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Dernière modification : 17/01/2012

La prison de Guantanamo vue de Cuba

Malgré les promesses d’Obama de fermer la prison de Guantanamo, 171 hommes y sont toujours incarcérés. Nos reporters se sont rendus dans les deux villages les plus proches des barbelés qui entourent la base militaire, à la rencontre des Cubains qui côtoient ces encombrants voisins. Une zone sensible, à quelques mètres des miradors américains.

C’est toujours la même impression que l’on ressent dès que l’on quitte le village de La Maya, à mi-chemin entre Santiago de Cuba et Guantanamo. Une impression d'arriver sur une planète interdite. Par le seul mot phantasmatique GUANTANAMO. Car pour beaucoup de monde Guantanamo revêt l’image sulfureuse de la prison des Taliban. L’approche ne fait rien pour démentir cette impression.

Sur le ruban de vingt kilomètres de bitume qui mène à la ville, à mi-chemin, on vous recommande impérativement de ralentir. Un "verde", un soldat cubain, sort du poste, demande vos papiers et inspecte le coffre. Guantanamo sous pression…

Et pourtant… Tout change dès que l’on se rend vers le parque Marti, au centre de la ville. Quelques "yumas", les touristes, rares, en transit vers Baracoa, au nord, découvrent, étonnés, qu’il n’y a pas de barreaux aux fenêtres, que les matons sont plutôt féminines, souriantes et avenantes, et que les avis à la population n’annoncent pas le couvre-feu mais une soirée de "descarga", une fête de salsa, à la Casa de la Musica.

Guantanamo-Ville est à vingt kilomètres de "Guantanamo la taule", sur la base américaine.

- Hola, compay ! (Salut, mec)…

Tout Cubain, et notamment tout Guantanamero en âge de tenir une batte de base-ball, mais aussi pourvu d’un "fula" (dollar) s’accoude au comptoir du Bar des Sports et s’y visse pour des heures devant un écran qui retransmet en boucle le match de la pelota des "Indios", le club local. Pour la première fois de leur histoire, les Indios ont battu les Avispas (les guêpes) de Santiago, la voisine. C’était la semaine passée chez "Los Chinos", c’est à dire à l’Estadio Nguyen Van Troi, le stade bourré jusqu’aux pylônes électriques par les quatorze mille fans accourus de toute la province. On a battu des records de décibels et de latas de Bucanero, la bière locale.

Le triomphe se poursuit, il est programmé pour une bonne quinzaine de jours. La fête déborde du bar de la calle Calixto Garcia, l’artère principale et s’étend vers le sud de la ville, vers la Loma del Chivo (la Colline des chèvres), l’ancien quartier réservé  aux Marines américains venant soulager leur libido chez des hôtesses accueillantes. On s’y laisse guider par le GPS local, c’est à dire l’odeur des "chicharrones", les rillons de porc qui brunissent sur les barbecues installés sur les trottoirs de la calle Serafin Sanchez. Il y a de la viande, de la bière. Et du bruit. Beaucoup de bruit. On tape sur des "batas" (les tambours), on rythme avec une ferraille sur une jante de voiture et on appelle à la rescousse "l’Orisha Chango" - le saint du feu, de la foudre, du tonnerre, de la guerre - de la "santeria", la religion afro-cubaine. C’est le signal du rodéo qui envahit la ville. L’association folklorique des percussionnistes appelle les danseurs à se lancer dans l’ivresse de la conga.

- Et la prison, amigo, qu’en penses tu ?

- Fous-nous la paix avec la Base, compay !

Par François MISSEN , Alexandre DEREIMS

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