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Moyen-orient

La sécurité des soldats au cœur des discussions entre Karzaï et Sarkozy

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Charlotte OBERTI

Dernière modification : 28/01/2012

Hamid Karzaï a rencontré ce vendredi Nicolas Sarkozy, une semaine après le meurtre en Kapisa de quatre militaires français par un soldat afghan. À cette occasion, le président français a annoncé le retrait anticipé des troupes en Afghanistan.

Sarkozy avance d'un an le retrait des soldats français d'Afghanistan

Le chef de l'État a annoncé vendredi au président Hamid Karzaï une accélération d'un an du calendrier de retrait des troupes combattantes de l'armée française d'Afghanistan, avancé à fin 2013, une semaine après la mort de quatre militaires français tués par un soldat afghan.

Au terme d'un entretien avec son homologue afghan, Nicolas Sarkozy a justifié ce changement inattendu par la décision de transférer à l'armée afghane, à partir du mois de mars prochain, la responsabilité de la sécurité dans la province de la Kapisa, au nord-est de la capitale, Kaboul.

Ce mouvement a été décidé "en accord avec le président Karzaï et en accord avec nos alliés", a ajouté le président, précisant qu'il s'en entretiendrait samedi au téléphone avec le président américain Barack Obama.

Alors que la mort de quatre soldats français le 20 janvier a jeté un froid sur les relations entre Paris et Kaboul, le président afghan Hamid Karzaï a effectué vendredi 27 janvier une visite officielle dans la capitale française. Nicolas Sarkozy, réagissant au drame, avait brandi la menace d’un retrait anticipé des troupes françaises, initialement prévu d’ici 2014, "si les conditions de sécurité [n’étaient] pas clairement établies." Depuis 2004, 82 soldats français sont morts en Afghanistan. Le chef de l'État a finalement annoncé, à l'issue d'un entretien avec son homologue afghan sur la signature d’un traité d’amitié et de coopération, d'avancer le retrait total des troupes à fin 2013.

Une manœuvre électorale ?

En pleine campagne électorale, la question du retrait des soldats a été reprise par le candidat socialiste à l’élection présidentielle, François Hollande, qui promet pour sa part un départ d’ici la fin 2012.

"La décision est purement liée à l’environnement de campagne électorale actuelle, ce ne sont pas pour des raisons stratégiques," regrette Olivier Guillard, directeur de recherche à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques) et directeur de l’information chez Crisis Consulting. Ce dernier illustre son propos en s'appuyant sur un récent sondage, selon lequel plus de 8 Français sur 10 seraient défavorables au maintien d’un dispositif français aussi important en Afghanistan.

Un point de vue contrebalancé par Pierre Conesa, auteur de "La fabrication de l’ennemi, ou Comment tuer avec sa conscience pour soi", qui se dit favorable à un départ "quasi-immédiat" d’Afghanistan. "Que cela soit dans une perspective électorale ou non, il faut absolument prendre des mesures de sécurité pour les soldats," commente-il.

"Il n’y a aucune maîtrise sur la stratégie d’ensemble. De plus, notre présence a suscité au sein de la population afghane des réactions très négatives." (L’auteur du meurtre des quatre militaires français a dit avoir réagi à la diffusion d’images montrant des soldats américains urinant sur des cadavres d’Afghans, NDLR.)

Sur quelque 3 600 soldats présents en Afghanistan, un millier devrait rentrer au pays d’ici la fin de l’année de 2012. Un départ qui pourrait être accéléré, avec le rapatriement de contingents tout au long de l’année, selon Mathieu Mabin, spécialiste de politique internationale, notamment celle de l’Afghanistan, à FRANCE 24.

Le processus de retrait des soldats français

Un retrait complexe

Toutefois, le départ des soldats n’est pas la partie la plus corsée de l’affaire. Le matériel militaire (environ 2 000 véhicules divers et de très nombreux containers) qui devra regagner les hangars français nécessite des méthodes de transport contraignantes. D’autant que la route terrestre passant par le Pakistan, la moins coûteuse, est fermée suite à une bavure militaire des États-Unis ayant causé la mort de 24 soldats pakistanais.

Patrick de Gmeline, historien militaire, auteur de "Se battre pour l'Afghanistan - Soldats de montagne contre les talibans", confirme la difficulté matérielle d’un départ précipité et ajoute que le coût d’un tel rapatriement est estimé à environ 200 millions d’euros.

"Il ne faut pas non plus oublier que la France a des obligations vis-à-vis de ses alliés. Si la France décidait d’accélérer le retour de ses troupes et de se séparer des décisions prises avec les États-Unis, cela l’obligerait à sortir de l’Otan avec toutes les difficultés que cela entrainerait."

Le secrétaire général de l’Otan, Anders Fogh Rasmussen, n’a d’ailleurs pas tardé à réagir en appelant, jeudi 26 janvier, la France à maintenir ses opérations de formation et d'aide au combat en Afghanistan jusqu’à la date prévue.

Pour ce qui est de la capacité de l’Afghanistan à assurer sa propre sécurité, Olivier Guillard va même jusqu’à juger qu’un départ en 2014 serait encore trop tôt. "Sans faire basculer le bourbier afghan d’un côté ou de l’autre, le départ précipité des soldats français de la zone de la Kapisa, critique pour la sécurité de Kaboul, aurait un impact local non négligeable," explique-t-il, "sans parler de l’image de la France auprès des alliés qui en sortirait ternie. "

 

"La fabrication de l'ennemi : ou comment tuer avec sa conscience pour soi", de Pierre Conesa, éd. Robert Laffont (2011)

"Se battre pour l'Afghanistan, soldats de montagne contre les talibans", de Patrick de Gmeline, éd. Presses de la Cité (2010)

Première publication : 27/01/2012

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