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EUROPE

La compagnie propriétaire du Costa Concordia pointe les "erreurs" du commandant

Vidéo par Sonia LOGRE-GREZZI

Texte par Dépêche

Dernière modification : 16/01/2012

Dans un communiqué diffusé dimanche soir, le leader européen des croisières accuse le commandant du Costa Concordia d'avoir "commis des erreurs de jugement". Le bilan du naufrage s'élève, pour l'heure, à six morts et une soixantaine de blessés.

AFP - Après une nuit de recherches sans relâche, les sauveteurs ont découvert lundi matin un sixième corps dans l'épage du Costa Concordia, portant le bilan du naufrage du bateau de croisière près de l'île italienne du Giglio à six morts.

Il s'agit d'un passager, retrouvé muni de son gilet de sauvetage, sur le deuxième pont, dans la partie émergée du navire. Son identité n'a pas été divulguée.

L'enquête s'oriente vers des "erreurs de jugement" du commandant

Après la catastrophe, survenue vendredi soir, juste un siècle après le naufrage du Titanic, il reste une quinzaine de disparus.

Parmi eux, figuraient dimanche soir quatre Italiens: un père de 36 ans et sa fille de 5 ans ainsi que deux femmes siciliennes de 50 et 49 ans, qui seraient saines et sauves selon les secouristes, mais dont la famille a perdu la trace. Deux Américains manquaient aussi à l'appel: l'ambassade des Etats-Unis a fait savoir sur sa page Facebook que sur 120 passagers américains, 118 avaient été retrouvés. S'y ajouteraient deux couples de Français, et une personne dont la nationalité n'a pas été communiquée. La nationalité des membres d'équipage disparus n'a pas été divulguée.

Dimanche, la compagnie propriétaire du navire a accusé le capitaine d'avoir commis des "erreurs", tant dans la route du navire que la gestion de l'urgence.

"De très graves accusations pèsent" sur le commandant Francesco Schettino, a rappelé le leader européen des croisières, dans un long communiqué diffusé dans la soirée. Accusé notamment d'homicides multiples et d'abandon du navire (il risque douze ans de prison pour ce seul délit), il a été placé en détention à Grosseto (centre). "Il semble que le commandant ait commis des erreurs de jugement qui ont eu de graves conséquences" et que "ses décisions dans la gestion de l'urgence n'aient pas suivi les procédures de Costa Crociere qui sont en ligne avec les standards internationaux".

La société affirme toutefois que le commandant -entré en son sein en 2002 comme responsable de la sécurité et promu commandant en 2006-, avait suivi toutes les formations continues adéquates, ainsi que les membres d'équipage et même les passagers, soumis à un exercice d'évacuation dans les 24 heures qui suivent l'embarquement.

"La route suivie par le navire n'était pas la bonne", a indiqué le procureur de Grosseto, Francesco Verusio, chargé de l'enquête. Le commandant "s'est approché de manière très maladroite de l'île du Giglio, a heurté un rocher qui s'est encastré dans le flanc gauche, faisant s'incliner (le navire) et embarquer énormément d'eau en l'espace de deux, trois minutes", a-t-il ajouté.

"C'est une grosse erreur humaine qui a eu des conséquences dramatiques", a dénoncé le ministre de la Défense, l'amiral Giampaolo Di Paola.

D'après les premiers éléments tirés de la boîte noire, le navire était à "seulement 150 mètres du rivage, une distance incroyablement proche", a dit le procureur.

Selon certains, il effectuait une sorte de parade surnommé l'"inchino" (la révérence), toutes lumières allumées et à grand renfort de sirènes pour saluer les 800 habitants du Giglio, ce que tente de confirmer la justice.

Le magistrat a également mis en cause la gestion de l'accident par l'équipage. Selon lui, l'alerte a été lancée une heure après l'impact.

Elément encore aggravant, les garde-côtes ont demandé à plusieurs reprises -et en vain- au commandant de remonter à bord du navire pendant les opérations de secours, ce qu'aurait démenti l'intéressé. Le commandant "était déjà, un peu après minuit, sur les rives de Giglio" alors que les derniers passagers ont été évacués vers 05H00 GMT, selon les pompiers.

