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FRANCE

"Les revendications des pieds-noirs et des harkis n’ont pas changé depuis 2005"

Texte par Tahar HANI

Dernière modification : 05/02/2012

À moins de trois mois de la présidentielle, les pieds-noirs se tournent vers Marine Le Pen, déçus par les promesses non tenues de Nicolas Sarkozy. Décryptage avec Bernard Coll, secrétaire général de l’association Jeune pied-noir.

En 2007, quelques mois avant la présidentielle, Nicolas Sarkozy s’assurait du soutien massif des harkis - les Algériens ayant combattu aux côtés de l’armée française pendant la guerre d’Algérie - et de celui des pieds-noirs - les Français qui vivaient en Algérie au moment du conflit. Dans un discours, il promettait d’œuvrer pour la reconnaissance de la responsabilité de l’État français lors des massacres survenus en Algérie après la signature des accords d’Évian, en mars 1962.

Aujourd’hui déçus par les engagements non tenus du président, les pieds-noirs se tournent en masse vers Marine Le Pen. Selon un récent sondage Ifop, ils sont entre 28 % et 30 %, selon les régions, à vouloir voter pour la candidate du Front national (FN).

Or, pieds-noirs et harkis ont aujourd’hui un poids électoral considérable. Interrogé par FRANCE 24, Bernard Coll, secrétaire général de l’association Jeune pied-noir, décrypte leurs attentes.

FRANCE 24 - Quels sont les enjeux de l’élection présidentielle de 2012 pour les Français d’Algérie ?

Bernard Coll - Puisque, cette année, l’Algérie célèbre le cinquantenaire de son indépendance, les attentes des Français d’Algérie sont particulièrement grandes. En premier lieu, ils espèrent que la France reconnaîtra officiellement sa responsabilité dans les drames vécus après la 19 mars 1962 [date de l'entrée en vigueur des accords d’Évian imposant un cessez-le-feu en Algérie, NDLR], pour ouvrir la voie à une réparation des préjudices moraux et matériels subis alors. Les Français d’Algérie - comme les harkis - veulent que la vérité sur leur histoire soit reconnue et que justice leur soit rendue. Le candidat Nicolas Sarkozy s’y était engagé vis-à-vis des harkis le 31 mars 2007 et des pieds-noirs le 13 avril suivant.

Tel est d'ailleurs l’objet de la convention Candidat-Rapatriés que nous avons présentée avec Pierre Descaves, président de la Convention nationale des rapatriés [le terme "rapatrié" désigne les harkis et les Français d’Algérie revenus en France après les accords d’Évian en 1962, NDLR], lors de la conférence de presse du 24 janvier dernier au Sénat. Cette convention engage d'une part chacun de ses signataires à déposer un projet de loi de reconnaissance de la responsabilité de l’État français [dans le massacre de pieds-noirs et de harkis après le cessez-le-feu, NDLR] dès la première législature, en 2012. Elle les engage d'autre part à soutenir le vote, en 2013, d’une loi-cadre […] rassemblant l’ensemble des lois, mesures et aides votées depuis 1961. Actuellement, deux candidats ont signé cette convention : Marine Le Pen [FN] et Jean-Marc Governatori [Alliance écologique indépendante]. D’autres [dont le candidat socialiste François Hollande] s’apprêtent, semble-t-il, à le faire.

Quel bilan faites-vous de la présidence de Nicolas Sarkozy sur la reconnaissance de l’abandon par la France des Français d’Algérie et des harkis?

B. C. -
Le bilan de Nicolas Sarkozy est, sur ce point, très décevant. Il s’était notamment engagé à prendre des mesures pour reconnaître officiellement la responsabilité de l’État français dans l’abandon et le massacre par le FLN [Front de libération nationale] des harkis et de leurs familles. Il avait affirmé qu’il tiendrait "scrupuleusement ses engagements". Mais ces promesses n’ont pas encore été tenues.

D’autres part, le bilan du plan emploi pour les enfants de harkis [plan annoncé le 5 décembre 2007 par Nicolas Sarkozy pour "donner aux enfants des anciens harkis la priorité à laquelle ils peuvent prétendre pour une meilleure insertion professionnelle", NDLR] est mauvais. Il n’y a pas eu, contrairement à ce que Nicolas Sarkozy avait promis, de mesures réelles pour les surendettés [nombre de rapatriés en France après 1962 se sont surendettés pour racheter des logements, NDLR], les retraites, les cimetières [la création de carrés musulmans dans les cimetières français est demandée depuis de nombreuses années, NDLR], les injures envers les harkis [une loi vient d’être votée par le Sénat pour les pénaliser, NDLR]. La liste de nos revendications est longue et n’a pas beaucoup changé depuis 2005.

Pour la commémoration du 19 mars [le 19 mars 1962 est considéré comme la date officielle de la fin de la guerre d’Algérie, NDLR], c’est la même chose : pour les rapatriés, cette date ne peut pas être une fête [comme le souhaitent de nombreuses organisations d'anciens combattants, NDLR]. Le 19 mars 1962 au soir, 48 harkis étaient massacrés par le FLN à Saint-Denis-du-Sig, en Oranie. Ce massacre n’a été que le premier d’une longue série.

Plusieurs partis politiques se disputent les voix des pieds-noirs et des harkis. Quel poids électoral ont-ils ?

B. C. - Ils représentent 4 millions d’électeurs si l’on se réfère à l’étude de janvier 2012 de l’institut de sondages Ifop, qui recense 3,2 millions de voix chez les pieds-noirs et leurs descendants, auxquelles il faut ajouter les 800 000 voix des familles de harkis et de leurs descendants, soit 8 % du corps électoral. Il ne peut donc pas y avoir d’élu à la présidentielle, comme aux législatives de 2012 dans de nombreuses circonscriptions, sans le vote des rapatriés.

Selon l’enquête permanente que nous menons depuis 1995 […], la reconnaissance officielle de la responsabilité de l’État dans les massacres d'après 1962 est la motivation électorale première de beaucoup d'entre nous. Pour la plupart d’entre eux, ils ne voteront que pour des candidats s’étant engagés clairement par écrit sur ce point, en signant la convention qui leur a été adressée.

Première publication : 01/02/2012

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