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Moyen-orient

Le Qatar, nouveau champion de la diplomatie arabe

Texte par Amara MAKHOUL-YATIM

Dernière modification : 16/01/2012

Le Qatar a proposé d'envoyer des troupes arabes en Syrie pour y ramener la stabilité. Le petit État du Golfe devient un acteur diplomatique incontournable dans le monde arabe. Explications avec le politologue Khattar Abou Diab.

Ce n'est plus uniquement la voix de la chaîne de télévision al-Jazira qui se fait entendre mais bien celle du chef d'Etat qatari, qui a récemment été jusqu'à proposer l'envoi de troupes militaires arabes afin de ramener la stabilité en Syrie. Une propostion qui n'avait jusque-là jamais été officiellement fomulée, que ce soit par les Arabes ou par les Occidentaux. Comment comprendre cette acitivisme diplomatique du petit Etat du Golfe? Khattar Abou Diab, politologue, enseignant à l'université Paris-Sud, livre son analyse à France24.com.

Comment comprendre la proposition du Qatar d’envoyer des troupes arabes en Syrie ?

Khattar Abou Diab : La proposition de l’émir du Qatar Hamad bin Khalifa al-Thani [au pouvoir depuis 1995 ndlr] d’envoyer des troupes arabes en Syrie est symbolique. Elle n’a pas d’ailleurs été formulée en bonne et due forme [dans un cadre diplomatique comme la Ligue arabe par exemple ndlr] mais lors d’une interview à la chaîne américaine CBS. Cette initiative concernant la Syrie n’est pas par ailleurs si surprenante car le Qatar préside la commission de la Ligue arabe chargée du dossier syrien.

Peut-on parler d’une nouvelle stature diplomatique internationale du Qatar ?

K.A.D. : Le Qatar est un très petit pays, mais très riche. A l’échelle internationale, c’est grâce à la diplomatie qu’il a réussi à jouer dans la cour des grands. Ce n’est donc pas vraiment nouveau, et on se souvient que le Qatar entretient par ailleurs des liens forts avec l’Occident. Il a d’ailleurs été l’intermédiaire un temps entre la France de Nicolas Sarkozy et la Syrie de Bachar al-Assad par exemple.

Aujourd’hui, avec le cas syrien notamment, le Qatar profite du vide laissé par les autres pays arabes. L’Egypte notamment, qui par le passé était la plus présente diplomatiquement, adopte une position plus attentiste sur la révolution syrienne, et est en proie à ses propres questionnement d’après-révolution.

L’Arabie saoudite, pour sa part, se montre discrète sur la crise syrienne. Le royaume saoudien n’a jamais été entreprenant en diplomatie et préfère en règle générale rester au second plan, cela fait même partie de sa doctrine. Si l’Arabie saoudite n’a pas toujours vu d’un très bon œil l’activisme diplomatique de son voisin le Qatar, il le laisse faire aujourd’hui sur la Syrie, car il y a pour les deux pays une coordination d’intérêts [dans la chute éventuelle du régime Assad ndlr].

Dans son entretien avec CBS, l’émir du Qatar avoue qu’Al-Jazira lui a causé des problèmes. Quel rôle joue la chaîne d’information dans la stratégie politique du Qatar ?


K.A.D : Al-Jazira joue un rôle de premier plan dans la politique qatarie. On peut même parler d’un Qatar avant Al-Jazira et d’un Qatar après la création de cette chaîne qui a donné au pays la visibilité qui lui manquait. Al-Jazira a opéré une véritable révolution tant sur la plan médiatique que dans le monde arabe. C’est l’une des seules chaînes qui peut rester en phase avec la rue arabe, et accueillir des intervenants des points de vue même les plus extrêmes, diffuser les messages de Ben Laden sans se couper des Etats-Unis. En cela, Al-Jazira est le reflet des contradictions arabes.

Concernant la Syrie, on a vu une évolution intéressante du rapport entre le Qatar et sa chaîne d’information. En effet, lors des révolutions tunisienne et égyptienne, le Qatar s’est rangé du côté des révolutionnaires, ne craignant pas de froisser les dirigeants tunisiens et égyptiens, or ce n’était pas gênant car le Qatar n’entretenait pas de bonnes relations avec ces deux pays.

Les choses se sont compliquées avec la Libye et surtout la Syrie avec laquelle l’émir du Qatar avait construit de bons rapports. Mais la chaîne, qui a depuis sa création acquis une certaine indépendance, voulait rester cohérente et ne voyait pas comment après avoir soutenu les révolutions de Tunisie et d'Egypte, elle pourrait ménager le pouvoir syrien. Dans ce cas précis, la politique qatarie a été influencée par Al-Jazira. On peut donc dire aujourd’hui que la chaîne d’information est non seulement le reflet de la politique qatarie mais elle l’influence également.

Première publication : 16/01/2012

  • ONU

    Ban Ki-moon somme Bachar al-Assad d'arrêter de tuer le peuple syrien

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  • SYRIE

    L'émir du Qatar préconise d'envoyer des troupes arabes en Syrie

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  • L'ENTRETIEN DE FRANCE 24

    "Il faut laisser une chance à Assad", selon l’archevêque catholique d'Alep

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