Dimanche, les plongeurs avaient découvert les corps de deux hommes âgés, vêtus de leurs gilets de sauvetage : un Italien, Giovanni Masia, Sarde de 86 ans qui voyageait avec femme, enfants et petits enfants -tous sains et saufs- et un Espagnol, Guillermo Gual, 68 ans, de Majorque.

Dans la matinée, un rescapé, le commissaire de bord Marrico Giampietroni, avait pu être évacué du navire après avoir passé 36 heures dans l'épave, alors qu'un couple de jeunes mariés sud-coréens a pu être extrait de leur cabine dans la nuit de samedi à dimanche.

Han Ki-Deok et sa jeune épouse, Jeong Hye-Jin, tous deux âgés de 29 ans, ont raconté leur cauchemar à l'agence sud-coréenne Yonhap.

"Lorsque nous nous sommes réveillés, le bateau penchait", a déclaré Han. Le couple s'est engagé dans le couloir mais la pente était tellement forte que les deux jeunes gens ne pouvaient pas avancer. "Nous avons fini par glisser au fond du couloir et nous nous sommes fait mal", a raconté le jeune marié.

Le couple a alors décidé de rentrer dans sa cabine, où l'électricité ne marchait plus, dans le noir et le froid. Vêtus de leur gilet de sauvetage, ils enfilaient à tour de rôle un gilet supplémentaire pour combattre le froid et se sont nourris pendant trente heures de biscuits et d'eau.

Mais les sauveteurs, qui craignent une aggravation de la météo lundi, ont désormais peu d'espoirs de retrouver des survivants.

Confiant à l'AFP sa "grande tristesse" et sa "résignation", Angelo Scarpa, un plongeur de 24 ans qui a trouvé les deux cadavres dimanche, a dit avoir "peur qu'on puisse en trouver d'autres".

Les recherches sont rendues en outre difficiles par la très forte inclinaison du paquebot couché sur un flanc à 90 degrés et qui risque de glisser et couler totalement. Toute une série d'obstacles bloquent le passage des plongeurs: portes fermées, escaliers brisés et éléments d'ameublement entassés.

Au moment du naufrage, vendredi soir vers 21H30 (20H30 GMT), le navire transportait quelque 4.229 personnes dont plus de 3.200 touristes de 60 nationalités différentes et un millier de membres d'équipage.

Selon Costa Croisières, les membres d'équipage étaient de 40 nationalités différentes dont de nombreux Asiatiques (environ 300 Philippins, 200 Indiens, 170 Indonésiens).

De nombreux témoins ont décrit des "scènes d'apocalypse" et de "panique" avec des bousculades entre touristes cherchant à monter sur les chaloupes, au milieu des cris et des pleurs.

"Dans un couloir, nous avons cassé une vitre et avons pris des gilets de sauvetage mais comme il n'y en avait pas beaucoup, on se les volait entre nous", a raconté aux journaux italiens Antonietta Simboli de Latina, près de Rome.

Selon des passagers, les membres d'équipage, dont certains ne parlaient pas italien ou anglais, n'arrivaient pas à faire descendre les chaloupes.

Un Français, rescapé du naufrage, a annoncé sur le site internet du quotidien français Sud Ouest qu'il allait porter plainte contre Costa Croisières.

"Nous avons été livrés à nous-mêmes, dans une désorganisation totale. Il y a eu une heure et demie avant qu'il y ait une véritable alerte (...) Le voyant lumineux de mon gilet ne fonctionnait pas", a déclaré Olivier Carrasco au journal.

Dans la panique, des dizaines de passagers se sont jetés à l'eau, et ont heurté des rochers, ce qui explique pourquoi sur la quarantaine de blessés, on recense beaucoup de bras ou de jambes cassés.

Les plus de 4.000 rescapés ont été transférés samedi du Giglio vers le port de Santo Stefano puis rapatriés pour la plupart vers leurs villes d'origine en Italie et à l'étranger.
 

Première publication : 16/01/2012

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