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Afrique

Un an après la révolution, la colère gronde toujours dans la région de Gafsa

©

Texte par Marc DAOU

Dernière modification : 08/01/2012

Près d’un an après la chute du régime Ben Ali, les problèmes sociaux des Tunisiens restent plus que jamais d'actualité. Dans la région de Gafsa, l'une des plus pauvres du pays, nombreux sont ceux qui craignent une deuxième révolution.

"Chômage, désespoir et pauvreté". Près d’un an après la chute du régime Ben Ali, qui sera commémorée le 14 janvier, les problèmes sociaux des Tunisiens restent plus que jamais d’actualité, notamment dans la région de Gafsa (centre-ouest), l'une des plus déshéritées du pays. Un comble pour un territoire très riche en phosphate, qui fait de la Tunisie le cinquième producteur mondial de ce minerai.

Jeudi 5 janvier, un demandeur d’emploi âgé de 48 ans s'est aspergé d’essence avant de s’immoler devant le siège du gouvernorat de Gafsa, où il faisait, avec d'autres chômeurs, un sit-in depuis plusieurs jours pour protester contre leur situation. Ammar Gharsalla avait demandé, en vain, à rencontrer une délégation composée de trois ministres venus s’enquérir des problèmes de cette région minière, secouée par des mouvements sociaux, notamment depuis quelques mois.

Un printemps infructueux
 
Gravement brûlé, Gharsalla a été transféré dans un état critique dans un centre hospitalier de la banlieue de Tunis. Jeudi, après son immolation, des heurts ont éclaté entre plusieurs centaines de jeunes et des forces de l'ordre. Si le calme est revenu ce vendredi à Gafsa, selon Ammar Amroussia, militant des droits de l’Homme et porte-parole du Parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT), joint au téléphone par FRANCE 24, "les gens sont toujours très inquiets ici, car la situation risque de dégénérer si jamais Ammar Gharsalla décède".
 
Le geste désespéré de ce père de famille n’est pas sans rappeler celui de Mohamed Bouazizi, le jeune marchand ambulant qui s'était immolé le 17 décembre 2010 à Sidi Bouzid. Cet acte est considéré comme l’élément déclencheur de la révolution tunisienne, et par extension du printemps arabe.
 
Un printemps qui est justement loin d’avoir porté ses fruits aux yeux des habitants de Gafsa, berceau du syndicalisme tunisien. "Les gens constatent que la révolution n’est finalement qu’un slogan, puisque rien n’a été fait depuis pour que les choses changent, et ce malgré les promesses électorales qui leur ont été faites", explique Ammar Amroussia. Pis, la crise économique mondiale et le ralentissement de l’activité du pays provoqué par le contexte politique a aggravé la situation. "Depuis la chute du régime de Ben Ali, aucune mesure concrète n’a été prise pour stopper la hausse vertigineuse des prix, notamment ceux du pain et des médicaments, ni pour réduire les inégalités régionales ou pour relancer l’emploi", regrette le militant.
 
"Il y aura une deuxième révolution"
 
Le mouvement de protestation auquel participait Ammar Gharsalla "pourrait prendre plus d'ampleur dans les prochains jours, si le gouvernement n’agit pas rapidement", prévient de son côté un juriste de la ville, contacté par FRANCE 24, qui a requis l’anonymat. Justement, c’est dans ce sens que s’inscrit la visite des ministres des Affaires sociales, Khalil Zaouia, de l'Industrie, Mohamed Lamine Chakhari, et de l'Emploi, Abdelwahab Maatar, qui, d’un aveu commun s’est soldée par un échec. "Il y a une situation de tension sociale extrême. Les attentes sont énormes et les nerfs sont à vif […] C'était un premier contact, on est désolé que cela se soit terminé par un drame", a déclaré ce vendredi, à l'AFP, Khalil Zaouia.
 
Ce dernier prône la constitution rapide d'une "task force" regroupant les représentants des ministères de l'Emploi, des Affaires sociales, de la Santé, de l'Environnement et du Développement régional afin de répondre rapidement aux attentes des habitants de la région. "La visite des ministres est une bonne chose, mais ils sont venus pour écouter les habitants, or ces derniers attendaient des propositions concrètes de leur part, d’où le fiasco", peste Ammar Amroussia. Et de prévenir : "La tête de Ben Ali est tombée mais son système est toujours en place, si ça continue, il y aura une deuxième révolution".

Première publication : 06/01/2012

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