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Asie - pacifique

Le retrait anticipé des troupes françaises est une "erreur grossière" selon les experts afghans

Texte par Dépêche

Dernière modification : 29/01/2012

Le retrait anticipé des troupes françaises d'Afghanistan, annoncé vendredi par Nicolas Sarkozy et Hamid Karzaï, est une "erreur grossière", selon les experts afghans, qui craignent de voir tomber la région de la Kapisa sous le contrôle des Taliban.

AFP - L'annonce du retrait anticipé des troupes combattantes françaises d'Afghanistan fin 2013, faite vendredi par le président Nicolas Sarkozy à son homologue Hamid Karzaï, passe mal auprès d'experts afghans qui y voient une "erreur" favorisant la "propagande talibane".
              
La décision intervient après le meurtre le 20 janvier de quatre militaires français par un soldat afghan qu'ils formaient. Quelques heures après les faits, M. Sarkozy avait pour la première fois envisagé "la question d'un retour anticipé" des troupes françaises.

"C'était une erreur. Il était énervé", estime Ahmad Saeedi, un analyste politique afghan, qui regrette une annonce "faite à la hâte", selon lui.
              
"C'est une erreur grossière", s'insurge également Tahira Mojaddidi, une parlementaire de la province de Kapisa, située au nord-est de Kaboul et que contrôle l'armée française. "Nous y sommes totalement opposés", dit-elle.
              
"A l'heure qu'il est, les forces afghanes ne sont pas bien équipées ni suffisamment entraînées. Les troupes françaises devraient d'abord s'occuper de cela, avant de s'en aller", ajoute-t-elle.
              
Un temps interrompues dans la Kapisa, les missions de formation ont désormais repris. Elles seront réduites graduellement, mais se poursuivront après que la France aura rendu le contrôle de la zone au gouvernement afghan en mars 2012, a-t-on appris de source sécuritaire.
              
"Pour l'instant, les talibans exercent leur emprise dans le district de Tagab, dans la Kapisa. Si les Français s'en vont en 2013, toute la province tombera sous le contrôle des insurgés", prédit, fataliste, Mme Mojaddidi.
              
La France s'est engagée en Afghanistan en 2001 dans une coalition menée par les Etats-Unis après les attentats du 11-Septembre pour chasser les talibans, au pouvoir depuis 1996, et détruire les infrastructures d'Al-Qaïda qu'ils hébergeaient.
              
Cette mission, rapidement menée, n'a toutefois jamais abouti à l'éradication des talibans, qui mènent une guérilla d'une intensité croissante ces dernières années contre les forces gouvernementales afghanes et les troupes étrangères.
              
"Ce départ prématuré (des Français, ndlr) va démoraliser les autres forces internationales et les forces afghanes. Au lieu de s'en aller précipitamment, la France aurait dû renforcer ses positions", estime Wahid Taqat, un analyste politique afghan.
              
La France, selon M. Taqat, est désormais vue "comme un pays qui a peur de quelques terroristes". "C'est un peu une honte pour le peuple français", assène-t-il, ajoutant que les talibans "se serviront assurément" de ce retrait comme d'un élément de "propagande victorieuse dans le futur".
              
Il n'est pas encore établi que le tueur des militaires français soit un taliban infiltré, d'après l'Isaf, la force de l'Otan en Afghanistan. Les insurgés eux-mêmes, pourtant prompts à reconnaître les pertes infligées aux troupes étrangères, ne l'ont pas reconnu.
              
Contactés samedi par l'AFP à ce sujet, les rebelles n'ont pu être joints.
              
Vendredi, Nicolas Sarkozy et Hamid Karzaï ont signé un accord "d'amitié et de coopération", établissant les bases du soutien français en Afghanistan pour les vingt années à venir, selon un communiqué de la présidence afghane.
              
Ce vaste accord, négocié pendant de longs mois, porte sur "la sécurité, l'agriculture et la réhabilitation rurale, la santé et l'éducation, la bonne gouvernance, le respect de la loi, la construction d'infrastructures, l'économie, le commerce et les industries".
              
"Cela contrebalance les annonces négatives", tempère Omar Sharifi, qui dirige l'Institut américain d'études afghanes. "Cela montre aux Afghans qu'ils ne seront pas abandonnés. Chacun d'entre nous a peur de cela. Personne ne veut retourner à la situation des années 1990".
              

 

Première publication : 28/01/2012

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