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Moyen-orient

Moscou refuse un "soutien total" du Conseil au plan de la Ligue arabe sur la Syrie

Vidéo par Emmanuel SAINT-MARTIN

Texte par Dépêche

Dernière modification : 03/02/2012

La Russie continuait à s’opposer, jeudi soir, au projet de résolution sur la Syrie en discussion à l'ONU. Moscou fustige notamment une phrase affirmant que le Conseil de sécurité "soutient totalement" le plan de sortie de crise de la Ligue arabe.

AFP - La Russie a annoncé qu’elle opposerait son veto si le projet de résolution sur la Syrie, soutenu par les Occidentaux et la Ligue arabe, était proposé dès ce vendredi au vote du Conseil de sécurité, a-t-on appris de source diplomatique occidentale au siège des Nations unies.

L’ambassadeur de Russie à l’Onu, Vitali Tchourkine, l’a fait savoir jeudi lors d’une nouvelle réunion à huis clos du Conseil de sécurité, alors que plusieurs membres faisaient état de progrès dans les discussions.

Moscou s’oppose notamment à une phrase du projet qui souligne que le Conseil « soutient totalement » le plan arabe de sortie de crise prévoyant la mise à l’écart du président syrien Bachar al Assad. Or les Russes estiment que le Conseil n’a pas à exiger un « changement de régime » en Syrie.

Le Maroc, qui siège au Conseil de sécurité, a fait circuler une nouvelle version légèrement amendée de son projet de résolution, appuyé par les Occidentaux.

Le texte comporte toujours ce « soutien total », mais plusieurs diplomates estiment que les menaces de veto russe ont davantage à voir avec le calendrier qu’avec le contenu et jugent que les Russes pourraient être convaincus de s’abstenir, voire de voter en faveur de la résolution.

La nouvelle version déclare clairement que le Conseil veut que la crise syrienne soit réglée pacifiquement et que cette résolution ne peut servir de base à une intervention militaire.

Elle appelle à « une transition politique conduite par les Syriens » et ne comporte plus aucune critique à l’égard des ventes d’armes à la Syrie. Surtout, elle ne reprend plus explicitement les détails du plan de la Ligue arabe, qui appelle Assad à se démettre de ses fonctions et se contente de noter que le Conseil « soutient totalement » ce plan.

« Il a brandi cette menace, mais je ne pense qu’il n’aura pas nécessairement à la mettre en oeuvre », a déclaré un diplomate commentant sous couvert d’anonymat les propos de l’ambassadeur russe. « Nous avons incorporé de nouveaux éléments de langage voulus par la Russie. Il est encore possible d’éviter un veto », a-t-il ajouté.

"Aussi vite que possible"

A l’issue de la réunion de jeudi, qui s’est achevée tard, le représentant du Maroc, Mohammed Loulichki, a déclaré à la presse qu’il tenterait de soumettre « aussi vite que possible » le texte aux voix du Conseil de sécurité.

Son homologue américaine, Susan Rice, a fait preuve de prudence. « Nous avons eu ce que je qualifierais de discussions parfois difficiles mais au final fructueuses. Nous travaillons toujours. Ce n’est pas fait », a dit l’ambassadrice des Etats-Unis.

La France entrevoit elle un vote ce vendredi, samedi ou lundi au plus tard.

S’exprimant à son tour devant la presse, Vitali Tchourkine s’est fait moins catégorique que lors de la session à huis clos. « Nous avons un texte que nous allons porter à la connaissance de nos capitales », a-t-il dit, comparant les discussions en cours à « une sorte de Grand Huit » et soulignant que la présentation de cette version révisée « ne préjugeait de rien ».

Les tractations se poursuivront ce vendredi.

Le texte est soutenu par le Maroc, la France, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, l’Allemagne, le Portugal, la Colombie, le Togo, la Libye, Bahreïn, la Jordanie, le Koweït, le Qatar, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, le sultanat d’Oman et la Turquie.

La répression du mouvement de contestation contre le régime de Bachar al Assad a fait, selon l’Onu, plus de 5.000 morts depuis la mi-mars.

En octobre, la Russie et la Chine ont opposé leur veto à un projet de résolution préparé par les Occidentaux qui aurait condamné le gouvernement d’Assad et menacé Damas de possibles sanctions.

Moscou a été échaudé par le précédent libyen et accuse les Occidentaux d’avoir exploité la formulation vague de la résolution 1973 adoptée en mars 2011, qui appelait à la mise en oeuvre d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Libye et à la protection des populations civiles, pour accélérer la chute de Mouammar Kadhafi.

Les Russes exigent donc que le projet de résolution sur la Syrie exclut explicitement tout recours à la force extérieure.

Si les discussions de vendredi achoppent encore, la question pourrait être abordée directement ce week-end par la secrétaire américaine d’Etat Hillary Clinton et le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, qui se rencontreront à une conférence annuelle sur la sécurité à Munich.
 

Première publication : 03/02/2012

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