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Asie - pacifique

Les libérations de prisonniers politiques s’accélèrent

Vidéo par Melissa BELL

Texte par Dépêche

Dernière modification : 14/01/2012

Quelque 302 prisonniers politiques ont été libérés vendredi dans le cadre d'un programme d'amnistie. Parmi eux, plusieurs responsables de l'opposition qui avaient pris part aux soulèvements populaires de 1998 et 2007 contre le pouvoir militaire.

AFP - La Birmanie a indiqué samedi que quelque 300 prisonniers, considérés comme politiques par l'opposition, avaient été libérés la veille lors d'une vaste amnistie saluée par l'Occident, tout en réaffirmant que nul n'avait jamais été détenu dans le pays pour ses opinions.

"Ces libérations n'ont pas été faites pour suivre la demande de quiconque. Nous les avons libérés en raison de la véritable bienveillance du gouvernement", a déclaré le lieutenant-général Ko Ko, ministre de l'Intérieur lors d'une conférence de presse dans la capitale Naypyidaw.

"Certains disent prisonniers politiques. Certains disent prisonniers de conscience. Quelle que soit la façon dont ils sont appelés, nous n'avons pas pris de mesures contre qui que ce soit en raison de la politique ou d'opinions", a-t-il ajouté.

L'officier a toutefois reconnu que les 302 détenus avaient été pris sur une liste de prisonniers politiques établie par une "organisation politique", faisant très probablement référence à la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de l'opposante Aung San Suu Kyi.

"Ils nous ont donné 604 (noms), nous en avons trouvés 430 (...). Nous en avons libérés 302", a expliqué le ministre, soulignant que les autres détenus encore sur la liste ne pouvaient pas bénéficier d'une amnistie.

Les 128 autres "ont commis des crimes graves comme des actes terroristes (...). Nous ne pouvons pas libérer ce genre de personnes".

Le nombre de prisonniers de conscience --artistes, journalistes, moines, intellectuels et autres opposants-- encore détenus n'est pas clair. Avant l'amnistie de vendredi, il était sujet à diverses estimations, allant de 500 à 1.600.

Ko Ko a d'autre part indiqué que sur les 651 détenus élargis vendredi, une centaine étaient d'anciens membres de services de renseignement.

L'ex-Premier ministre Khin Nyunt, 72 ans, a ainsi été libéré. Il avait été limogé en 2004, puis arrêté et condamné l'année suivante à 44 années de résidence surveillée pour corruption. Sa chute s'était accompagnée du démantèlement des services de renseignement militaire.

En octobre, environ 200 prisonniers politiques avaient déjà été libérés, mais cette amnistie avait été jugée décevante, en l'absence d'importants responsables de l'opposition sur la liste.

Cette fois, plusieurs leaders du soulèvement populaire de 1988 réprimé dans le sang ont retrouvé la liberté, tout comme le célèbre moine Gambira, arrêté après la "révolte Safran" de 2007. Et Khun Htun Oo, leader de la minorité ethnique shan, qui purgeait 93 ans de détention.

Ces libérations ont été saluées par la LND et la communauté internationale, de l'ONU à l'Union européenne.

Les Etats-Unis, fidèles à leur politique de "donnant-donnant" envers Naypyidaw, se sont dits prêts à échanger des ambassadeurs. Sans évoquer pour autant la levée des sanctions mises en place depuis la fin des années 90, qu'espère Naypyidaw.

La toute nouvelle Commission birmane pour les droits de l'Homme, créé par le pouvoir, s'est également félicitée.

"Dans l'intérêt d'une paix durable et de l'unité nationale, pour permettre un processus politique inclusif, et sur des bases humanitaires, le président a accordé l'amnistie aux prisonniers", a-t-elle commenté dans une déclaration publiée par le quotidien officiel New Light of Myanmar.

Cette amnistie est le dernier geste en date du gouvernement "civil" mis en place après l'auto-dissolution de la junte en mars, et composé d'anciens militaires fidèles à la puissante armée birmane.

La nouvelle équipe a multiplié les réformes ces derniers mois, permettant notamment le retour au coeur du jeu politique de Suu Kyi, qui se présentera aux prochaines élections partielles d'avril, alors qu'elle était encore en résidence surveillée en novembre 2010.

Première publication : 14/01/2012

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