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Asie - pacifique

"L'ouverture d'un bureau politique des Taliban à Doha peut résoudre la question afghane"

Vidéo par Antoine MARIOTTI

Texte par Ségolène ALLEMANDOU

Dernière modification : 06/01/2012

Après dix années de conflit en Afghanistan, les Taliban sont en passe d'ouvrir une représentation politique à Doha, au Qatar. Une initiative inédite qui devrait ouvrir la voie à des négociations de paix. Décryptage.

En afghanistan, les attaques continuent

Mardi 3 janvier, les Taliban ont revendiqué un attentat-suicide qui a tué cinq personnes, dont quatre enfants, dans leur ancien fief de Kandahar (sud). Une autre attaque a fait, elle, dix victimes dans la même ville.

Il s’agit du premier signe officiel d’ouverture des Taliban afghans. Après dix ans de conflit avec les forces de l'Otan déployées dans le pays et le gouvernement de Kaboul, les islamistes radicaux se sont dits "prêts", mardi 3 janvier, à ouvrir un bureau politique hors d'Afghanistan dans le but d'amorcer des négociations de paix.

"Alors que nous avons une forte présence à l'intérieur [de l'Afghanistan], nous sommes prêts à disposer d'un bureau politique à l'extérieur pour [participer à] des négociations", ont-ils fait savoir dans un communiqué publié sur le site "Voix du djihad", un de leurs canaux habituels de diffusion d'informations.

La coalition internationale présente dans le pays depuis 2001, qui compte aujourd'hui quelque 130 000 hommes, a commencé l'an dernier à retirer ses troupes. Leur retrait total est prévu pour la fin de 2014.

Pour Mathieu Guidère, professeur à l'université de Toulouse-II et spécialiste du monde arabo-musulman, auteur de "Le Choc des révolutions arabes", la déterritorialisation du dossier peut être une première étape vers la résolution de la question afghane.

 

FRANCE 24 - Pourquoi les Taliban décident-ils aujourd'hui d'ouvrir un bureau politique à l’étranger ?

Mathieu Guidère - Le processus de réintégration des Taliban sur la scène politique afghane s’explique par un contexte favorable. D’abord, les Occidentaux ont compris, après dix années de guerre, qu’il n’y aurait pas de paix durable en Afghanistan sans les Taliban. À cela s’ajoute aussi le contexte du printemps arabe qui a modifié la donne politique avec l’arrivée au pouvoir de partis islamistes dans le monde musulman. 

Le climat est donc devenu favorable à des prises de contact entre les Taliban et les États-Unis, qui ont sérieusement débuté il y a trois mois, avec l’aide de l’Allemagne et du Qatar. Pour permettre l'établissement d'un bureau de représentation à l'étranger, les Taliban ont accepté trois conditions : l’arrêt des attaques contre la population civile [voir encadré], la rupture de tout lien avec Al-Qaïda en Afghanistan et au Pakistan, et le respect de la Constitution afghane.

Au delà de cet accord initial, il reste maintenant d’autres modalités pratiques à gérer avant l'ouverture des négociations. Les Taliban ont notamment demandé la libération de prisonniers du centre de détention américain de Guantanamo ou encore l'indemnisation des familles de victimes d'attaques de la coalition.

F24 - Le bureau de représentation des Taliban doit être basé à Doha, au Qatar, même si la Turquie et l'Arabie saoudite ont un temps été évoquées. Pourquoi l'émirat a-t-il été choisi ?

M. G. - Doha a remporté la mise car le Qatar a joué un rôle important dans l'aboutissement de l'accord initial entre les Taliban et les États-Unis. Depuis plusieurs années, l'émirat développe une diplomatie de médiation qui remporte un franc succès, comme l'a montré récemment la résolution du conflit entre Khartoum et le Soudan du Sud. À travers ce rôle, l'émirat entend offrir une alternative à l’Arabie saoudite en matière de médiation dans les pays islamiques.

F24 - Doit-on voir dans cette initiative une avancée positive pour la paix en Afghanistan, même si le gouvernement de Kaboul ne participe pas, pour l'heure, aux négociations ?

M. G. - Je pense que c’est un pas très positif vers la fin du conflit. Comme aucune solution locale n’a été concluante, déterritorialiser le dossier peut peut-être résoudre la question afghane.

Le gouvernement de Kaboul n’a certes pas participé aux premières négociations, mais le Haut Conseil pour la paix en Afghanistan, une instance composée d’intellectuels et de notables reconnue par le gouvernement, avait donné son accord en posant les mêmes conditions que les Occidentaux.

Première publication : 04/01/2012

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