Mohammad Reza Rahimi a prévenu mardi 27 decembre que son pays n’hésiterait pas à fermer le détroit d'Ormuz - un des corridors les plus stratégiques de la planète par lequel transitent près de 40% du trafic maritime pétrolier mondial - si les pays occidentaux mettaient leurs sanctions à exécution.

"Fermer le détroit est très facile pour les forces armées iraniennes […]. Il est complètement sous [notre] contrôle […]. [Le fermer], c'est comme boire un verre d'eau, comme on dit en persan", a déclaré mercredi 28 décembre l’amiral Habibollah Sayyari à la télévision en langue anglaise Press-TV.

Le détroit d'Ormuz

Esbroufe iranienne

Non seulement cette déclaration a fait souffler un court vent de panique sur les marchés pétroliers - provoquant mardi un pic à 100 dollars le baril à la Bourse de New York - mais il a aussi rapidement fait monter la tension dans le Golfe persique.

L’Iran a-t-il vraiment les moyens de mettre sa menace à exécution ? Rien n’est moins sûr, estime Bernard Hourcade, spécialiste de l’Iran et directeur de recherche au CNRS, pour qui Téhéran joue le jeu de l’esbroufe. Premièrement, explique-t-il, la République islamique n’a aucun droit particulier sur ce long couloir maritime. "Le statut du Golfe persique est assez singulier, les conditions de circulation dans ses eaux sont spécifiques et codifiées. Tous les pays ont le droit de transiter par le détroit d’Ormuz", rappelle le spécialiste.

Un argument que la France tente de faire entendre dans cette "guerre du pétrole". "Le détroit d'Ormuz est un détroit international. En conséquence, tous les navires, quel que soit leur pavillon, bénéficient du droit de passage en transit, conformément à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, adoptée en 1982, et au droit international coutumier de la mer", a ainsi mis en garde le ministère des Affaires étrangères français. Ne pas respecter le droit international contribuerait à isoler encore davantage l'Iran dans la région et à bloquer un couloir que l'Arabie saoudite, le Koweït ou encore le Qatar empruntent régulièrement.

Capacité d’agression faible

Surtout, insiste Bernard Hourcade, l’Iran se tirerait une balle dans le pied s’il persistait dans ses bravades. En dépit de ses récentes manœuvres navales autour du détroit "pour montrer ses muscles" et même si le pays dispose d’une marine développée - et d'un arsenal militaire non négligeable comprenant notamment des mines -, "sa capacité d’agression reste limitée face à la force américaine", analyse le chercheur. Qui ajoute : "Nous sommes dans la gesticulation diplomatique, dans une guerre psychologique dont le perdant est facilement identifiable."

Les États-Unis maintiennent dans le Golfe une présence navale puissante, avec notamment la Cinquième flotte, basée à Bahreïn. Les capacités des Américains, alliées à celles des autres puissances étrangères, sont "largement supérieures à celles de l’armée iranienne", estime Bernard Hourcade. Une supériorité dont a pleinement conscience Washington. "Aucune perturbation du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz ne sera tolérée", a déclaré George Little, un porte-parole du Pentagone. Une menace, qui, elle, pourrait se transformer en une mise à mort militaire en cas de représailles de Téhéran. "Il ne faudrait pas plus de quelques heures aux États-Unis pour débloquer le détroit", renchérit le spécialiste.

Pas étonnant toutefois que Téhéran ait décidé de frapper du poing sur la table. Quatrième exportateur mondial d’or noir, l’Iran ne peut, en effet, se permettre de faire une croix sur les recettes de ses exportations de brut. "La République islamique exporte 2,2 millions de barils par jour, ce qui rapporte près de 100 milliards de dollars de pétrole par an", rappelle Siaviosh Ghazi, correspondant de l’AFP à Téhéran, contacté par France 24. Le pays vend principalement son or noir aux pays émergents comme la Chine et l'Inde ainsi qu'au Japon - des pays fortement dépendants du pétrole étranger. "L’embargo aurait de lourdes conséquences financières, le pétrole est vital pour le pays", conclut le journaliste.

 

Première publication : 29/12/2011

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