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asie

Le Premier ministre Gilani comparaît devant la Cour suprême

Texte par Dépêche

Dernière modification : 19/01/2012

Confronté à l'hostilité croissante de l'armée, le chef du gouvernement pakistanais, Yousuf Raza Gilani, doit se présenter devant la Cour suprême pour avoir empêché que le président Asif Ali Zardari ne soit poursuivi pour corruption.

AFP - Le Premier ministre du Pakistan Yousuf Raza Gilani comparaissait jeudi devant la Cour suprême pour n'avoir pas voulu notamment, depuis deux ans, rouvrir des poursuites judiciaires pour corruption contre le très impopulaire président Asif Ali Zardari.

La fermeté de la juridiction suprême met davantage en difficulté un chef de l'Etat et un gouvernement très impopulaires, accusés de corruption et de mauvaise gouvernance et confrontés à l'hostilité croissante de la toute puissante armée. Si le Premier ministre ne se plie pas à l'injonction de la Cour, une condamnation le forcerait à démissionner.

Dans une brève adresse liminaire à la Cour, Yousuf Raza Gilani a rappelé que, dans tous les cas, le chef de l'Etat jouissait d'une immunité judiciaire totale.

La juridiction suprême avait annulé en 2009 un décret d'amnistie générale de 2007 exonérant M. Zardari de poursuites notamment dans une affaire de détournements présumés de fonds publics transférés sur des comptes en Suisse. Elle avait alors sommé le gouvernement de demander à la justice suisse de rouvrir les procédures judiciaires, ce qu'il n'a jamais fait.

Inculpé lundi par la Cour suprême d'"outrage à la Cour" et convoqué pour jeudi, le Premier ministre Raza Yousuf Gilani a finalement accepté de comparaître. Son avocat a réfuté l'accusation d'outrage mercredi, mais expliqué toutefois que le gouvernement pouvait sans risque demander aux autorités suisses de rouvrir l'enquête visant M. Zardari parce que ce dernier bénéficie de l'immunité judiciaire en tant que chef d'Etat.

En 2010, le procureur de Genève avait déjà estimé qu'il ne pourrait rouvrir le dossier tant que M. Zardari serait président, en raison de cette immunité.

Jeudi matin, M. Gilani est arrivé souriant et apparemment détendu sur le perron de la Cour suprême, saluant les cameramen de dizaines de télévisions. Il a ensuite pénétré dans le bâtiment.

Après les commentaires de son avocat sur l'immunité présidentielle la veille, les analystes estiment que M. Gilani ne va pas risquer une démission forcée et les six mois de prison qu'il encourt pour outrage à la Cour, et qu'il annoncera qu'il va se plier à l'ordre de demander à la justice suisse de rouvrir l'enquête visant le président.

"Ecrire une lettre aux autorités suisses ne pose pas de problème", avait expliqué mercredi l'avocat de M. Gilani, Aitzaz Ahsan invoquant l'immunité de M. Zardari.

"Dans notre constitution, il jouit de l'immunité totale, nous n'avons aucun doute là-dessus. Nous avons toujours fait preuve de respect à l'égard de la justice, je suis venu ici aujourd'hui par respect pour la Cour", a déclaré jeudi M. Gilani dans un propos liminaire avant de laisser la parole à son avocat.

"Ce n'est pas envoyer un bon message de poursuivre un président élu par une majorité de deux tiers" du Parlement, comme ce fut le cas pour M. Zardari en 2008, a estimé le chef du gouvernement.

L'armée, qui a dirigé directement le pays plus de la moitié de son existence à l'issue de coups d'Etat et cornaqué de près les gouvernements civils le reste du temps, a été suspectée ces dernières semaines de préparer un nouveau putsch. Mais elle a vivement écarté cette hypothèse et nombre d'analystes estiment que la pression actuelle sur le gouvernement et le président, par la justice et les militaires, va plutôt entraîner des élections législatives anticipées cette année.

Première publication : 19/01/2012

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