Dernière modification : 14/02/2012 

- Crise économique - Grèce - Lucas Papadémos - Zone euro


Nouvelle cure de rigueur pour les Grecs, la crise sociale menace

Le Parlement grec vient d’adopter un sixième plan de rigueur particulièrement sévère. L’accumulation de cures d’austérité, jusqu'à présent peu efficaces pour résorber le déficit du pays, pourrait provoquer une crise sociale majeure.

Par Alexia KEFALAS , correspondante à Athènes (vidéo)
Gaëlle LE ROUX (texte)
 
 
Une nouvelle période de vache maigre s’annonce pour les Grecs. Un plan d’austérité particulièrement rigoureux – le sixième en deux ans – a été adopté dimanche 12 février par le Parlement, déclenchant la fureur de la population grecque. Ces mesures devraient permettre à la Grèce d'économiser 325 millions d’euros supplémentaires, condition exigée par Bruxelles pour débloquer une nouvelle tranche d'aide européenne de 130 milliards d’euros. "Un chantage", selon les manifestants rassemblés en masse à Athènes dimanche.
 
Les principales mesures du plan d'austérité
  • Santé : réduction des frais de dépense des médicaments et des heures supplémentaires pour les médecins hospitaliers
  • Salaire : réduction de 22% du salaire minimum, 32% pour le salaire minimum des jeunes de moins de 25 ans
  • Secteur militaire : coupe de 300 millions d’euros
  • Collectivités locales : suppression de 500 postes de maires, adjoints et autres personnels
  • Entreprises publiques : privatisation de parts publiques dans quatre entreprises
  • Fiscalité : augmentation des contrôles fiscaux

 

Poussés par leurs créanciers (Union européenne, Fonds monétaire international et Banque centrale européenne), les députés grecs viennent en effet de voter des mesures extrêmement difficiles à avaler pour la population grecque. Les salaires des fonctionnaires avaient déjà subi une réduction lors d'un précédent plan de rigueur. C’est désormais au tour du salariat privé de se serrer la ceinture pour "restaurer la compétitivité des entreprises grecques", comme le prônait le FMI en janvier : le salaire minimal devrait baisser de 22 % - il sera ainsi ramené à 586 euros brut sur 14 mois – et celui des jeunes de moins de 25 ans devrait être réduit de près d’un tiers. Les hausses automatiques de salaires, dont celles basées sur l’ancienneté, seront également supprimées. En outre, certaines pensions de retraite seront revues à la baisse.
 

"La mort de la Grèce"
 
La fonction publique pâtira également d'une nouvelle cure d’amaigrissement. Avant la fin de l’année, 15 000 salariés de la fonction publique seront placés dans une "réserve de main d’œuvre" et payés à 60 % de leur salaire de base. Ceux qui sont proches de l’âge de la retraite seront licenciés d’ici un an ou deux. Le "mémorandum" de politique économique prévoit également de réduire drastiquement les dépenses de santé, ce qui devrait se traduire par une réduction du nombre de médicaments remboursés et des heures supplémentaires effectuées par les médecins hospitaliers.
"Les députés s'apprêtent à voter des mesures qui vont conduire à la mort de la Grèce", s’est insurgé le célèbre compositeur hellénique Mikis Théodorakis, qui a joint sa voix à celle des manifestants dimanche à Athènes. "Le peuple grec ne va pas céder", a-t-il ajouté. Manolis Glezos, figure historique de la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, renchérit : "Ils n’ont aucune idée de ce que veut dire un soulèvement du peuple grec. Et le peuple grec, toutes idées politiques confondues, est en train de se soulever".
 
Dimanche, les Grecs ont manifesté en masse contre l’adoption d’un nouveau plan de rigueur. Ils étaient 80 000 à Athènes et 20 000 à Salonique (nord). Deux ans et demi de rigueur n’ont pas suffi pour amorcer un assainissement des finances du pays : la Grèce entre dans sa cinquième année consécutive de récession, le taux de chômage atteint désormais 21 % de la population active – contre 8 % en 2010, la frange la plus fragile de la population tend à se paupériser et, pire, la dette et le déficit du pays continuent à se creuser, laissant certains observateurs sceptiques quant à l’efficacité des mesures d’austérité.
 

