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Un ancien chef d'état-major emprisonné pour complot

©

Texte par Dépêche

Dernière modification : 06/01/2012

L'ancien chef d'état-major des armées, le général Ilker Basbug, a été placé en détention préventive ce vendredi. Il est accusé d'avoir voulu renverser le gouvernement. Il s'agit du plus haut gradé jamais arrêté en Turquie.

AFP - L'ex-chef d'état-major des armées turques, le général à la retraite Ilker Basbug, a été placé en détention préventive tôt vendredi accusé d'avoir voulu renverser le gouvernement, dernier épisode du conflit de pouvoir opposant l'armée aux dirigeants politiques islamo-conservateurs.

"Le 26ème chef d'état-major de la République turque a malheureusement été placé en détention préventive pour avoir appartenu et dirigé une organisation terroriste et avoir tenté de renverser le gouvernement", a déclaré Me Ilkay Sezer, l'avocat du militaire, cité par l'agence de presse Anatolie.

Plusieurs dizaines d'officiers --en activité ou à la retraite-- ont été emprisonnés au cours des dernières années dans le cadre de plusieurs enquêtes sur des complots supposés visant le gouvernement, mais il s'agit de la première arrestation d'un ancien numéro un de l'armée.

L'armée se considère comme le défenseur du régime laïque turc, et a renversé quatre gouvernements en 50 ans, dont en 1997 celui du Premier ministre islamiste Necmettin Erbakan, l'ancien mentor de l'actuel chef de gouvernement Recep Tayyip Erdogan.

Le général Ilker Basbug, qui a quitté l'état-major et a pris sa retraite en 2010, a été convoqué jeudi par le ministère public à Istanbul en qualité de suspect dans une enquête sur une campagne visant à discréditer le Parti gouvernemental de la Justice et du développement (AKP).

Au terme de sept heures d'interrogatoires, Ilker Basbug a été déféré devant un tribunal avec une demande de placement en détention. Il a ensuite été transféré à la prison de Silivri, où sont emprisonnés de nombreux prévenus accusés de complot, a rapporté l'agence Anatolie.

L'enquête suit plusieurs ramifications, notamment des accusations selon lesquelles des officiers auraient créé des sites internet pour diffuser une propagande antigouvernementale et déstabiliser la Turquie.

Dans sa déposition, le général a rejeté les accusations et jugé la situation "tragicomique", a indiqué Anatolie.

"Devoir faire face à de telles accusations est pour moi la pire des punitions. Après ça, quelle que soit la peine à laquelle on me condamnera, cela ne me touchera pas", a-t-il déclaré devant les procureurs, selon l'agence.

"Si j'avais eu de telles mauvaises intentions, en tant que commandant ayant le contrôle d'une force de 700.000 hommes, il y aurait eu d'autres moyens pour agir", a-t-il ajouté.

L'avocat du militaire a indiqué qu'il allait demander la libération de son client et demander à ce qu'il soit jugé par la Cour suprême --nom pris par la Cour constitutionnelle lorsqu'elle juge les hauts dirigeants de l'Etat-- au lieu d'un tribunal de droit commun.

Les enquêtes sur des tentatives de putschs, connues sous l'appellation générique d'"affaire Ergenekon" sont, selon les observateurs, révélatrices de la lutte d'influence que se livrent l'armée, qui se veut garante des principes de la laïcité, et l'AKP, dont les racines plongent dans l'islam politique.

L'opposition pro-laïcité a critiqué vendredi la décision du tribunal.

"J'ai déjà dit que les tribunaux d'exception ne rendent pas la justice mais entérinent les décisions prises par l'autorité politique. Je maintiens cette opinion", a déclaré à des journalistes à Ankara le président du Parti républicain du peuple (CHP), cité par Anatolie.

La presse était partagée sur le sens à donner à cet événement.

"Le simple fait qu'Ilker Basbug, qui autrefois désignait d'un geste du doigt là où la justice doit s'arrêter, soit interrogé indique un changement de système", se réjouissait vendredi Mahmut Övür dans le quotidien pro-gouvernemental Sabah.

Le quotidien à grand tirage Hürriyet se demandait toutefois si la justice interviendrait demain avec la même vigueur pour défendre la société contre d'éventuelles exactions de l'AKP, dont l'autoritarisme croissant inquiète de nombreux observateurs.
 

Première publication : 06/01/2012

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