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FRANCE

À 100 jours de la présidentielle, la France perd son "précieux" triple A

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Dépêche

Dernière modification : 13/01/2012

L'agence de notation financière Standard & Poor's confirme avoir retiré à la France sa plus haute note. Un coup dur pour le président Nicolas Sarkozy qui a longtemps fait du maintien du triple A une priorité nationale.

AFP - La France a perdu vendredi son précieux "AAA" auprès de Standard & Poor's, un coup de tonnerre qui intervient au pire moment pour le président Nicolas Sarkozy à cent jours de l'élection présidentielle.

 "Ce n'est pas une bonne nouvelle" mais ce n'est "pas une catastrophe", s'est efforcé de relativiser le ministre de l'Economie François Baroin, premier à confirmer officiellement l'abaissement de la note du pays.

"Ce ne sont pas les agences de notation qui dictent la politique de la France", a-t-il déclaré à France 2, au sortir d'une réunion de crise à l'Elysée avec Nicolas Sarkozy, le Premier ministre François Fillon et la ministre du Budget Valérie Pécresse.

M. Baroin a exclu que le gouvernement serre de nouveau la vis avec un troisième plan de rigueur, après ceux d'août et de novembre 2011.

Il n'y aura "pas de nouveau plan de rigueur car ce n'est pas une question de rigueur budgétaire", a-t-il estimé, attribuant la décision de Standard and Poor's (S&P) à un "problème de gouvernance" au sein de la zone euro.

Le président Sarkozy a longtemps fait du maintien du "triple A" une priorité nationale y voyant "un objectif et une obligation".

La décision de S&P était attendue depuis début décembre, quand l'agence avait menacé d'abaisser la note de 15 Etats de la zone euro, dont les six notés "triple A", parmi lesquels la France et l'Allemagne. Dans le cas de Paris, S&P avait évoqué la possibilité d'un abaissement de deux crans.

L'agence n'a finalement dégradé la France que d'un seul cran, a indiqué François Baroin. Mais elle a épargné l'Allemagne, qui conserve son "AAA". En clair: sa décision consacre un décrochage entre les deux premières économies de la zone euro.

"Aujourd'hui, la France est une valeur sûre, elle peut rembourser sa dette et les nouvelles concernant notre déficit sont meilleures que prévu", a assuré Valérie Pécresse.

Pour l'instant, Paris conserve toujours son triple A auprès des deux autres grandes agences de notation internationales, Moody's et Fitch.

La rumeur de l'imminence d'une dégradation française s'est répandue en milieu d'après-midi vendredi sur les marchés, avant d'enflammer la classe politique, sitôt tombées les premières confirmations de sources européennes.

Nicolas Sarkozy "restera comme le président qui a dégradé la France", a déclaré le chef de file des députés PS, Jean-Marc Ayrault, évoquant "un sentiment d'humiliation".

"Cette perte du triple A sanctionne la politique suivie depuis 2007. M. Sarkozy restera le président de la dégradation de la France", a lancé Martine Aubry au nom du PS.

La présidente du Front national, Marine Le Pen, y a vu "la fin du mythe du président protecteur" et la disqualification de "tous ceux" qui ont défendu l'euro.

"Notre statut en Europe va souffrir symboliquement et donc politiquement", a prédit François Bayrou, candidat du MoDem à la présidentielle. "C'est en réalité une double dégradation", à la fois de "notre note souveraine, qui va affecter la réputation de notre pays" mais aussi "par rapport à notre principal voisin, l'Allemagne", a-t-il estimé.

"Les embardées de Nicolas Sarkozy depuis cinq ans, la multiplication des cadeaux fiscaux, les réformes et contre-réformes fiscales n'auront pas répondu ni aux échecs de cette financiarisation de l'économie, ni à la hausse dramatique du chômage, selon Cécile Duflot, secrétaire national d'EELV.

L'abaissement de la note de la France, deuxième contributeur derrière l'Allemagne des fonds de soutien aux Etats de la zone euro en difficulté financière, risque d'ébranler ces mécanismes qui peinent déjà à endiguer la propagation de la crise.

Au plan hexagonal, la perte du triple A pourrait avoir des répercussions en cascade, alors que Paris doit émettre pour 178 milliards d'euros d'obligations cette année. Une dégradation de la note financière se traduit en principe par une hausse des taux d'intérêt.

Les places financières en Europe, qui étaient en hausse jusqu'au début de l'après-midi dans la foulée de nouvelles émissions obligataires réussies en Italie, signal initialement perçu comme un début d'accalmie de la crise, ont toutes terminées dans le rouge.

Mais les marchés obligataires et les Bourses, qui avaient déjà largement intégré le risque d'une dégradation plus ou moins collective des notes, ont résisté tant bien que mal, Paris perdant seulement 0,11% et Francfort 0,58%.

De son côté, l'euro dégringolait par rapport au dollar, tombant à son plus bas niveau depuis août 2010, à un peu plus de 1,26 dollar.

"Depuis le début de l'année, les investisseurs se focalisent moins sur les commentaires d'agences de notation, mais davantage sur la capacité des Etats sous pression à se refinancer", a expliqué Renaud Murail, gérant d'actions chez Barclays Bourse.

Une autre mauvaise nouvelle est arrivée vendredi d'Athènes, épicentre de la crise de la dette depuis début 2010.

Les banques ont annoncé qu'elles suspendaient leurs négociations avec la Grèce sur les modalités de la restructuration de sa dette publique. Elles ont laissé entendre qu'elles pourraient revenir sur leur engagement à en effacer volontairement une grande partie.


 

Première publication : 13/01/2012

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