 
Les pires violences depuis 2008

Dimanche, la colère des Grecs s’est manifestée par de violents affrontements entre contestataires et forces de l’ordre jusque tard dans la nuit. Aux gaz lacrymogènes tirés par les policiers, les manifestants ont répliqué par des jets de pierre, de morceaux de marbre et de cocktails Molotov. Plus d’une trentaine de manifestants et plusieurs dizaines de policiers ont été blessés. Plusieurs bâtiments – banques, boutiques de luxe, cinémas, cafés – ont été incendiés. Ce sont les pires violences qu’ait connues la Grèce depuis les émeutes de fin 2008, survenues après le décès d’un adolescent tué par un policier dans la banlieue d’Athènes. D’autres affrontements risquent fort d’éclater dans les jours et les semaines à venir. Alors que le climat est déjà extrêmement tendu, nombre d’analystes craignent que l’accumulation de plans d’austérité entraîne une explosion sociale : des affrontements de plus en plus violents et un débordement des grandes centrales syndicales.
 
"Je crains que les réactions de la population soient de plus en plus violentes, de plus en plus illégales et incontrôlables", déclare le sociologue Constantin Tsoukalas, professeur à l’Université d’Athènes, interrogé par le quotidien français "Libération". D’autant que selon un récent sondage de l'institut RASS, repris par Le quotidien français "Les Échos", 48 % des Grecs préfèrent la banqueroute à l'austérité et 38 % seulement acceptent de payer le prix du sauvetage de l'État. Le gouvernement, une coalition des partis conservateur, socialiste et d’extrême droite, est aujourd’hui décrédibilisé aux yeux d'une population dont 40 % préfèrent les petits partis de gauche – y compris le Parti communiste. Le 10 février, six membres de la coalition au pouvoir ont démissionné. À la crise de la dette et à la crise sociale s’ajoute désormais la crise politique.
 
Des affrontements entre force de l'ordre et manifestants ont éclaté en fin d'après-midi dans le centre d'Athènes. (Crédit : AFP)
Plusieurs dizaines de manifestants et de policiers ont été blessés le 12 février, alors que les députés s'apprêtaient à voter le nouveau plan d'austérité. (Crédit : AFP)
Plusieurs bâtiments du centre-ville - cafés, banques, boutiques de luxe - ont été incendiés. (Crédit : AFP)
La nouvelle cure d'austérité imposée par Bruxelles impose notamment une baisse du salaire minimum, provoquant la colère des manifestants. (Crédit : AFP)
La Grèce n'avait pas connu une telle vague de violences depuis 2008, lors des émeutes qui ont éclaté au lendemain de la mort d'un adolescent tué par un policier. (Crédit : AFP)
Le nouveau plan d'austérité devrait permettre d'économiser 325 millions d'euros supplémentaires, mais risque de provoquer une crise sociale majeure. (Crédit : AFP)
     

     

    Commentaires (3)

    GRÈCE : PARIS, 14H00 AU TROCADERO, MATOS :

    trop dure est la chute !

    j'adresse toute ma sympathie au peuple grec , objectivement pris à la gorge et condamné à la misère . Je parle du peuple , pas de la frange riche , qui le restera et ne contribuera pas à la compensation de leurs prédations antérieures .
    C'est vrai que se réveiller à terre après une vie indolente-confortée par l'exemple des élus et gouvernants- c'est pire que pas drôle !
    Il est injuste que le peule , le petit peule, doive être saigné pour combler les déficits cumulés des gouvernements précédents , dus au laxisme- aujourd'hui criminel- en matière de fiscalité effective des 'moyens' et hauts revenus, en matière d'aides-subventions-corruptions bénéficiant aux industries et opérateurs immobiliers, en matière de laisser-faire sans orientations économiques ni sociales des responsables politiques;
    Que les banques privées détentrices d'une part de la dette publique doivent en abandonner(?) 60 à 70%, c'est un petit pas mais c'est bien !
    Maintenant, que les riches bénéficiaires d'enrichissements "incorrects" soient interpelés et contraints à 'rendre gorge', ainsi que empêchés de pratiquer l'évasion fiscale et /ou financière ! (Il leur en restera bien assez pour vivre à l'aise)
    C'est au peuple qu'il faut rendre sa viabilité , sa dignité , pour que le pays se sent revivre

    L'Eglise orthodoxe grecque...

    Pourquoi le gouvernement grec ne demande t-il pas à la richissime 'Eglise orthodoxe grecque de faire preuve de charité chrétienne ? Ce serait une bonne occasion pour elle de prouver son utilité. Son patrimoine s'élève au double du montant de la dette du pays et les membres du clergé sont fonctionnarisés. C'est à dire que c'est l'Etat donc les contribuables grecs qui payent leurs salaires et leurs retraites. Incroyable non ?
    Le comble est que la France, pays laïc, va aussi payer pour les curés grecs alors que l'on est presque sûr de ne plus jamais revoir l'argent de nos impôts. Pas très logique tout ça...

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