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Amériques

L'Argentine accuse le prince William de débarquer en "conquérant"

Texte par Ben MCPARTLAND

Dernière modification : 02/02/2012

La visite de l’héritier de la couronne britannique aux Malouines a fait naître des tensions entre l'Argentine et le Royaume-Uni, réactivant de vieilles querelles autour de la souveraineté de l'archipel. Explications.

Tout a commencé avec un communiqué. Jeudi 2 février, le ministère britannique de la Défense a confirmé "l’arrivée du lieutenant Wales (nom d’officier du prince William, ndlr) aux Iles Falklands", précisant qu'il s'agissait d’un "déploiement opérationnel de routine de six semaines". C’est en effet à bord du destroyer "HMS Dauntless" que le prince William parachève sa formation de pilote d'hélicoptère de surveillance et de sauvetage au sein de la Royal Air Force (RAF).

Le ministère argentin des Affaires étrangères s’était déjà ému deux jours plus tôt de cette annonce, accusant l’héritier de la couronne britannique de débarquer aux Malouines - autre nom des Falklands - "avec l'uniforme du conquérant". L'épisode a fait naître une nouvelle polémique entre la Grande-Bretagne et l'Argentine. "Le prince William arrive en tant que membre des forces armées de son pays (…) et non en homme d'État qui travaillerait au service de la paix et du dialogue entre les nations", accusait le communiqué argentin.
 
CARTE
Jouer la carte nationaliste
 
Cette escarmouche diplomatique illustre la tension qui caractérise les relations entre la Grande-Bretagne et l'Argentine. En cause, ce territoire britannique d'outre-mer, situé sur une zone riche en pétrole à quelques centaines de kilomètres des côtes argentines et revendiqué par Buenos Aires depuis 1833. En 1982, les deux pays étaient allés jusqu’à entrer en guerre (2 avril-14 juin), après l'invasion des "Malvinas" par l’Argentine. Bilan : 255 morts côté britannique et 648 dans les rangs argentins. Depuis, un millier de soldats britanniques y sont déployés en permanence.             
 
Depuis le début de cette année, l’approche du trentième anniversaire de ce conflit a sensiblement ravivé la tension entre les deux protagonistes. Selon Francisco Panizza, spécialiste de l’Argentine à London School of Economics, le Premier ministre David Cameron et la présidente argentine Cristina Kirchner tirent chacun un bénéfice politique de cette crise : "Cameron joue la carte nationaliste sur cette question ce qui n’est pas sans rappeler l’action de Margaret Thatcher. Cela lui permet de charmer la droite du parti conservateur et d’enregistrer un gain politique. C'est la même chose en Argentine."
 
Toutefois, Londres tente de calmer les esprits. Mardi, un porte-parole de la Royal Navy a déclaré que l'envoi du destroyer "HMS Dauntless" était prévu de longue date. "Il s'agit d'une mission de routine destinée à relever un autre navire de patrouille", a-t-il expliqué. De son côté, le chef de la diplomatie britannique William Hague a invité Buenos Aires à "stopper ses tentatives d'intimidation".
 
Le mois dernier, l'Argentine avait convaincu ses partenaires du bloc commercial Mercosur - le Brésil, le Paraguay, l'Uruguay, ainsi que le Chili, membre associé - d'interdire aux bateaux immatriculés aux Malouines d'entrer dans leurs ports. En réponse, David Cameron avait dénoncé devant le parlement britannique l'attitude de l'Argentine vis-à-vis des Malouines, la qualifiant de "colonialisme".
 
Souveraineté non négociable
 
L’Argentine, appuyée par les Nations unies et par les États-Unis, cherche à entamer des négociations sur la question de la souveraineté de l’archipel. De son côté, Londres est toujours restée inflexible sur un sujet qu’elle estime non négociable. "Il y a deux demandes inconciliables au sujet de la souveraineté, explique le professeur Panizza. Si vous avez des litiges économiques, vous pouvez négocier, mais la souveraineté n'est pas négociable, c'est ce qui rend ce dossier si difficile."
 
La présidente Kirchner qui a interpellé le Premier ministre Cameron, le 25 janvier en l'accusant de chercher à présenter l'Argentine comme un pays "violent", a promis cette semaine de continuer à négocier. "Le fait que nous voulions des discussions sur les îles Malouines ne veut pas dire les que les habitants des Malouines doivent cesser d'être britanniques, ni [que] les Italiens en Argentine doivent cesser d'être Italiens ou les Espagnols", a-t-elle déclaré.
 
Selon le docteur Matt Benwell, spécialiste de l’archipel à l'Université de Liverpool, interrogé par FRANCE 24, la voix des insulaires devrait être entendue avant celles des politiciens : "Ils sont des acteurs importants dans ce dossier, et ce sont eux qui souffrent des conséquences des conflits diplomatiques et des règlements de comptes à haut niveau", conclut-il.

 

Première publication : 02/02/2012

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